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13/10 2016
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UN MÉDECIN RÉGULATEUR DU SAMU DE L'ORNE SUSPENDU APRÈS LE DÉCÈS D'UN BÉBÉ DES SUITES D'UNE HYPERTHERMIE MAL PRISE EN COMPTE

(Par Vincent GRANIER)

CAEN, 13 octobre 2016 (APM) - Un médecin régulateur assurant la permanence des soins ambulatoires pour le Centre 15 du Samu de l'Orne a été sanctionné d'une peine d'un an de suspension d'exercice dont six mois avec sursis, pour ne pas avoir pris la mesure de l'hyperthermie dont souffrait un nourrisson, retardant son hospitalisation au terme de laquelle il est finalement décédé, a-t-on appris mercredi auprès de la chambre disciplinaire régionale de l'ordre des médecins de Basse-Normandie.

Les circonstances de la prise en charge de la petite Ayana, décédée à l'âge de 8 mois en juillet 2015, avait fait l'objet d'une forte médiatisation lorsque ses parents ont publiquement exprimé leurs doutes et leur douleur à l'égard de l'équipe médicale du CHU d'Angers qui leur avait proposé de mettre un terme à la réanimation lourde de l'enfant, compte tenu de ses souffrances.

Après une nouvelle phase de concertation avec les équipes de l'établissement, les parents s'étaient finalement rangés à l'avis des médecins pour mettre un terme aux douleurs extrêmes de leur enfant, hospitalisé pendant près de deux mois pour une forte fièvre, avec une poussée à 42,5°C.

Les parents avaient contacté le Samu-Centre 15 dans la nuit du 4 au 5 mai 2015, vers 3h30, en indiquant que leur enfant avait une fièvre supérieure à 40°C, mais le médecin de garde n'avait alors pas jugé utile d'envoyer une équipe sur place.

Devant la dégradation de son état de santé, les parents avaient recontacté un professionnel de santé vers midi avant de conduire leur fille à l'hôpital d'Alençon le 5 mai vers 16 heures, où elle a été prise en charge dans un état comateux, avant d'être successivement transférée au centre hospitalier (CH) du Mans puis au CHU d'Angers.

Après plusieurs semaines d'hospitalisation, et alors que la question du maintien des soins de réanimation se posait, un expert missionné par le tribunal administratif (TA) de Caen à la demande de l'avocat des parents, Me Emmanuel Ludot, avait constaté que le cerveau du bébé était "irrémédiablement détruit", rappelle-t-on.

Joint par l'APM mercredi, Me Ludot a qualifié d'"extrêmement claires" ces conclusions, confortées par l'autopsie conduite après le décés du bébé en juillet 2015, soulignant que son décès était dû aux lésions induites par l'hyperthermie dont il avait souffert.

A l'époque des faits, l'avocat avait incité les parents à rechercher la responsabilité du Samu-Centre 15 de l'hôpital d'Alençon, lui reprochant des négligences n'ayant pas permis de sauver l'enfant, en l'occurrence en décidant une hospitalisation immédiate.

Il s'interrogeait aussi sur l'administration au bébé, la veille de la poussée de fièvre, des vaccins Infanrix Hexa* et Prevenar*, et mis en cause la politique vaccinale de l'Etat. Le premier vaccin, commercialisé par GlaxoSmithKline (GSK), protège contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche, l'hépatite B et les infections à Haemophilus influenzae, et le second, commercialisé par Pfizer, est un vaccin antipneumococcique (13 valences).

Mais après le décès de leur enfant, les parents ont renoncé à toute poursuite, y compris administrative, dans ce dossier, a précisé l'avocat à l'APM, indiquant par ailleurs que le parquet, qui s'était saisi du dossier, l'avait finalement classé sans suite. La question de l'éventuelle responsabilité de la vaccination dans le décès de l'enfant est "restée en suspens" faute d'investigations supplémentaires, a souligné Me Ludot.

=3Un interrogatoire insuffisant

L'agence régionale de santé (ARS) de Basse-Normandie avait toutefois poursuivi en janvier 2016 le médecin généraliste qui assurait une garde de régulation de permanence des soins ambulatoire à son domicile pour le Samu de l'Orne, dans la nuit du 4 au 5 mai 2015.

Dans sa décision rendue le 30 septembre 2016, dont l'APM a eu copie, la chambre disciplinaire relève que l'assistant de la régulation avait passé l'appel des parents au médecin de garde en lui indiquant que leur enfant, âgé de 5 mois, présentait une fièvre supérieure à 40°C et une respiration rapide. Les enregistrements versés au dossier révèlent que l'assistant "avait seulement demandé si l'enfant avait reçu du Doliprane* [paracétamol, Sanofi] et s'il n'avait pas de convulsions".

Le médecin avait conseillé la prise de Doliprane*, un bain tiède et le transfert aux urgences si la fièvre persistait, en se montrant approximatif sur la dose de paracétamol à donner à l'enfant, sans pousser davantage l'interrogatoire sur les antécédents de l'enfant.

Ainsi, alors que la mère ayant précisé qu'elle n'avait du paracétamol qu'en sirop et sans doseur, "le médecin, particulièrement hésitant et à qui l'on précise que l'enfant pèse 6 kilos, parle de cuillère à soupe puis de cuillère à café en prescrivant une puis une et demi puis, se reprenant, deux", indique la chambre disciplinaire.

Surtout, elle relève que "faute d'interrogatoire suffisant", le médecin "n'a pu savoir que l'enfant était né prématurément à 35 semaines, qu'un rappel de vaccins avait été fait la veille, et qu'un souffle cardiaque avait été détecté à cette occasion". Elle estime par ailleurs qu'il "ne s'est pas assuré de la suite de la prise en charge médicale".

Dans leur décision, les juges ordinaux concluent que "l'interrogatoire très insuffisant de la mère" par le médecin ne lui a pas permis de "porter un diagnostic pertinent de l'urgence. Ils critiquent une "prescription approximative de médicament" et "l'omission de toute diligence tendant à garantir un suivi médical, éventuellement hospitalier".

A ces "manquements graves aux obligations déontologiques" justifiant une suspension d'un an dont six mois avec sursis, la chambre disciplinaire a ajouté le constat d'une "insuffisance de compétence professionnelle", enjoignant au médecin de "suivre une formation dans le domaine de la régulation médicale".

=3Le médecin va faire appel

Joint mercredi par l'APM, l'avocat du médecin mis en cause, Me Olivier Langeard, a précisé que son client allait faire appel devant la chambre disciplinaire nationale.

L'avocat s'étonne des reproches formulés contre son client, estimant que même si son interrogatoire des parents avait pu paraître sommaire, l'objectif du régulateur au moment de l'appel, en l'absence de convulsions observées, était de faire baisser la fièvre, ce qui a effectivement été le cas.

Il estime qu'une connaissance des antécédents de l'enfant tel que la prématurité n'aurait sans doute pas changé grand-chose au diagnostic et à l'objectif de première intention de faire baisser la fièvre en prenant du paracétamol, sans se prononcer toutefois sur la vaccination qui avait eu lieu la veille des faits.

Me Langeard et Me Ludot se sont déclarés surpris voire effarés des allégations parues dans la presse selon lesquelles le décès de l'enfant serait lié à une "surdose" de Doliprane*, ce que rien dans le dossier ne permet d'étayer, ont-ils indiqué à l'APM.

vg/gb/APM polsan

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