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Bibliographie commentée Septembre 2007
Article rapporté par C. Le Gall
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Saline or Albumin for fluid resuscitation in patients with traumatic brain injury. The SAFE Study Investigators. Remplissage par sérum salé ou albumine pour la réanimation des traumatismes crâniens graves.
N Engl J Med 2007;357:874-84. |
Problématique: l’étude SAFE publiée en 2005 [1], montrait une surmortalité des patients recevant de l’albumine par rapport à ceux recevant du sérum physiologique lors de la prise en charge en réanimation. Mais il y avait une hétérogénéité de traitement entre le patients traumatiques et non traumatiques. La surmortalité était en fait surtout notée chez les patients ayant un traumatisme crânien. Ces résultats méritent d’être modulés, car les facteurs pronostiques des traumatismes crâniens dans cette étude n’étaient pas relevés et d’autre part la mortalité était évaluée à 28 jours alors que dans la plupart des études entre 6 mois et 24 mois et ne peut être dissociée de l’état fonctionnel neurologique des patients non décédés. Objectif de l'étude: analyser les caractéristiques des patients ayant eu un traumatisme crânien dans l’étude SAFE et évaluer l’influence de la réanimation par sérum salé ou albumine sur le devenir des patients en comparant la mortalité et le devenir fonctionnel neurologique des patients à 24 mois. Méthode : Etude à posteriori reprenant dans l’étude SAFE les traumatisés crâniens. SAFE était une étude randomisée en double aveugle muticentrique menée dans des centres de soins intensifs et évaluant le remplissage soit par de l’albumine 4% soit par du sérum salé jusqu’au décès, la sortie de réanimation, ou à J28. Les traumatisés crâniens inclus devaient avoir un Glasgow < 13 à l’admission et des anomalies au scanner cérébral. L’étude actuelle a repris exclusivement les patients traumatisés crâniens. Les données démographiques, sévérité du traumatisme, et facteurs pronostiques du traumatisme crânien (épisodes d’hypotension pendant les 24 premières heures, présence ou absence d’un monitoring de la pression intra-crânienne, épisodes d’hypertension intra-crânienne avant et après la randomisation) ont été répertoriés. La mortalité des patients a été évaluée à 24 mois pour les survivants une évaluation fonctionnelle neurologique a été faite par le « Eight-Grade Extended Glasgow Outcome Scale » [1=décès ; 2-4 évolution neurologique défavorable ; 5-8 évolution neurologique favorable] Matériel et méthode: 515 patients ont été inclus, 255 dans le bras albumine et 260 dans le bras sérum salé. Les populations sont strictement comparables en terme d’âge, de sexe ratio, de score APACHE, de score de traumatisme, de pression artérielle, de score de Glasgow, d’épisodes d’hypotension, de lésions neurologiques, d’hypertension intra-crânienne. Résultats : La mortalité est de 33.2% dans le groupe albumine versus 20.4% dans le groupe sérum salé (p=0.003) Dans le sous groupe des patients ayant un Glasgow entre 3 et 8 (160 patients groupe albumine et 158 patients dans le groupe sérum salé) la mortalité est respectivement de 41.8% et de 21.6% (p=0.0001). Pour les patients les plus légers (Glasgow de 8 à 13), il n’y a pas de différence significative de mortalité (16% dans le groupe albumine et 21,6% dans le groupe sérum physiologique, NS P=0.5).
Points forts: Nombre important de patients Etude randomisée en double aveugle Population de traumatisés crâniens comparable dans les deux groupes Deux années de suivi
Points faibles: Etude à posteriori
Commentaire : Peu d’étude randomisée sur l’utilisation des solutés de remplissage dans les traumatismes crâniens graves. Dans une étude comparant le sérum salé hypertonique au sérum salé isotonique, pas de différence retrouvé sur l’évolution neurologique à long terme. Les cristalloïdes ont actuellement la faveur des réanimateurs mais concernant le traumatisé crânien, il y a peu de données de médecine factuelle confortant cette attitude. L’utilisation de sérum salé hypertonique a été proposé dans les traumatismes crâniens car ils permettraient en augmentant l’osmolalité plasmatique de diminuer l’œdème cérébral. Il existe des arguments physiopathologique pour plaider en faveur de l’utilisation des colloïdes dans la réanimation du traumatisé crânien mais cette étude démontre ses effets néfastes sans qu’une explication claire puisse être trouvée.
