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28/12 2017
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HÔPITAL DE CHERBOURG: LES INFIRMIERS ET AIDES-SOIGNANTS DES URGENCES EN GRÈVE REJOINTS PAR DES MÉDECINS

CHERBOURG, 28 décembre 2017 (APMnews) - Des médecins urgentistes de l'hôpital Pasteur du centre hospitalier public du Cotentin à Cherbourg ont rejoint la grève en cours aux urgences à l'appel de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf) pour contester les conditions d'accueil des patients et de travail.

La Fédération autonome de la Fonction publique hospitalière (FAFPH), deuxième syndicat représentatif dans l'établissement, a déposé un préavis de grève illimitée depuis le 13 décembre pour protester contre des réductions de personnel et de mauvaises conditions de travail.

"C'est la première fois que l'on connaît une grève aussi dure. Le personnel des urgences est fortement mobilisé avec 100% de grévistes chez les infirmiers et 60% chez les aides-soignants (les 40% restants sont des contractuels)", a indiqué mardi à APMnews Eric Labourdette, secrétaire général national de la FAFPH.

"Nous avons eu 80 lits fermés en 4 ans; le personnel est en souffrance. La situation est dramatique sur tout l'établissement. Les urgences sont surchargées; nous devons garder des patients car nous ne trouvons pas de lits. Le 19 décembre, des patients ont passé plus de 10 heures aux urgences dans des lits espacés de 20 cm et séparés par des rideaux: ce ne sont pas des conditions correctes", a-t-il dénoncé.

"Certaines journées ont été très difficiles car des personnels grévistes qui n'avaient pas eu de lettre d'assignation ne sont pas venus. La direction a envoyé les huissiers", a rapporté le syndicaliste. Cependant, il reconnaît que mardi, la situation était plus calme, en cette période de fêtes, avec deux patients en attente d'un lit d'aval mais le syndicaliste redoute la fin des congés et l'arrivée de la grippe.

Le syndicat proteste aussi contre une réorganisation des effectifs liée à la mise en place des transports infirmiers interhospitaliers (TIIH) que la direction met en place à partir de début janvier 2018 et qui revient à supprimer un poste infirmier aux urgences, selon Eric Labourdette.

La CGT a également appelé à la grève aux urgences, mais pas FO, syndicat majoritaire. "Je comprends l'inquiétude de mes collègues, mais les urgences, c'est juste le haut de l'iceberg. Nous préférons faire un travail collectif sur l'ensemble de l'établissement", a indiqué à APMnews Sandrine Gambelin de FO. Son syndicat a initié une série de rencontres avec les nouveaux élus locaux pour expliquer la situation difficile de l'établissement, notamment financière, mais aussi sur les difficultés de démographie médicale qu'il rencontre du fait de son isolement géographique.

En fin de semaine dernière, les grévistes ont été reçus par la direction de l'hôpital. "Mais elle ne bouge pas sur le TIIH", a rapporté Eric Labourdette. A l'issue de cette réunion avec les paramédicaux, des médecins du service d'urgences ont tenté d'expliquer à la direction la difficulté d'imposer l'expérimentation de TIIH alors que les conditions sont déjà "très insatisfaisantes", a indiqué jeudi à APMnews le Dr Jean-Christophe Mariotti, médecin urgentiste délégué départemental Amuf.

L'Amuf a alors déposé un préavis à partir de mercredi minuit pour appeler les personnels médicaux du CH à un mouvement de grève reconductible pour une durée de 7 jours. Elle dénonce dans un courrier signé du Dr Mariotti "la dégradation du temps et des conditions d'attente des patients pour accéder à la filière dont ils dépendent", "l'impossibilité d'effectuer le nursing et les repas des patients dans des conditions acceptables", "la dégradation des conditions de travail des équipes médicales et paramédicales" avec des conséquences sur les recrutements médicaux, infirmiers et aides-soignants et "l'absence de résultats pour les patients des fermetures de lits et suppressions de postes et réorganisations menées ces dernières années".

L'Amuf déplore aussi "la volonté d'imposer une nouvelle mission supplémentaire de transport infirmier interhospitalier sans moyen humain, pire en supprimant du temps paramédical au service accueil urgences" et elle regrette l'absence de concertation professionnelle pour sa mise en oeuvre.

Le mouvement est suivi par 9 médecins grévistes assignés sur une équipe de 14 et se poursuit, a-t-il indiqué jeudi à APMnews.

La direction conteste l'activité supplémentaire...

Sollicitée par APMnews mardi, la direction de l'hôpital n'a pas souhaité faire de commentaires. Dans un communiqué diffusé la semaine dernière, elle revient sur le TIIH, au coeur des revendications, expliquant que cette nouvelle modalité de transport des patients qui sera expérimentée début 2018 permettra "d'optimiser les ressources médicales rares que sont celles des urgentistes sur le territoire de la Manche, et notamment du Cotentin" et qu'elle n'induit pas "une activité supplémentaire".

