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26/05 2026
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HÔPITAUX MILITAIRES ET CIVILS SUR LE PIED DE GUERRE DANS LA PERSPECTIVE D'UN "ENGAGEMENT MAJEUR"

(Par Geoffroy LANG à Santexpo)

PARIS, 26 mai 2026 (APMnews) - Les établissements et les tutelles sanitaires se préparent à gérer les conséquences d'un engagement majeur des forces armées en Europe, a-t-on appris lors d'une table ronde et d'une conférence respectivement mercredi et jeudi, au salon Santexpo à Paris.


"La revue nationale stratégique demande à l'ensemble des forces de la nation de se préparer à un conflit, donc en tant que service de l'État, on va y contribuer, mais finalement c'est toute la nation qui est sollicitée", a expliqué la cheffe du centre de crises sanitaires (CCS) à la direction générale de la santé (DGS), Marie Baville, mercredi lors d'une conférence organisée à Santexpo.


Ce document, publié le 14 juillet 2025 par le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, à la demande de la présidence de la République et sous l'égide de Matignon, fixe les "actions nécessaires pour adapter notre défense à un nouvel environnement dégradé", dont l'hypothèse d'un engagement majeur (HEM).


"Une hypothèse, certes, mais de mon point de vue, une hypothèse à regarder de manière extrêmement sincère et avec beaucoup de réalisme", a commenté le directeur central du service de santé des armées (SSA), le médecin général Jacques Margery, jeudi, lors d'une table ronde organisée à Santexpo.


"Le risque est avéré, on le sait, il ne faut pas se mentir", avait déjà prévenu la veille le chef de la division opérations du SSA, le médecin général Erik Czerniak. "À partir du moment où le risque est avéré, on prend en compte et on regarde ce qu'on peut faire."


"Non seulement la menace est avérée, mais l'ennemi est identifié, c'est la Russie et clairement, il est écrit dans ce document stratégique qu'il faut que la France se prépare à un conflit de haute intensité avec les Russes d'ici 2030, avec une forte probabilité que les Russes testent l'Europe d'ici 2030", a renchéri le directeur général adjoint de l'agence régionale de santé (ARS) Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca), Olivier Brahic.


Si une instruction du ministère de la santé avait alors été diffusée aux ARS pour demander aux tutelles sanitaires de se préparer à cette "hypothèse d'engagement majeur" (cf dépêche du 27/08/2025 à 11:46), des travaux préparatoires à cette éventualité ont été amorcés dès 2023 par le SSA de concert avec le système de santé civil.


"Tout ce qu'on fait, c'est très encadré, notamment par ce qui est réalisé au niveau des groupes de travail de l'Otan", a souligné la cheffe du CCS. "Ce qui était important pour nous, c'est de s'appuyer sur ce qu'on sait faire et ce qui existe déjà dans nos pratiques habituelles, sur notre expérience, les attentats et aussi l'expérience Covid."


Cette prise en compte internationale du risque de conflit a donné lieu sur le plan sanitaire à l'adoption par l'Otan d'un plan d'action médical, conçu de concert par le comité des chefs des services de santé militaire de l'Otan (COMEDS) et le Joint Health Group, un groupe de travail mixte associant les représentants civils et militaires de systèmes sanitaires de pays membres.


Des hôpitaux civils immédiatement en appui du SSA


Sur le plan national, la réponse organisationnelle à ce scénario peut être résumée en quatre axes.


Le premier est le transfert des 1.000 à 1.200 patients accueillis chaque jour dans les huit hôpitaux du SSA vers les hôpitaux civils, alors que les moyens du SSA seront intégralement consacrés au soutien aux forces armées, à la fois projeté sur le front, jusqu'au cœur des combats, et pour accueillir les blessés rapatriés dans ses huit hôpitaux en France.


