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07/01 2017
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INTÉRÊT DU "DEFUSING" POUR LES VICTIMES D'ATTENTATS

PARIS, 6 janvier 2016 (APM) - La stratégie de "defusing", une prise en charge très précoce des victimes d'attentats, a été perçue de manière positive par les personnes exposées directement ou indirectement aux attaques du 13 novembre 2015 à Paris et a favorisé le recours ultérieur aux soins, selon une première évaluation.

Dès les premières heures des attentats perpétrés à Paris et à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) le vendredi 13 novembre 2015, les cellules d'urgences médico-psychologiques (CUMP) des Samu d'Ile-de-France ont été sollicitées, rapidement renforcées par les CUMP de tout le pays pour apporter un premier soutien psychologique, rappellent le Dr Nathalie Pietro et ses collègues de la CUMP de Lyon.

Ceux-ci sont intervenus en particulier à la mairie du XIe arrondissement de Paris, proposant une permanence de premier soutien et soins psychologiques dispensés à une population tout venant, survivants, personnes endeuillées, présentes ou non sur les lieux d'attaques, témoins directs des immeubles voisins, etc.

Ce premier temps de rencontre avec un professionnel du soin psychique, spécialement formé en matière de psychotraumatisme, survenant rapidement, est appelé <*defusing*>, "désamorçage" en français. Cette approche vise à "procurer à la victime une première amorce relationnelle soignante et contribue à un premier apaisement", mais "ne dispense pas d'une prise en charge spécialisée ultérieure".

Les professionnels des CUMP s'accordent à reconnaître les bienfaits du <*defusing*> mais cet effet, "a priori thérapeutique", n'a jamais été validé par une étude scientifique, observent les chercheurs.

Pour avoir une première évaluation de ce dispositif, ils ont recontacté par téléphone, un mois après, l'ensemble des personnes reçues directement par la CUMP de Lyon, soit 129 parmi un total de 393 personnes reçues les dimanche 15 et lundi 16 novembre 2015.

Elles ont été interrogées sur leurs recours aux soins depuis la rencontre à la mairie du XIe arrondissement et répondu à un questionnaire standardisé de recueil simple de pathologie traumatique révisée, l'IES-R (<*Impact of Event Scale*>) ainsi qu'à deux questions subjectives : "Avez-vous été satisfait de la prise en charge à la mairie du XIe ?" et "avez-vous été apaisé à l'issue de cet entretien ?".

Au total, 87 personnes (40% d'hommes et 60% de femmes, 34,75 ans en moyenne) ont pu être contactées, soit un taux de réponse de 79%. Elles vivaient toutes à Paris et sa région, à l'exception d'une en Bretagne.

Depuis l'entretien à la mairie, 96,5% ont eu recours au système de santé: 47,1% ont consulté au moins une fois un psychiatre, 36% un médecin généraliste, 9,8% un autre spécialiste et 3,6% ont été hospitalisés.

Environ 20% déclarent avoir eu un autre "événement très grave" directement consécutif aux attentats, comme des conflits familiaux, une séparation, un emploi en CDD non reconduit, des obsèques... Pour deux personnes, l'événement rapporté ne résultait pas des attentats.

=3 Plus d'un tiers ont consommé des psychotropes

Plus du tiers des répondants (37,2%) ont déclaré avoir consommé des psychotropes (21,8% des anxiolytiques, 9,3% des hypnotiques, 2,3% des antidépresseurs, 3,5% d'autres psychotropes) depuis l'entretien à la mairie.

L'approche de <*defusing*> a été globalement bien perçue puisque 93% se sont déclarés satisfaits de l'entretien et 87,4%, apaisés. Parmi les réponses négatives, deux personnes ont expliqué qu'elles ne souffraient d'aucune charge émotionnelle et se sont rendues en mairie uniquement pour des informations, mais dans la majorité des cas, cette appréciation était liée aux conditions même de l'intervention précoce (manque de temps, lieu inconfortable et peu intime et aussi mauvaise appréciation de l'intervenant soignant...).

L'évaluation du traumatisme indique que davantage de personnes "impliquées" (présentes sur les lieux de l'attentat, endeuillées ou non d'un proche) présentent des symptômes associés à un état de stress post-traumatique, avec un score d'IES-R entre 12 et 33 points chez 96,3%, contre 87,9% parmi les témoins du quartier, mais sans différence statistiquement significative.

Bien que limités et parcellaires, ces résultats suggèrent qu'une intervention précoce du type <*defusing*>, réalisée par des personnels compétents et formés, peut être considérée à la fois "comme un élément de prévention des troubles psychotraumatiques et comme une préparation à une éventuelle prise en charge psychothérapique qui s'avérerait nécessaire par la suite", concluent les chercheurs.

Le chiffre très élevé de consultations dans les suites des attentats montre "le rôle 'catalyseur' du <*defusing*> dans l'expression d'une demande de prise en charge ultérieure chez des sujets potentiellement traumatisés dont le recours au soin n'est pas forcément évident", ajoutent-ils.

(L'Encéphale, édition en ligne du 29 décembre 2016)

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