Mise au point


Fièvre de Chikungunya mise à jour bibliographique février 2006
Date : 14/02/2006
Auteur : Commission de veille scientifique
 
Fièvre de Chikungunya ou CHIK ou polyarthrite épidémique et éruption articulaire : mise au point par la commission de la veille scientifique.

Frédérik Staikowsky (SAU La Réunion) et le Groupe de veille scientifique : C.Le Gall, JM.Philippe, O.Fougeras, V.Raphael, A.Trinh-Duc, J.Couvreur, C.Mirko, F.Carpentier, C.Poio, L.Picault, JP.Sommereisen, S.Stample, S.Charpentier, C.Surreau, C.Perrier.
 
Telecharger le texte : Chikungunya_vs.pdf


L’agent infectieux et son vecteur :
le virus Chikunguya est un arbovirus de la famille des Togavirida, genre Alphavirus. Ce virus est sensible à la dessiccation et est inactivé par la chaleur sèche ou humide > 58°. Il est inactivé par l’éthanol à 70° C’est un rétrovirus (virus à ARN) dont le diamètre est de 60 à 70 nm. Le vecteur est un moustique du genre aedes notamment aedes aegypti, albopictus et polynesiens. Les gîtes larvaires sont retrouvés dans les eaux stagnantes.


Réservoir de virus :
L’homme n’est pas le seul hôte de ce virus qui touche aussi d’autres mammifères vertébrés, jouant le rôle soit d’hôte naturel, soit de réservoir.


Données épidémiologiques :
La première épidémie est rapportée en 1952 au Tanganyika.
Actuellement ce virus circule surtout en Afrique de l’Est , en Asie du Sud-est et dans le sous continent indien depuis 2005. Des foyers ont ainsi été identifiés aux Comores, à Maurice, aux Seychelles, à la Réunion et à Mayotte. L’hiver austral avait permis une décroissance de l’épidémie mais depuis la fin de l’année 2005 et le début de l’année 2006 une recrudescence des cas a été constatée. Le taux d’attaque de cette épidémie est de 9,4/1000 habitants.


Pathologie :
Le nom de la maladie « Chikungunya » qui signifie « courbé en avant » en Souahéli, métaphorise les caractéristiques cliniques de cette pathologie : fièvre, éruption et atteinte articulaire. Les autres appellations communes sont CHIK ou polyarthrite épidémique et éruption cutanée.
Il s’agit d’une maladie virale apparentée aux fièvres hémorragiques bien que les formes hémorragiques soient rares.
Après une incubation de 1 à 12 jours la maladie se caractérise par une forte fièvre, des céphalées associées à des arthralgies ou des arthrites. Ces signes articulaires sont retrouvés dans 100% des cas et touchent essentiellement les genoux, les chevilles et les petites articulations des mains. Une éruption cutanée peut ensuite survenir de type maculo-papulaire parfois associée à un énanthème buccal et palatin. Des troubles digestifs peuvent être présents à type de nausées et vomissements. Des formes hémorragiques bénignes ont été rapportées surtout chez les enfants. Des adénopathies cervicales douloureuses sont fréquentes, mais les adénopathies généralisées et la présence d’une hépato-splénomégalie sont rares. Des complications ont été rapportées : myocardite et cardiomyopathie, un cas de myélo et méningo-encéphalite. L’évolution est toujours favorable en une semaine mais le virus de CHIK peut laisser des douleurs articulaires chez 12% des patients et ce plusieurs années après l’infection initiale. (Brighton 1983). Aucun cas mortel n’a été répertorié. La maladie est souvent latente
La triade fièvre, arthralgies et rash en zone tropicale ou sub-tropicale évoquent 6 pathologies virales : Chikungunya, O’nyong-nyong, Sindbis, Ross River (RRV), Mayaro et Barmah Forest (MBF) dont les caractéristiques cliniques sont assez proches (Viral infections : alpha-viral arthropathy. P.E.McGill, Baillière ‘s clinical rheumatology Vol 9 ; N°1, February 1995, 145- 150) . Mais des diagnostics différentiels doivent être évoqués : maladies parasitaires et fungiques ou maladies bactériennes (A.O.Adebajo. Rheumatic manifestations of tropical diseases. Current Opinion in Rheumatology, 1996 ;8 :85-89).
L’épidémie de Chikungunya qui sévie actuellement à la Réunion a apporté de nouvelles données sur cette pathologie. Le sexe ratio est de 0,68 homme pour une femme. Toutes les classes d’âge sont touchées avec une progression du taux d’attaque avec l’âge. Pratiquement tous les patients présentent une fièvre, des douleurs articulaires ou des myalgies. Il est à noter la fréquence assez élevée de signes hémorragiques (25%) mais sans gravité à type d’épistasix ou de gingivorragies. Les formes graves sont rares mais existent et 4% des patients nécessitent une hospitalisation. Six cas de méningo-encéphalites ont été rapportés sur des terrains fragilisés. Par ailleurs des formes graves ont été répertoriées chez des nouveau-nés et des nourrissons. Il y a eu des cas de transmission materno-foetale. Il s’avère que cette pathologie considérée comme bénigne jusqu’alors peut, sur des terrains fragilisés, donner des tableaux graves menaçant le pronostic vital.