Conclusion: l’albumine comme soluté de remplissage n’a pas sa place dans la réanimation des traumatisés crâniens graves.
Pour aller plus loin : TheSAFE Study Investigatois. A comparison of albumin and saline for fluid resuscitation in the intensive care unit. N Engl J med 2004; 350: 2247-56.
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Mots-clés : brain injury, resuscitation , Fluid Therapy
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Article rapporté par Albert Trinh-Duc |
Pronostic Value of Troponins in Acute Pulmonary Embolism A Meta-Analysis Valeur pronostique de la troponine dans l’embolie pulmonaire : Méta-analyse
Cecilia Becattini, MD ; Maria Cristina Vedovati, MD ; Giancarlo Agnelli, MD. Circulation. Juillet 2007 ; 116 :427-433. |
Problématique: L’embolie pulmonaire peut se présenter sous une grande variété de formes cliniques. L’évaluation du pronostic est indispensable pour l’optimisation de sa prise en charge. La valeur de la pression artérielle est couramment utilisée comme critère pronostique car l’hypotension artérielle est associée directement au taux de mortalité intra hospitalière de l’embolie pulmonaire (Plus de 50% chez les patients en état de choc). Il existe un lien entre une dysfonction échographique du ventricule droit chez les patients normotendus à l’admission et un taux élevé de la mortalité. Chez ces patients, le taux de la troponine était associé à la dysfonction du ventricule droit à l’échographie (1). La relation entre le niveau du taux de la troponine et le devenir des patients atteints d’une embolie pulmonaire a été étudiée dans un petit nombre d’études et toutes avaient un faible effectif. Objectif de l'étude: L’équipe de cardiologie de l’Université de Pérouse en Italie a réalisé une méta-analyse ayant pour objectif d’évaluer la valeur pronostique d’un taux élevé de la troponine, chez les patients atteints d’une embolie pulmonaire, à la fois, sur la mortalité précoce (objectif principal) mais aussi sur les événements indésirables graves (tels que état de choc, nécessité de la thrombolyse, intubation oro-trachéale, utilisation des catéchochamines, réanimation cardio-pulmonaire ou récidive d’embolie pulmonaire). L’objectif secondaire est d’évaluer si un taux élevé de la troponine associée à une mortalité précoce résulte de l’embolie pulmonaire elle-même ou des évènements indésirables graves secondaires.