"Le deuxième axe qu'on est en train de travailler, c'est ce qu'on appelle le soutien nation hôte, puisque si on a un conflit à l'est de l'Europe, on aura des troupes alliées étrangères sur le territoire, probablement en nombre, donc il faudra aussi assurer leur accueil sur le territoire", a poursuivi Marie Baville.


Les troisième et quatrième axes concernent la prise en charge des blessés, en assurant d'une part les évacuations sanitaires depuis les zones de combat, et d'autre part la prise en charge de nombreux blessés sur le territoire national.


"Comme c'est un conflit symétrique, l'ennemi a à peu près les mêmes capacités que nous, des armes très performantes, très sophistiquées", a pointé le médecin général Czerniak. "Quand vous avez ce cocktail-là, in fine, on s'attend forcément à avoir beaucoup de blessés et de malades."


"Il faut bien comprendre que la chaîne d'évacuation devra fonctionner en continu, ramenant tous les blessés, tous les malades que le SSA ne sera pas capable de remettre sur pied directement dans la zone de guerre", a expliqué le médecin général Margery. "On parle là d'une centaine de blessés par jour, peut-être de pics jusqu'à plusieurs centaines de blessés, tous les jours et plusieurs jours de suite."


Le chef de la division opération du SSA a évoqué de son côté "un flux de blessés hétérogène, au sens où on va avoir du militaire français, du militaire allié, du militaire ennemi, car la France soigne ses ennemis. Une fois que quelqu'un est blessé, on se moque complètement de la couleur de son uniforme."


"Sur les pathologies, des leçons qu'on retrouve de l'Ukraine, il y a un vrai recours à l'artillerie", a rapporté le général Czerniak. Au-delà des blessures par balle fréquentes dans les combats d'infanterie, les services du SSA se préparent à prendre en charge des patients "polycriblés au niveau des membres et au niveau de la face, toutes les pathologies liées au souffle, des brûlés aussi puisque malheureusement, il y a des armes qui sont interdites et qui sont utilisées".


Le nombre potentiellement important de blessés et les difficultés d'évacuation dans ce contexte font également planer "tout le spectre infectieux", avec des cas de chocs septiques et de gangrènes et la problématique des bactéries multirésistantes (BMR).


Des "centres médicaux de transit" pour aiguiller les blessés sur le territoire national


"On a beaucoup travaillé le préhospitalier et on est arrivé à la conclusion qu'il fallait mettre en place des centres médicaux de transit, qu'on appellera des CMT, qui vont permettre ensuite de définir quelles sont les filières vers lesquelles on orientera les blessés", a indiqué Marie Baville.


Pour prendre en charge ces blessés, "les établissements de santé [civils] seront très fortement sollicités", a prévenu Jacques Margery, "dès que les moyens du SSA seront saturés, et ça peut venir assez vite, avec huit hôpitaux et 100 à 300 blessés par jour, en cinq à sept jours."


"La sollicitation, elle sera évidemment quantitative", a-t-il prévenu, mais elle "sera aussi qualitative. Il faut bien comprendre qu'un blessé de guerre, c'est un blessé qui requiert des chirurgies lourdes, répétées; il y a un besoin particulier de rééducation physique et psychique."


Les hôpitaux militaires et civils préparent donc la filiérisation de la prise en charge de ces blessés vers les hôpitaux, avec un rôle majeur pour les CHU, a fait valoir le directeur général des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), Samir Henni: "Un des premiers atouts, c'est notre capacité de prise en charge immédiate en cas de crise."


"On a des plateaux techniques complexes et des capacités en soins critiques qui nous permettent aussi d'avoir ce deuxième niveau de réponse et, en faisant le lien avec ce qu'on a connu comme crise, de monter en charge", a-t-il développé.


"Le deuxième atout qu'on a, c'est notre concentration unique de compétences et technicité", a-t-il poursuivi, "et le troisième élément, c'est notre rôle pivot dans la gestion du territoire qui nous permet de faire face aussi avec le SSA, le réseau des CHU mais aussi des GHT, l'HAD [hospitalisation à domicile], la médecine de ville, les établissements médico-sociaux, etc."