Confirmation diagnostique :
En zone d’épidémie, un cas suspect est défini par une fièvre brutale supérieure à 38°5 avec des arthralgies invalidantes. Le diagnostic est confirmé par une sérologie (détection d’Immunoglobuline M anti-Chikungunya) et/ou la détection du génome viral par RT-PCR ou encore par l’isolement virale sur des souris ou des cultures tissulaires. Traitement : Il n’y a actuellement pas de traitement spécifique. Les thérapeutiques à appliquer sont exclusivement symptomatiques.
Il n’existe pas de chimioprophylaxie. Un vaccin à virus vivant atténué existe et a été testé chez l'homme aux USA montrant une bonne immunogénicité et une bonne tolérance mais il n'est pas disponible en France. (R. Edelman et al. Phase II safety and immunogenicity study of live Chikungunya virus vaccine TSI-GSD-218. Ame J Trop Med Hyg, 2000;62(6):681-685)


Prévention :
Le contrôle de l’épidémie passe par des mesures de prévention. La DGS préconise à titre individuel une protection physique et chimique.
L’utilisation de répulsifs peut se faire directement sur la peau (avec des contre-indications à respecter chez la femme enceinte et l’enfant) ou sur les vêtements. Pour les nouveau-nés et nourrissons une moustiquaire est préconisée.
Des mesures sont également à prendre au niveau de l’habitat pour se protéger de l’entrée des moustiques et la destruction des sites larvaires à proximité des habitations recommandée.
Enfin une action environnementale de lutte contre le vecteur doit compléter l’ensemble de ces mesures individuelles.
L’ensemble de ces mesures sont détaillé dans le numéro spéciale du Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire du mois de Janvier 2006 (Bulletin épidémiologique hebdomadaire : numéro spécial du 31 janvier 2006. Infection par le virus Chikungunya à l’Ile de la Réunion).


Bibliographie Bulletin épidémiologique hebdomadaire : numéro spécial
du 31 janvier 2006. Infection par le virus Chikungunya à l’Ile
de la Réunion.

M.Eisenhut, TF.Schwarz, B.Hegenscheid. Seroprevalence of Dengue, Chikungunya
and Sindbis Virus Infections in German Aid Workers. Infection 27 (1999) N°2
MMV ; 8/82-11/85.

Epidémies à virus Chikungunya en 1996 et 1997 au Sénégal.
Virologie 1999.

B.Pastorino, JJ.Muyembe-Tamfum, M.Bessaud, F.Tock, H.Tolou, JP.Durand, CN.Peyrefitte.
Epidemic resurgence of chikungunya virus in Democratic Republic of the Congo
: identification of a new central african strain. Journal od Medical Virology
2004; 74:277-82.

P E. McGill. Viral infections: a-viral arthropathy. In Baillière’s
Clinical Rheumatology, Vol 9, N°1, February 1995:145- 150.

PG.Jupp, A.Kemp. What is the potential for future outbreaks of chikungunya,
dengue and yellow fever in southern Africa? SAMJ 1996;1:35-37.

AM.Powers, AC.Brault, RB.Tesh, SC.Weaver. Re-emergence of chikungunya and o’nyong-nyong
viruses : evidence for distinct geographical lineages and distant evolutionary
relationships. Journal of General Virology 2000;81:471-79.

M.Diallo, J.Thonnon, M.Traore-Lamizana, D.Fontenille. Vectors of chikungunya
virus in Senegal : current data and transmission cycles. Am J Trop Med Hyg 1999;60:281-86.

SW.Brighton, IW.Simson. A destructive arthropathy following Chikungunya virus
arthritis – a possible association. Clinical rheumatology 1984;3:253-58.

SW.Brighton. Chloroquine phosphate treatment of chronic Chikunguhya arthritis.
An open pilot study. S Afr Med J, 1984;11: 217-18.

SW.Brighton, OW.Prozesky, de la Harpe. Chikungunya virus infection. A retrospective
study of 107 cases. S Afr Med J 1983; 26:313-5.

A.O.Adebajo. Rheumatic manifestations of tropical diseases. Current Opinion
in Rheumatology, 1996 ;8 :85-89.

I.Obeyesekere, Y.Hermon. Myocarditis and cardiomyopathy after arbovirus infections
(dengue and chikungunya fever). British Heart Journal 1972;34:821-27.

M.Pfeffer, B.Linssen, MD.Parke, RM.Kinney. Specific detection of chikungunya
virus using a RT-PCR/nested PCR combination. J Vet Med B Infect Dis Vet Public
Health 2002;49: 49-54.

R. Edelman et al. Phase II safety and immunogenicity study of live Chikungunya
virus vaccine TSI-GSD-218. Ame J Trop Med Hyg, 2000;62(6):681-685)
Liens internet http://www.invs.sante.fr/surveillance/chikungunya/default.htm


http://www.holambecomores.com/public/IMG/_article_PDF/article_156.pdf


http://www.chikungunya.net/virus/virus.htm


http://www.pasteur.fr/recherche/banques/CRORA/bibref/br00030.htm

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