Matériel et méthode: Une recherche non restrictive a été faite sur les bases de données bibliographiques informatisées MEDLINE et EMBASE dans les limites de Janvier 1998 et Novembre 2006, à partir des mots clés : « troponin » et « pulmonary embolism ». Une recherche manuelle a complété les précédentes. La méthode utilisée est en accord avec « Méta-analysis of Observational Studies in Epidemiology : A proporsal for Reporting (MOOSE). Résultats : L’analyse a été réalisée sur 20 études correspondant à 1985 patients. 122 des 618 patients ayant une troponine élevée sont décédés (19,7% IC 95% 16,6 à 22,8) comparativement au 51 sur 1367 qui avait une troponine normale(3,7% IC 95% 2,7 à 4,7). Un taux élevé de troponine est significativement associé à une mortalité précoce (Odds Ratio 5,24 IC 95% 3,28 à 8,38), si le décès est dû à l’embolie pulmonaire l’Odds ratio est 9,44 (IC 95% 4,14 à 21,49) alors que l’OR est à 7,03 (IC 95% 2,42 à 20,43) si le décès est dû à un événement indésirable grave secondaire. Un taux élevé de la troponine est significativement associé à un taux important de mortalité dans le sous-groupe des patients stables hémodynamiquement (OR 5,9 IC 95% 2,68 à 12,95). Les résultats sont concordants quel que soit le type de sous-unités de troponine (T ou I ) dans les études prospectives et rétrospectives. Conclusion : Un taux élevé de la troponine chez les patients porteurs d’une embolie pulmonaire sont à haut risque d’une mortalité précoce ou d’un événement indésirable grave. Points forts: L’objectif de la méta-analyse est clairement défini (avec les critères de jugement envisagés et le type de patients) et surtout parfaitement pertinent avec notre pratique. Les critères de sélection des articles sont bien précisés, sur les 96 articles incluant les 2 mots clés « embolie pulmonaire » et « troponine » seul 20 sont retenus. Malgré tout l’évaluation de la qualité méthodologique de ces 20 articles n’apparaît pas. L’analyse statistique permet de confirmer l’homogénéité des essais. Le travail a été validé par l’ensemble des auteurs des articles retenus
Points faibles: La recherche bibliographique s’est limitée à Medline et Embase, plus une recherche manuelle non précisée ce qui entraîne un biais de publication manifeste. La sélection initiale des textes est réalisée par une seule personne et uniquement sur les titres. La définition de « troponine élevée » est délicate car comme le dit le Pr G. Meyer : « … les différents tests de dosage de troponine avec des valeurs limites différentes ont été utilisés d’une étude à une autre dans cette méta-analyse. Pour cette raison, on ne sait pas les seuils de troponine qui devraient être retenus pour caractériser les patients sur le plan pronostique. »
Commentaire : Cette méta-analyse confirme qu’un taux élevé de troponine chez les patients atteints d’une embolie pulmonaire est un critère de mauvais pronostic à court terme. Par contre, nous ne pouvons être aussi affirmatif que le Pr G. Meyer : « … ce qui a plus de valeur, que cette relation (i.e. : cf précedemment) concerne aussi le sous-groupe des patients hémodynamiquent stable ». En effet l’analyse des sous-groupes non définis préalablement doit se faire avec la plus grande réserve. Les données de cette méta-analyse seront peut-être confirmées par l’étude multicentrique prospective PREP, en cours d’analyse, sur l’intérêt de la troponine dans l’embolie pulmonaire auprès de 600 patients hémodynamiquent stables. Pour aller plus loin : 1.Griffoni S. et al. Short-term clinical outcome of patients with pulmonary embolism, normal blood pressure and echocardiographic right ventricular dysfunction Circulation 2000 ; 101 :2817-2822 2.Aksay E., Yanturali S., Kiyan S. Can elevated troponin I levels predict complicated clinical course and inhospital mortality in patients with acute pulmonary embolism ? Am J Emerg Med 2007 ; 25(2) :138-43. 3.http://www.theheart.org/article/803669.do
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Mots-clés : Meta-analyse, embolie pulmonaire, pronostic et troponine
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Article rapporté par Mohamed Elkhebir |
The utility of B-type natriuretic peptide in the diagnosis of heart failure in the emergency department: a systematic review. Intérêt du peptide natriuretique B pour le diagnostic de l'insuffisance cardiaque aux urgences: une revue systématique. Article en open access sur le site BioMed Central. D.Korenstein, J.P. Wisnivesky, P. Wyer, R. Adler, D. Ponieman & T. McGinn BMC Emergency Medicine 2007, 7;6
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Problématique: la dyspnée aiguë est un motif de recours fréquent aux urgences: en attribuer l'étiologie peut-être difficile. La prévalence de l'insuffisance cardiaque (IC), grande pourvoyeuse de dyspnée aux urgences, est en constante augmentation et un problème majeur de santé publique. Il n'existe pas de test diagnostic unique (gold standard) pour le diagnostic d'oedème aiguë du poumon (OAP), principale manifestation aiguë de l'IC. Le dosage du peptide natriurétique B (BNP) a été proposé par plusieurs sociétés savantes pour l'aide au diagnostic des dyspnées d'origine cardiaque, bien que la précision et la pertinence de ce test aient été mises en doute par plusieurs auteurs.