"Ces atouts nous permettent de faire face d'emblée, quelles que soient les situations, tout en maintenant un niveau de qualité très haut en qualité de soins", a mis en exergue le directeur général des HUS, qui a pris récemment la tête de la commission créée par la conférence des directeurs généraux sur les situations sanitaires exceptionnelles (SSE).


Se préparer à un environnement "profondément dégradé"


"On ne sait pas ce qui va nous arriver", a reconnu de son côté Olivier Brahic. "En revanche, ce qui est sûr, c'est que dans ce contexte, on aura un environnement qui sera profondément dégradé, instable."


"On aura des problèmes sociétaux, on risque d'avoir des attaques hybrides, des attentats, des problèmes d'approvisionnement. Je pense que c'est le sujet majeur qui me fait le plus peur quand on voit potentiellement l'impact de ce qui se passe au détroit d'Ormuz sur l'approvisionnement en dispositifs médicaux stériles en plastique pour le territoire national", a-t-il enchaîné.


Dans l'hypothèse d'une potentielle panne générale des systèmes d'information hospitaliers, le directeur général adjoint de l'ARS Paca a appelé à un travail "en lien plus étroit avec les équipes soignantes" pour "qu'on soit toutes et tous en capacité de fonctionner en papier", à l'instar de ce que le SSA demande à ses hôpitaux.


Si l'articulation de ces scénarios s'inscrit dans une coopération nationale, tant au niveau de l'Otan que de l'Union européenne, sa déclinaison nationale veut tirer les enseignements de la crise sanitaire du Covid-19 et des écueils d'une chaîne de décision trop verticale, comme l'a décrit Marie Baville: "Classiquement, c'est le niveau central -les ministères- qui définit la stratégie, et c'est le niveau territorial qui organise la mise en œuvre opérationnelle, mais en pratique, ça ne se passe pas tout à fait comme ça."


"Avec le SSA, on va définir les grands objectifs à atteindre, mais on les propose aux ARS qui vont nous dire 'Oui, ça c'est faisable, ça, ce n'est pas faisable'", a-t-elle illustré. "On s'enrichit les uns les autres avant d'aboutir à un cahier des charges qui va pouvoir ensuite nourrir les territoires."


La cheffe du CCS a rappelé que les sept zones des défense qui maillent le territoire national constituaient un échelon territorial déterminant dans la gestion de la réponse sanitaire à un conflit de haute intensité en Europe.


Alors que l'Otan et l'Union européenne mènent déjà des exercices pour se préparer à la prise en charge de victimes nombreuses, le médecin général Erik Czerniak a estimé qu'il serait opportun de décliner ces exercices à un niveau infranational: "Peut-être que la clé, c'est de faire descendre cette trame d'exercice au niveau des territoires […], et notre rôle, c'est de donner les clés aux ARS et aux territoires pour pouvoir s'entraîner et pour pouvoir effectivement balayer un certain nombre de scénarios."


"Le luxe de réfléchir sur notre système de santé en temps de guerre"


"On a la chance d'être dans un pays dans lequel on peut se permettre, peut-être, le luxe de réfléchir sur notre système de santé en temps de guerre à l'identique de ce qu'il est en temps de paix", a fait remarquer le directeur général de l'Assistance publique-hôpitaux de Marseille (AP-HM), François Crémieux. "Notre objectif, c'est de faire en sorte que la graduation des soins, à la fois sur le plan territorial et de leur niveau de gravité, puisse être la même demain en temps de guerre que ce qu'elle est aujourd'hui."


"Nous sommes arrivés à une maille où la confiance complète est là parce que chacun connaît l'autre, les impératifs de l'autre, chacun connaît les moyens de l'autre", a pour sa part salué le médecin Erik Czerniak. "On s'est organisés, on se prépare, on est vraiment montrés en exemple pour notre niveau de collaboration civilo-militaire et de préparation."


