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09/10 2018
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DÉCÈS AUX URGENCES DU CHU DE REIMS: UNE PRISE EN CHARGE "NI CONFORME, NI ADAPTÉE" (EXPERTISE MÉDICALE)

CHALONS-EN-CHAMPAGNE, REIMS, 9 octobre 2018 (APMnews) - Le CHU de Reims n'a pas respecté les recommandations de la Société française de médecine d'urgence (SFMU) dans sa prise en charge d'une patiente de 73 ans décédée en mars dans son service d'urgence, a-t-on lundi appris dans le pré-rapport d'expertise médicale remis au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne.

Début mars, une patiente de 73 ans était décédée après avoir passé 2h30 aux urgences du CHU de Reims où elle avait été transportée depuis son établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).

Le procureur de la République de Reims avait ouvert une enquête pour "déterminer les causes de la mort" de cette patiente, rappelle-t-on (cf dépêche du 15/03/2018 à 16:48).

Parallèlement, les proches de cette patiente avaient saisi le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne pour dénoncer les conditions de prise en charge de la défunte.

"Après son inscription administrative aux urgences du CHU à 16h20, Mme Mendel [la patiente décédée] a présenté un arrêt cardiaque non récupéré 2 heures après son arrivée, sans qu'aucune prise en charge infirmière ou médicale préalable n'ait eu lieu", a noté l'expert diligenté dans son pré-rapport sur le décès de la patiente, dont APMnews a pu consulter une copie.

Le pré-rapport a rappelé que, selon les recommandations de la SFMU, les "patients doivent être évalués dans les 30 minutes qui suivent leur arrivée, et au mieux dans les 10 minutes" par un infirmier d'accueil et d'orientation (IAO ou IOA).

"La prise en charge (non-prise en charge dans le cas présent) n'a été ni conforme, ni adaptée", a souligné l'auteur du pré-rapport, en pointant un "défaut d'évaluation initial de l'état de santé de Mme Mendel [...] préjudiciable" et qui "relève d’un problème d’organisation au sein du service des urgences".

Le pré-rapport ajoute que ce "retard de prise en charge à l'accueil a entraîné un retard diagnostic et thérapeutique préjudiciable" et que "l'absence de prise en charge par l'infirmière d’accueil, l'absence de tri et l'absence de prise en charge médicale constituent des manquements qui ont privé Mme Mendel de voir son état s’améliorer, mais également d'être prise en charge de façon digne chez cette patiente âgée dépendante".

L'expert a toutefois pondéré son constat en indiquant que l'évolution de l'état de santé de la patiente avait été "extrêmement rapide (moins de 3H30) témoignant de la gravité de la pathologie sous-jacente", et qu'il ne pouvait "être affirmé que la prise en charge aurait permis une récupération ou une évolution favorable de son état de santé".

Toutefois, l'expert a indiqué que cette absence de prise en charge constituait "au minimum une perte de chance". Au regard des antécédents médicaux de la patiente, et notamment une maladie d'Alzheimer diagnostiquée en 2011, "la perte de chance se situe entre 0 et 20%".

Le pré-rapport retient un "préjudice d'affection"

Le pré-rapport a cependant écarté tout préjudice patrimonial et un possible préjudice d'accompagnement. Parmi les préjudices non patrimoniaux, il a retenu un préjudice d'affection car le fils de la patiente décédée "a été particulièrement affecté par le décès de sa mère, dans des conditions difficilement acceptables alors qu'elle était seule, sur un brancard, dans une salle d'attente d'un service d'urgence".

"Ça ne guérit pas les plaies de mon client, ça ravive le fait que sa mère est morte dans des conditions déplorables et qu'il n'était pas là, qu'il n'a pas pu l'accompagner, il est un peu rongé par la culpabilité", a rapporté l'avocat du fils de Mme Mandel, contacté mardi par APMnews.

"Le prix de la douleur sera quantifié par l'expert dans le rapport définitif, dans huit jours", a-t-il ajouté.

Sollicité par APMnews, le CHU de Reims a indiqué qu'il ne pouvait pas s'exprimer sur cette affaire tant qu'une procédure était en cours et notamment avant la remise du rapport définitif d'expertise médicale.

De son côté, le parquet de Reims a indiqué mardi à APMnews qu'il n'avait pas eu connaissance des conclusions de l'expertise diligentée par le tribunal administratif de Reims.

"La procédure que j'ai ouverte en recherche des causes de la mort est toujours en cours. J'attends les résultats de l'expertise que j'ai diligentée sur les cause du décès, confiée à un médecin légiste", a précisé le procureur de la République de Reims Matthieu Bourrette.

gl/ab/APMnews

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