Objectif de l'étude: réaliser une revue systématique de la littérature afin d'évaluer la sensibilité et la spécificité du dosage du BNP pour le diagnostic de l'insuffisance cardiaque aiguë aux urgences. Matériel et méthode: les auteurs se sont appuyés sur les recommandations méthodologiques pour identifier les articles pertinents, déterminer les études à retenir, en évaluer la qualité et résumer les résultats en fonction de l'acuité du diagnostic. Interrogation de la base Medline (1975 à 2005) dans toutes les langues, recherche manuelle dans les références citées et dans les revues préalablement publiées sur le même sujet. L'équation de recherche est explicitée. Les études retenues satisfont aux critères suivants: -l'étude cherche à mesurer l'utilité du dosage du BNP pour établir la probabilité du diagnostic d'OAP parmi les patients avec dyspnée aiguë se présentant aux urgences; -inclue au moins 50 patients; -les valeurs des vrais et faux positifs, vrais et faux négatifs sont mentionnés ou facilement déduites de la lecture des données; -Le diagnostic d'OAP est porté par un ou plusieurs experts ayant accès aux informations cliniques. Sont exclues les études portant sur le NT pro-BNP. L'évaluation méthodologique et l'extraction des données ont été effectuées indépendamment par 2 des auteurs: les désaccords éventuels sont résolus par consensus (test Kappa pour l'accord inter-observateur).
Les valeurs extraites des études retenues sont: design de l'étude, nombre de patients avec et sans OAP, caractéristiques de la population, variables cliniques, et si définies les valeurs de références et seuils du dosage de BNP. L'accent est mis sur la population de chaque étude retenue afin de s'assurer que les résultats seront applicables à la population tout venant des services d'urgences. De même, sont clairement définis les biais de vérification et les biais de sélection, ainsi que le biais de publication.
Pour chaque étude les auteurs ont relevé la sensibilité et la spécificité pour différentes valeurs seuils de BNP, l'homogénéité de l'ensemble des valeurs étant évaluée par le test du chi-2 et l'hétérogénéité par le test I-2. Les différentes valeurs seuils de BNP ont été regroupées en 5 intervalles: 50-80 pg/ml, 100-105 pg/ml 150-199 pg/ml, 200-299 pg/ml, et 300-400 pg/ml: pour chacune des valeurs seuils, les auteurs ont calculé le Rapport de Vraisemblance (LR, likelihood ratio). Résultats : sur 1931 articles initiaux, seuls 10 ont été retenus par les auteurs sur les critères énoncés plus haut, incluant 3344 patients, d'âge moyen compris entre 64 et 80 ans, avec en moyenne 45 à 93% d'hommes. 9 études utilisent le Triage BNP Assay, qui est la méthode la plus usuelle de dosage du BNP en urgence. Dans 7 études, ce sont au moins 2 cardiologues qui valident le diagnostic sur des critères cliniques, dans les 3 autres études 1 seul cardiologue intervient. Les patients de ces études se présentent aux urgences pour une dyspnée d'origine incertaine et leur caractéristiques sont semblables à celles des patients tout venant. Dans toutes les études l'avis des experts est demandé avant de connaître la valeur du dosage de BNP. La plupart des études rapportent la sensibilité et la spécificité du test en utilisant une valeur décisionnelle de 100 pg/ml, qui est la valeur conventionnelle la plus commune: la sensibilité est comprise entre 86 et 96%, la spécificité entre 31 et 94%. L e Rapport de Vraisemblance négatif (LR-) extrapolé par les auteurs de la revue à partir de ces données et selon le modèle de calcul aléatoire est de 0,14. 