"Ce n'est pas facile de consacrer du temps à travailler une hypothèse où l'on fait tout pour que ça n'arrive jamais", a-t-il poursuivi. "Mais tout le monde a compris qu'on ne travaille pas en vain; on va travailler un scénario, ça ne se passera pas comme ça, mais on va quand même dérouler et on va juste modifier à la marge."


"Le fait de se préparer, d'anticiper, ce sera le gage de notre efficacité, c'est le gage de notre dissuasion collective", a insisté François Crémieux. "Plus on a la capacité de démontrer cette capacité-là et plus nous serons dissuasifs à l'égard d'un ennemi, de passer à l'acte et de rentrer non plus dans une hypothèse, mais dans un engagement majeur."


gl/nc/APMnews

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(Par Geoffroy LANG à Santexpo)

PARIS, 26 mai 2026 (APMnews) - Les établissements et les tutelles sanitaires se préparent à gérer les conséquences d'un engagement majeur des forces armées en Europe, a-t-on appris lors d'une table ronde et d'une conférence respectivement mercredi et jeudi, au salon Santexpo à Paris.


"La revue nationale stratégique demande à l'ensemble des forces de la nation de se préparer à un conflit, donc en tant que service de l'État, on va y contribuer, mais finalement c'est toute la nation qui est sollicitée", a expliqué la cheffe du centre de crises sanitaires (CCS) à la direction générale de la santé (DGS), Marie Baville, mercredi lors d'une conférence organisée à Santexpo.


Ce document, publié le 14 juillet 2025 par le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, à la demande de la présidence de la République et sous l'égide de Matignon, fixe les "actions nécessaires pour adapter notre défense à un nouvel environnement dégradé", dont l'hypothèse d'un engagement majeur (HEM).


"Une hypothèse, certes, mais de mon point de vue, une hypothèse à regarder de manière extrêmement sincère et avec beaucoup de réalisme", a commenté le directeur central du service de santé des armées (SSA), le médecin général Jacques Margery, jeudi, lors d'une table ronde organisée à Santexpo.


"Le risque est avéré, on le sait, il ne faut pas se mentir", avait déjà prévenu la veille le chef de la division opérations du SSA, le médecin général Erik Czerniak. "À partir du moment où le risque est avéré, on prend en compte et on regarde ce qu'on peut faire."


"Non seulement la menace est avérée, mais l'ennemi est identifié, c'est la Russie et clairement, il est écrit dans ce document stratégique qu'il faut que la France se prépare à un conflit de haute intensité avec les Russes d'ici 2030, avec une forte probabilité que les Russes testent l'Europe d'ici 2030", a renchéri le directeur général adjoint de l'agence régionale de santé (ARS) Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca), Olivier Brahic.


Si une instruction du ministère de la santé avait alors été diffusée aux ARS pour demander aux tutelles sanitaires de se préparer à cette "hypothèse d'engagement majeur" (cf dépêche du 27/08/2025 à 11:46), des travaux préparatoires à cette éventualité ont été amorcés dès 2023 par le SSA de concert avec le système de santé civil.


"Tout ce qu'on fait, c'est très encadré, notamment par ce qui est réalisé au niveau des groupes de travail de l'Otan", a souligné la cheffe du CCS. "Ce qui était important pour nous, c'est de s'appuyer sur ce qu'on sait faire et ce qui existe déjà dans nos pratiques habituelles, sur notre expérience, les attentats et aussi l'expérience Covid."


Cette prise en compte internationale du risque de conflit a donné lieu sur le plan sanitaire à l'adoption par l'Otan d'un plan d'action médical, conçu de concert par le comité des chefs des services de santé militaire de l'Otan (COMEDS) et le Joint Health Group, un groupe de travail mixte associant les représentants civils et militaires de systèmes sanitaires de pays membres.


