Société Française de Médecine d'Urgence


PRESIDENT

Patrick GOLDSTEIN
Coordonnateur du Pôle l’Urgence
SAMU Régional de Lille
CHRU
59037 LILLE CEDEX
 03 20 44 46 38
pgoldstein@chru-lille.fr

Ministère de la Santé de la Jeunesse et des Sports
Monsieur Georges-François LECLERC
Directeur de Cabinet
14, avenue Duquesne
75350 PARIS 07 SP

Paris, le 30 septembre 2007

 
           Monsieur le Directeur,

  Vous nous avez accordé déjà beaucoup de temps, au cours de ces dernières semaines, et je tiens à vous en remercier. En effet, nous vous avons communiqué notre volonté partagée, responsable et professionnelle, d’acteurs de santé publique que sont les médecins urgentistes.

La violence était extrême et nous remercions Madame La Ministre d’être intervenue. Le discours de Monsieur le Président de la République était un discours au dessus des querelles et allait dans le sens du progrès médical, en terme de médecine d'urgence, et vous savez quelles ont été nos réactions positives.

Cependant le reportage de TF1, d’hier soir, ne reprend pas les propositions de Monsieur Le Président de la République. En revanche, on assiste à une désinformation au travers d’un sujet tourné à COLMAR. Ensuite, le Colonel VIGNON reprendra la parole sur TF1. On comprendra que le SAMU et le 15 constituent un système dangereux et à bout de souffle.

Que lit-on aujourd’hui dans la presse régionale ! … les dépêches AFP qui reprennent les propos de la FNSPP et qui prêtent au Président de la République des intentions, qui ne se retrouvent pas dans ses propos. On y lit, en particulier, que les médecins régulateurs exercent une toute puissance sur les sapeurs pompiers ; on est désagréablement surpris, quand on connaît la réalité du terrain.

Que retiendrons nos concitoyens ? … Certainement pas le discours du Président de la République. Le discours du Colonel VIGNON prend le pas sur celui de Monsieur Sarkozy.

En revanche, les Français regardent TF1 et lisent le journal.

Je suis alors atterré et scandalisé. Quand demain, un enfant atteint de purpura, une femme présentant une hémorragie de la délivrance, un homme de 60 ans présentant un infarctus massif, une femme de 70 ans présentant un accident vasculaire ou un jeune motard de 20 ans un accident avec traumatisme crânien, se présenteront sans régulation et sans médicalisation par des médecins spécialistes de l’urgence vers l’hôpital de proximité, on pourra alors mesurer les conséquences de telles prises de position.

Encore une fois, je me permets d’insister sur le fait que la médecine d’urgence est une spécialité médicale !
En effet, émet-on un doute pour la cardiologie ou la neurologie ?
Demain vont commencer des campagnes de santé publique sur l’appel au 15, sur ces campagnes voulues par tous les professionnels de santé et les associations de malades, en cas de douleurs thoraciques ou d’AVC. Mais quel en sera l’impact, suite aux écrits de la presse régionale et de ce que nous avons vu sur TF1.
Ce que j’ai compris dans le discours du Président de la République, c’est une sagesse intégrant des données de santé publique. Ce que je vois sur TF1 et lit dans la presse, c’est la mise à mort de l’aide médicale urgente française.

Je suis inquiet pour la santé de ce pays. Quand, comme moi, on connaît les organisations étrangères et que l’on en cite certaines en exemple, je suis inquiet. Parfois, on a le droit d’être fier de ce que l’on a construit dans ce pays et d’admettre que le bon modèle est le notre et que bien sur il est toujours perfectible.

Je pense qu’il va être difficile de redonner le moral à l’ensemble des personnels de l’urgence et tout particulièrement aux médecins urgentistes. Pourtant, la nuit, le week- end, en cas de crise sanitaire ou sociale, en cas de pandémie, en cas d’action terroriste, en cas ... qui est présent ?

Je suis aussi scandalisé. Je pense à ces médecins des SAMU et SMUR qui, au nom de valeurs que nous défendons, ont risqué leur vie en France ou à l’étranger et qui sont aujourd’hui blessés, je pense à ceux qui ont perdu la vie au secours de leurs concitoyens.

Je suis vraiment inquiet et très en colère. Mais quelle en est l’importance ?

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir, si vous l’estimez raisonnable, transmettre ces propos spontanés à Madame la Ministre.

Peut-être pourriez-vous les transmettre, également, aux Conseillers de Monsieur le Président de la République.

Veuillez croire, Monsieur le Directeur, à mes salutations respectueuses.

Le Président de la Société Française de Médecine d'Urgence,

Docteur Patrick Goldstein