3 études évaluent des valeurs seuils entre 300 et 400 pg/ml: pour ces valeurs, la spécificité est comprises entre 84 et 92% et la sensibilité entre 67 et 94% avec un LR positif de 7,6. A partir des données extraites des articles retenus, les auteurs établissent une approche diagnostique tenant compte de différentes valeurs seuils décisionnelles et de leur rapport de vraisemblance (LR): pour une probabilité pré-test faible(10-30%), une valeur de BNP < 100 pg/ml permet d'écarter le diagnostic d'OAP (probabilité post-test:2-5%); pour une probabilité pré-test forte(70-90%), une valeur de BNP > 300 pg/ml permet de retenir le diagnostic d'OAP (probabilité post-test: 95-99%). Pour des valeurs intermédiaires d'autres examens sont nécessaires pour retenir ou exclure le diagnostic d'OAP. Conclusion: les auteurs reconnaissent que les études retenues selon leur critères présentent des défauts méthodologiques, en particulier leur mode de sélection des patients:certains patients enrôlés présentaient une dyspnée dont l'étiologie était manifeste n'aurait pas du être retenus ;que l'hétérogénéité des résultats les a conduit à utiliser une méthode de calcul du LR selon le modèle de l'effet aléatoire afin de minimiser ce biais. Cela étant, cette analyse suggère que le dosage du BNP en urgence, bien que d'un apport limité, permet pour des valeurs basses et des valeurs hautes de rejeter ou de retenir le diagnostic d'OAP
Points forts: une méthodologie rigoureuse pour la sélection des études, posée a priori avec l'utilisation des outils de l'Evidence Based Medicine, cette étude ne se contente pas de faire un simple état des lieux, mais propose à partir des données disponibles une approche probabiliste pour le diagnostic de l'OAP aux urgences. Les points faibles sont rapportés par les auteurs, qui honnêtement soulignent les limites de leur conclusions; enfin, l'enjeu, qui est d'apporter une réponse aux cliniciens n'est pas perdu de vue. Points faibles: hormis ceux évoqués par les auteurs (cf. supra), l'absence d'interrogations d'autres bases de données (Embase, Pascal, littérature grise...). On aurait aimé en savoir un peu plus sur la manière de poser les probabilité pré-test. Commentaire : largement utilisé aux urgences depuis une dizaine d'années, le dosage du BNP est entré dans les mœurs et semble ne plus poser question. Cet article vient remettre en cause des habitudes, et surtout propose un mode de raisonnement probabiliste permettant une démarche diagnostique économe en temps et en moyen.
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Article rapporté par Patrick ECOLLAN |
The FINESSE Trial (Facilitated INtervention with Enhanced Reperfusion Speed to Stop Events) Stephen Ellis, MD for the Finesse investigators Etude FINESSE : stratégies de facilitation dans le SCA ST plus bénéficiant d’une angioplastie Randomisée , multicentrique (2002-2006) European Society of Cardiology Communication Vienne 2007 |
Problématique: L'angioplastie primaire effectuée rapidement (dans les 90 minutes) est actuellement reconnue comme étant le traitement de choix des syndromes coronariens aigus avec sus-décalage du segment ST (1). De nombreuses études montrent que le bénéfice de l'angioplastie primaire peut être compromis quand le délai par rapport à l'intervention est excessif et ceci particulièrement chez les patients à haut risque (2). En France, de la notion reconnue que "le temps c'est du muscle", a émergé la stratégie d'angioplastie facilitée : reperfusion pharmacologique, afin de recanaliser le plus rapidement possible le plus grand nombre d'artères occluses, suivie par une angiographie et une revascularisation mécanique complète. Depuis 10 ans, plusieurs études ont été menées, associant soit un thrombolytique soit un anti GP 2b3a. Toutes ces études portaient sur un petit nombre de patients. Plusieurs méta-analyses (3) ont montré un effet bénéfique des antiGP 2b 3a. L’étude ASSENT 4 a montré un effet négatif de la thrombolyse comme traitement de facilitation avant l’angioplastie. L'étude FINESSE grande étude randomisée était attendue car susceptible d'apporter des éléments complémentaires importants à ces questions. Son postulat : la facilitation de l’angioplastie par l’ abciximab permet d’ouvrir davantage de vaisseaux avant le geste d’angioplastie et donc est associée à un bénéfice clinique par rapport à l’absence de facilitation.