Le CH participera à cette expérimentation en partenariat avec le CH Mémorial de Saint-Lô (Manche) déjà engagé, à la demande de l'agence régionale de santé (ARS) Normandie et sous le pilotage du Samu 50-Centre 15 qui en assumera la délégation. Ce dispositif expérimental est soumis à évaluation avant une éventuelle pérennisation, note la direction de l'hôpital de Cherbourg.

"Prévu par la réglementation relative à la médecine d’urgence depuis 2006, ce mode d’organisation des transports sanitaires urgents prévoit de transférer d’un hôpital à un autre (d’où l’appellation 'secondaire', les 'sorties primaires' constituant la mission première des Smur, à savoir se projeter hors les murs de l’hôpital) des patients 'stables' pour des soins, actes ou diagnostics complémentaires. Les situations cliniques relevant d’un TIIH ont été très précisément définies et listées (sur la base d’expérimentations déjà en cours depuis de nombreuses années dans d’autres régions métropolitaines)", rappelle la direction de l'établissement.

Sur la base d’un échange avec le médecin prescripteur, le médecin régulateur du Samu 50 choisit pour le transport du patient soit l’équipage Smur (infirmière + médecin urgentiste), soit le TIIH (infirmière formée Smur et équipée de moyens techniques et de communication pour être en contact permanent avec le médecin régulateur du Samu 50). Seuls certains transports auparavant réalisés par le Smur relèvent du TIIH, précisément ceux ne nécessitant pas une présence médicale d’urgentiste, ajoute la direction.

Elle y voit deux avantages: d’une part, limiter pour ce type de transports le recours systématique à l’équipage Smur alors que la présence médicale n’est pas nécessaire, et renforcer d’autant la disponibilité du Smur qui restera ainsi sur le territoire; d’autre part, conforter le dispositif d’accueil et de prise en charge des urgences, trop souvent saturé faute de ressources médicales suffisantes, l’équipage Smur étant amené à être moins consommé par ces transports longs (4 heures en moyenne).

...et la suppression du poste infirmier

La direction conteste la suppression du poste infirmier aux urgences du CH de Cherbourg. Elle soutient que cette expérimentation permet au contraire de "pérenniser" un renfort infirmier mis en place à Cherbourg à la suite des modifications d'activité entraînées par les réorganisations des deux sites d'urgence-Smur en 2015 (quand les urgences ont fermé à l'hôpital de Valognes) et que ce renfort infirmier constituera "le socle de l'équipage TIIH". Il sera amené "à sortir ponctuellement", deux ou trois fois par semaine, selon une moyenne estimée qui pourra être confirmée ou infirmée, pour accompagner des patients éligibles au dispositif.

Grâce au temps libéré par ce TIIH, le Smur de Cherbourg sera alors disponible soit pour sortir en "primaire" après régulation du Samu 50, soit pour prendre en charge les patients aux urgences dans le cadre de la mutualisation des équipes, fait valoir la direction qui y voit une possibilité de gain de temps médical au bénéfice des patients. C'est pourquoi elle ne voit pas la nécessité de constituer une équipe supplémentaire paramédicale spécifique pour le TIIH.

Selon une nouvelle répartition des missions et des horaires des soignants qu'elle a établie pour le service d'urgences de Cherbourg, la direction estime que "l'ajustement des effectifs globaux est positif à hauteur d'un ETP [équivalent temps plein]".

Le Dr Mariotti rappelle que la fermeture des urgences de Valognes en 2014 a reporté 50 à 60 passages par jour sur Cherbourg et que faute de lits d'aval en nombre suffisant, "il a fallu créer une grande salle commune il y a deux ans où 12 à 18 patients séjournent plus de 24 heures dans des "conditions humaines difficiles" ajoutant une surcharge de travail aux urgences. "Si on nous retire un infirmier pour un transport vers Caen, cela prend 4 heures minimum et cela oblige l'infirmier à faire une transmission pour les patients dont il s'occupait", décrit-il.

Il redoute aussi le transfert annoncé du Smur de Valognes à Cherbourg le week-end qui éloigne encore la population des marais des soins. En cas de transfert sur Caen, cela rajoute 20 minutes de transport, Cherbourg étant à 20 min au Nord-Ouest de Valognes. Il regrette par ailleurs que le centre de consultations non programmées mis en place à Valognes après la fermeture des urgences, n'ait pas été mieux évalué concernant l'utilisation des moyens mis en place.

Dans Ouest-France, le maire de Valognes, Jacques Coquelin (Les Républicains), a apporté son soutien aux grévistes. "Je comprends et partage la colère des soignants des urgences du Centre hospitalier public du Cotentin (CHPC)." "C'est inadmissible. Le personnel est en souffrance ainsi que les patients qui restent des heures dans les couloirs. Le personnel sert de variable d'ajustement pour les comptes publics. La santé a un coût mais n'a pas de prix", a-t-il déclaré.

sl/cd/APMnews

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