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31/07 2020
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COVID-19: LA STRATÉGIE N'A PAS ÉTÉ ADAPTÉE AUX MOYENS DISPONIBLES, ASSURE LE COORDONNATEUR DE LA STRATÉGIE DE DÉPISTAGE

PARIS, 31 juillet 2020 (APMnews) - Le coordonnateur de la stratégie de dépistage du Covid-19, Nicolas Castoldi, a assuré que cette stratégie n'avait pas été adaptée aux moyens disponibles, au contraire, mercredi lors de son audition à l'Assemblée nationale par la mission d'information sur l'impact, la gestion et les conséquences de l'épidémie de Covid-19.

Nicolas Castoldi était directeur de cabinet de la ministre de la recherche, Frédérique Vidal, quand il a été officiellement nommé conseiller spécial en charge de la stratégie de dépistage virologique et sérologique contre le Covid-19, le 4 mai, rappelle-t-on (cf dépêche du 06/05/2020 à 11:13).

Il avait néanmoins commencé dès le 30 mars à travailler à temps partiel sur cette mission, a-t-il précisé lors de l'audition, pointant à ce titre qu'il n'avait "pas connu le début de la crise sanitaire" et que dans la mesure où la mission avait pris fin le 15 juillet, il n'était "pas partie prenante des décisions actuelles".

Notant qu'il ne disposait pas de "compétences médicales", il a toutefois estimé que la doctrine qui était appliquée fin mars, à son arrivée, en matière de tests virologiques, présentait une "forte rationalité à ce moment-là", le pays étant confiné.

A cette période, "compte tenu de l'ampleur de la circulation virale", les tests, dont la fonction était alors celle d'une aide au diagnostic, n'étaient plus utilisés de façon systématique pour confirmer la maladie chez les personnes symptomatiques. Seuls les soignants, les personnes à risque de formes graves et les personnes au contact de personnes fragiles étaient testés en vue d'une surveillance renforcée.

Il a justifié son point de vue en exposant que toute personne présentant des symptômes était alors traitée de la même manière, qu'elle ait été testée ou non.

La capacité de tests était alors de 100.000 par semaine, a rappelé Nicolas Castoldi. Lui et son équipe d'une cinquantaine de personnes ont eu pour mission de "prendre les mesures nécessaires" pour passer aux quelque 500.000 tests hebdomadaires actuellement réalisés.

La finalité de dépistage s'est ainsi ajoutée à celle du diagnostic, et l'objectif était alors de tester des personnes sans symptômes, ce qui a posé "la question des capacités de tests", a noté le responsable.

Il a rapporté que Santé publique France avait d'abord estimé ces besoins à 500.000 tests par semaine (le 17 avril), puis entre 500.000 et 700.000 (le 22 avril). Cette estimation dépendait de trois variables: le nombre de personnes malades le jour du déconfinement, le nombre de personnes présentant des symptômes évocateurs du Covid-19 mais atteintes d'une autre maladie, et le nombre de personnes contacts par personne malade (20 cas contacts ont été pris comme hypothèse de travail).

Une situation "sans équivalent dans l'histoire récente" de la France

Nicolas Castoldi a relaté que la mission avait travaillé dans trois directions: rassembler les informations pour connaître le nombre de tests qui pouvaient être faits chaque jour et suivre la progression des capacités, travailler avec l'ensemble des acteurs pour augmenter la capacité de tests, et proposer des textes réglementaires pour "lever un certain nombre d'obstacles à cette hausse capacitaire".

Il a insisté sur le fait que cette situation était "sans équivalent dans l'histoire récente" de la France, qu'il avait dû faire face à une absence de système d'information unifié permettant de connaître de façon exhaustive les examens de biologie médicale réalisés, et qu'il avait fallu en outre "surmonter" la "fragmentation" du système français de biologie médicale pour "basculer d'une logique d'opposition potentielle à un travail collectif".

La diffusion du test s'est aussi avérée compliquée, et des "tensions très fortes" se sont produites entre des laboratoires de recherche, des CHU, notamment parce qu'il fallait "passer d'une logique de plateforme faisant des opérations à une logique de production de résultats identifiés et faciles à suivre", a exposé Nicolas Castoldi.

Interrogé par les parlementaires sur la question de savoir si la stratégie de dépistage avait été adaptée aux moyens disponibles, il a répondu que "de l'expérience que j'ai eue, la mission qui m'a été confiée a été strictement inverse".

"Courant avril, on a fixé une cible de dépistage au jour du déconfinement -on teste les symptomatiques et on casse les chaînes de transmission- et notre mission a été de parvenir à fournir les moyens en adéquation avec cette stratégie", a-t-il déclaré. "C'est ce qui a été fait in fine: monter la capacité à la cible et non pas adapter la cible à la capacité... dans cette phase-là au moins."

Il a ensuite été possible d'élargir le dépistage notamment aux personnes asymptomatiques puisque le nombre de tests réalisés entre le 11 mai et fin juin n'était que de 250.000 tests par semaine en moyenne, a-t-il poursuivi, expliquant que cette différence par rapport aux prévisions (500.000-700.000 tests) était notamment due à un faible nombre de cas contacts, d'environ 2 par malade -et non 20-, après le confinement.

Nicolas Castoldi a par ailleurs pointé les limites d'un dépistage virologique large (notamment en raison de la part "importante" de faux-négatifs et d'un prélèvement nasopharyngé "compliqué" à réaliser), le risque étant de dire à des personnes qu'elles sont négatives alors que ce n'est pas le cas.

Il s'est peu épanché sur la question des tests sérologiques, qui permettent de savoir si l'on a été en contact avec le virus par le passé, pointant toutefois que si "médicalement, ils n'[avaient] pas d'usages directs", la "demande sociale" autour de ces tests était très présente.

sb/ab/APMnews

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