Objectif de l'étude: Comparer trois régimes d’angioplastie primaire : angioplastie facilitée par l’association « thrombolytique demi dose/Abciximab » vs angioplastie facilitée par l’abciximab vs angioplastie non facilitée (l’abciximab est alors donné au moment de l’angioplastie) Il s’agit d’une étude de supériorité dont le critère primaire de jugement composite associait les quatre éléments suivants : mortalité (toute cause) et/ou ré hospitalisation ou traitement d’une insuffisance cardiaque à 3 mois, et/ou FV dans les 48 h après la randomisation et/ou choc cardiogénique. D’autres critères secondaires étaient étudiés comme les complications de l’infarctus, la résolution du ST entre 60 et 90 min… Les complications comme les hémorragies (majeures et mineures) intracérébrales ou non, les transfusions et les thrombopénies, étaient notées. Matériel et méthode: Il s’agit d’une étude en double aveugle avec une randomisation en amont de la salle de cathétérisme et notamment durant la phase pré hospitalière. Un délai minimum de 60 minutes devait être respecté entre le moment de l’injection du bolus et la réalisation de l’angioplastie. Entre 2002 et 2006, tous les SCA ST + ou BBG récents de moins de 6h ont été inclus. 20 pays ont participé. Trois stratégies étaient testées. 1- reteplase (5u+5u) associée à Abciximab puis ensuite angioplastie 2- Abciximab puis ensuite angioplastie 3- Placebo puis angioplastie associé à l’Abciximab Tous les patients recevaient de l’aspirine et de l’héparine NF ou BPM (sous étude) Résultats : Cette étude prévue pour inclure 3000 patients a été arrêtée fin 2006 à 2452 patients. On été inclus 769 en Pologne, 324 en GB, 239 en république Tchèque, 191 au USA, 153 en France (dont 60 en pré hospitalier), 16 en Argentine, 5 en Afrique du Sud, 1 au Canada et le reste en Europe. L’age moyen est de 62 ans avec 26% de femme, 48% d’IDM antérieur, 16% de diabétique. Le délai médian entre le début de la douleur et l’ECG qualifiant était de 126 minutes. Le délai Door to Balloon (prise en charge/ début de la procédure) était de 120 minutes pour les centres interventionnels et de 155 minutes pour les transferts. Le taux d’artère ouverte évalué par le taux de flux TIMI (2,3) au moment de l’angiographie était respectivement de 61% dans le groupe THR/Abcx, 26% dans le groupe 2- (Abcx), et 25% dans le groupe 3- (Placebo). Seul le groupe 1- montre une différence significative avec les deux autres groupes. Après l’angioplastie aucune différence dans les trois groupes n’est retrouvée. Le critère primaire de jugement à 90 jours ne montrait pas de différence significative. (9,8%, vs 10,5 vs 10,7%). Enfin, le taux de complications hémorragiques était significativement plus élevé dans le premier groupe par rapport aux deux autres. Il n’y a pas de différence significative dans la survenue d’AVC.
Points forts: Etude multicentrique, randomisée avec un nombre important de patients Teste les différentes stratégies de facilitation possibles dans le cadre de l’angioplastie 153 patients pris en charge en France.
Points faibles: temps de pris en charge longue (120 à 155 minutes) avant l’angioplastie Utilisation d’un bolus sans perfusion continue pour l’Abciximab Hétérogénéité des pratiques dans le monde sur le SCA en terme de temps et d’équipe soignante.
