Discours de Roselyne BACHELOT-NARQUIN Ministre de la
Santé, de la Jeunesse et des Sports
Lundi ler octobre 2007
(sous réserve du prononcé)
Mesdames et Messieurs,
Je n'ai pas attendu ce jour pour venir à votre
rencontre. Dès la fin du mois de mai, je vous ai rejoint au
Congrès des urgences. Je vous ai reçu cet été,
sans attendre, et je vous recevrai encore.
Comme
tous nos concitoyens, je connais vos compétences, j'admire
votre travail. Je vous admire. Je mesure bien les
sacrifices qu'implique une discipline aussi exigeante, les
contraintes en tout genre qu'implique l'exercice d'un métier
chronophage.
Vous êtes ainsi très sollicités.
Pour ne prendre que l'exemple de votre région, l'activité
des services d'urgence a augmenté d'environ 25% depuis cinq
ans. On vous demande beaucoup: c'est la rançon de votre
réputation. L'offre de qualité que vous proposez,
fondée sur un savoir-faire unanimement reconnu, créerait
ainsi tout naturellement sa propre demande.
Cependant, vous êtes aussi trop souvent saturés
par l'afflux de personnes qui viennent chercher aux urgences une
réponse à leur problème, une réponse
qu'ils ne trouvent pas ailleurs, sans que leur pathologie n'exige
qu'ils se tournent vers l'hôpital.
Vous vous sentez parfois assaillis. Vos services sont
parfois inutilement encombrés, voire perturbés par la
présence de personnes qui ne relèvent pas de l'urgence.
Vous le savez bien, vous qui avez dû subir, ici même, la
grève de la faim de sans-papiers.
A la fin des fins, c'est l'ensemble du système
qui en pâtit. Et l'usager, le citoyen n'y trouve plus tout à
fait son compte.
Or, si je suis venue vous rendre visite aujourd'hui, ce
n'est pas simplement pour le plaisir d'un déplacement dans le
Nord, ce Nord chaleureux, convivial, que je connais bien et que
j'apprécie.
Si j'ai voulu vous rejoindre, ce n'est pas simplement
pour vous rendre l'hommage que vous méritez, puis repartir à
Paris le coeur léger.
Si
je suis là, c'est pour vous dire que la médecine
d'urgence n'est pas pour moi un dossier parmi d'autres. Les
services d'urgence constituent, en effet, avec la permanence des
soins, un des grands piliers de notre système médical
et de secours. C'est pourquoi, je m'engage à mettre tout
en oeuvre pour renforcer les moyens dont vous disposez aujourd'hui.
A
cet égard, mon seul et unique souci sera de favoriser
l'amélioration continue de la qualité des soins dans
notre pays. J'agirai ainsi toujours dans le cadre d'une politique
globale,
réfléchie,
cohérente. Je ne prendrai aucune mesure séparée,
isolée du contexte général. Je ne rentrerai pas
non plus dans le jeu des chapelles. Je ne perdrai pas mon temps à
favoriser telle ou telle vision technocratique. Je n'ai qu'une
seule exigence : faire en sorte que nos concitoyens bénéficient
d'un système médical et de secours mieux adapté
à leurs besoins.
Comment
s'y prendre ? Tout d'abord, il faut éviter de traiter
séparément la question de la permanence des soins et
celle des services d'urgence. De la bonne marche des uns dépend
celle des autres, cela va s'en dire. A l'inverse, il ne faudrait pas
que les insuffisances constatées dans un domaine altèrent
inutilement le fonctionnement d'un autre. C'est une affaire de bon
sens. Soyons donc un peu cartésiens ! Cherchons à
promouvoir un meilleur équilibre des charges ! Agissons de
manière à optimiser nos forces, à mutualiser nos
moyens !
Ainsi,
pour ne prendre qu'un exemple, la permanence des soins après
minuit n'est pas du seul ressort des urgences hospitalières.
Je veux l'affirmer sans détour : les urgences n'ont pas
vocation à palier des carences de la médecine de ville.
Il convient donc de clarifier les choses, de gagner en cohérence
: la confusion procède souvent d'un déficit de liens.
C'est pourquoi la politique de renforcement des SAMU n'obéira
qu'à un seul objectif: accroître l'opérationnalité
de nos moyens en améliorant leur coordination.