Commentaire : Les résultats angiographiques, c'est-à-dire le taux d’artère ouverte avant angioplastie vont à l’encontre de tout ce qu’ont démontré les études randomisées faites auparavant. En effet, on peut être surpris par le taux anormalement élevé d’artères ouvertes dans le groupe placebo qui habituellement ne dépasse pas 15%. De plus, l’Abciximab a toujours démontré un effet déthrombosant avec un taux d’artères ouvertes qui double par rapport au placebo. A partir du moment où cette différence n’était pas observée on ne pouvait pas escompter un bénéfice clinique du médicament donné en amont. Trois éléments de réponses doivent être apportés :
1-les délais ont-ils été respectés ? On peut voir que le délai ECG-initiation du traitement était très variable 2-la drogue était-elle conservée dans de bonnes conditions ? rupture de la chaîne du froid 3-La perfusion continue a-t-elle été bien initiée durant la phase préangioplastie ?
Pour essayer de répondre à cette interrogation il faut pouvoir disposer des résultats des centres où la randomisation a eu lieu durant la phase pré hospitalière avec transfert. Cette situation est la seule garantie du respect de délai compatible avec l’efficacité d’une stratégie de facilitation. Ceci est en particulier le cas de la France ! En résumé, alors que tous attendaient une différence significative en terme de critère primaire dans les deux groupes d’angioplastie facilité, rien ne sort ! En France, où la médicalisation se fait majoritairement avant les centres de cardiologie, ces résultats doivent nous faire réfléchir sur l’importance de ce traitement en amont de la salle de cathétérisme. Sans remettre en question le principe de facilitation, cette étude rend difficile l’utilisation de thrombolytiques dans le cadre classique de l’angioplastie (dans les 90 minutes). L’utilisation de l’Abciximab dans cette étude n’est pas démontrée contrairement aux études précédentes (3). Elle n’est cependant pas remise en cause mais nécessite peut être de redéfinir ses indications, patients pris en charge rapidement après le bolus d’Abciximab, utilisation de la perfusion continue… Il sera intéressant de suivre les autres résultats d’études utilisant les anti GP 2b 3a (AHA 2007)
Il ont dit : E Teiger (Hopital Henri-Mondor): La question de l’angioplastie facilitée par l’Abciximab en amont peut encore éventuellement se poser. Cette pratique par les SAMU reste licite. F Van De Werf (Leuven, Belgique) : L’absence de bénéfice pour la stratégie angioplastie facilitée est concordante avec l’absence de bénéfice pour cette même stratégie dans l’étude ASSENT 4. G Montalescot (Hopital Pitie) : FINESSE ne remet pas en cause le bénéfice très largement démontré de l’abciximab dans l’angioplastie primaire. Seul le moment optimal de prescription est débattu et dépend beaucoup de l’environnement dans lequel on travaille. Pour aller plus loin : 1-Silber S, Albertsson P, Aviles FF, Camici PG, Colombo A, Hamm C, Jorgensen E, Marco J, Nordrehaug JE, Ruzyllo W, Urban P, Stone GW, Wijns W. Guidelines for percutaneous coronary interventions. The Task Force for Percutaneous Coronary Interventions of the European Society of Cardiology. Eur Heart J 2005 ; 26 : 804-847. 2-De Luca G, Suryapranata H, Ottervanger JP, Antman EM. Time delay to treatment and mortality in primary angioplasty for acute myocardial infarction. Circulation 2004 ; 109 : 1223-25. 3- Giuseppe De Luca, Harry Suryapranata, Gregg W. Stone, David Antoniucci, James E. Tcheng, Franz-Josef Neumann, Frans Van de Werf, Elliott M. Antman, Eric J. Topol. Abciximab as Adjunctive Therapy to Reperfusion in Acute ST-Segment Elevation Myocardial Infarction. A Meta-analysis of Randomized Trials. JAMA, April 13, 2005 – Vol 293, No 14.
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Mots-clés : Finesse, SCA ST+, Facilitation, angioplastie
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