Ainsi, je ne reviendrai pas sur le principe de la
régulation des situations par le SAMU. Cette régulation
permet d'orienter efficacement le patient vers la prise en charge la
plus adaptée et de décider le cas échéant
de l'envoi d'une équipe médicale d'urgence et de
réanimation dans un SMUR. La médicalisation des
urgences a ainsi permis de diminuer de 30 % la mortalité des
urgences vitales (infarctus du myocarde, traumatismes graves...). Ces
progrès fantastiques sont le fruit du travail et de
l'organisation de tous les acteurs de l'urgence. La France peut en
être fière. Notre modèle est d'ailleurs très
étudié par nos partenaires, notamment les Etats-Unis et
le Royaume Uni.
Je veux donc souligner, et le président de la
République l'a rappelé samedi, le rôle
irremplaçable du SAMU dans la régulation. Ce rôle
n'est pas remis en question.
Cependant,
pour faire face à une augmentation sans précédents
des demandes d'interventions, il est désormais nécessaire
de repenser les modes opératoires de réception des
appels et les conditions de l'interconnexion entre les structures.
De
même, la coordination régionale entre SDIS et
SAMU doit être envisagée dès l'élaboration
des schémas territoriaux . Elle se concrétisera par un
rapprochement systématique des SROS et des schémas
départementaux d'analyse et de couverture de risques (SDACR)
pour l'organisation des urgences médicales et du secours à
la personne.
La
coopération opérationnelle entre les SDIS et les
SAMU doit être améliorée à partir d'une
plus grande interopérabilité. Il n'est cependant
pas nécessaire, aujourd'hui, d'être sur le même
lieu pour se parler facilement. Les systèmes de téléphonie
modernes et l'utilisation d'outils informatiques compatibles
permettent un échange de données en temps réel.
Je vous invite à les développer.
Pour
répondre à cet objectif, des moyens importants ont
été délégués pour la modernisation
des SAMU.
Il faut le souligner ; la qualité du service
dépend d'abord des équipes, plus encore que du matériel
: les permanenciers d'accueil et de régulation médicale,
les médecins qui répondent …
Nous reconduirons ces moyens en 2008 et 2009 pour
accompagner la montée en charge de la migration vers les
radiocommunications numériques.
Les réformes en cours de l'organisation des soins
vont permettre de diminuer la pression exercée sur les
structures d'urgence médicale.
Cependant,
un des moyens les plus efficaces de favoriser le bon usage des
structures d'urgence, c'est bien, de toute évidence,
l'information. L'information, encore et toujours. A cet égard,
il conviendra d'engager une campagne d'information de la population,
permettant de recourir de manière éclairée aux
numéros d'appel urgent.
La
politique que je compte mener à la tête du ministère
de la santé poursuit d'abord cet objectif: améliorer
la qualité de l'offre de soins sur le territoire. Dans cet
esprit, il faudra bien découvrir les moyens d'assurer de
manière plus équilibrée la permanence des soins.
Les Français le demandent. Nous répondrons à
cette attente dans un constant souci de concertation, sans revenir
sur le principe de la liberté d'installation, sans recourir à
des mesures coercitives.
Cependant,
comment éviter que la concentration de médecins excède
par endroits les besoins de la population, tandis qu'ailleurs ces
besoins ne se trouvent pas satisfaits ? Nous ne nous résoudrons
jamais à considérer comme une fatalité le
creusement des inégalités entre les territoires. Avec
les médecins dont nous n'ignorons pas les aspirations
légitimes, en particulier pour les plus jeunes, nous allons
réfléchir au moyen de découvrir ensemble les
solutions utiles.
Il en va de l'avenir de notre système de soins.
Je ne doute pas que chacun fera preuve de responsabilité, que
le sens de l'intérêt général l'emportera
sur le goût, déplacé en la matière, pour
la polémique.
Il faudra mieux organiser, mutualiser davantage nos
moyens, mieux coordonner pour gagner en qualité, être
encore plus opérationnel.
Notre système médical est un système
coopératif. Je sais pouvoir compter sur vous.
Votre engagement, votre travail au quotidien sont
bien la preuve que les Français ont raison de vous faire
confiance.
Je
vous remercie.