Des hôpitaux civils immédiatement en appui du SSA


Sur le plan national, la réponse organisationnelle à ce scénario peut être résumée en quatre axes.


Le premier est le transfert des 1.000 à 1.200 patients accueillis chaque jour dans les huit hôpitaux du SSA vers les hôpitaux civils, alors que les moyens du SSA seront intégralement consacrés au soutien aux forces armées, à la fois projeté sur le front, jusqu'au cœur des combats, et pour accueillir les blessés rapatriés dans ses huit hôpitaux en France.


"Le deuxième axe qu'on est en train de travailler, c'est ce qu'on appelle le soutien nation hôte, puisque si on a un conflit à l'est de l'Europe, on aura des troupes alliées étrangères sur le territoire, probablement en nombre, donc il faudra aussi assurer leur accueil sur le territoire", a poursuivi Marie Baville.


Les troisième et quatrième axes concernent la prise en charge des blessés, en assurant d'une part les évacuations sanitaires depuis les zones de combat, et d'autre part la prise en charge de nombreux blessés sur le territoire national.


"Comme c'est un conflit symétrique, l'ennemi a à peu près les mêmes capacités que nous, des armes très performantes, très sophistiquées", a pointé le médecin général Czerniak. "Quand vous avez ce cocktail-là, in fine, on s'attend forcément à avoir beaucoup de blessés et de malades."


"Il faut bien comprendre que la chaîne d'évacuation devra fonctionner en continu, ramenant tous les blessés, tous les malades que le SSA ne sera pas capable de remettre sur pied directement dans la zone de guerre", a expliqué le médecin général Margery. "On parle là d'une centaine de blessés par jour, peut-être de pics jusqu'à plusieurs centaines de blessés, tous les jours et plusieurs jours de suite."


Le chef de la division opération du SSA a évoqué de son côté "un flux de blessés hétérogène, au sens où on va avoir du militaire français, du militaire allié, du militaire ennemi, car la France soigne ses ennemis. Une fois que quelqu'un est blessé, on se moque complètement de la couleur de son uniforme."


"Sur les pathologies, des leçons qu'on retrouve de l'Ukraine, il y a un vrai recours à l'artillerie", a rapporté le général Czerniak. Au-delà des blessures par balle fréquentes dans les combats d'infanterie, les services du SSA se préparent à prendre en charge des patients "polycriblés au niveau des membres et au niveau de la face, toutes les pathologies liées au souffle, des brûlés aussi puisque malheureusement, il y a des armes qui sont interdites et qui sont utilisées".


Le nombre potentiellement important de blessés et les difficultés d'évacuation dans ce contexte font également planer "tout le spectre infectieux", avec des cas de chocs septiques et de gangrènes et la problématique des bactéries multirésistantes (BMR).


Des "centres médicaux de transit" pour aiguiller les blessés sur le territoire national


"On a beaucoup travaillé le préhospitalier et on est arrivé à la conclusion qu'il fallait mettre en place des centres médicaux de transit, qu'on appellera des CMT, qui vont permettre ensuite de définir quelles sont les filières vers lesquelles on orientera les blessés", a indiqué Marie Baville.


Pour prendre en charge ces blessés, "les établissements de santé [civils] seront très fortement sollicités", a prévenu Jacques Margery, "dès que les moyens du SSA seront saturés, et ça peut venir assez vite, avec huit hôpitaux et 100 à 300 blessés par jour, en cinq à sept jours."


"La sollicitation, elle sera évidemment quantitative", a-t-il prévenu, mais elle "sera aussi qualitative. Il faut bien comprendre qu'un blessé de guerre, c'est un blessé qui requiert des chirurgies lourdes, répétées; il y a un besoin particulier de rééducation physique et psychique."


Les hôpitaux militaires et civils préparent donc la filiérisation de la prise en charge de ces blessés vers les hôpitaux, avec un rôle majeur pour les CHU, a fait valoir le directeur général des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), Samir Henni: "Un des premiers atouts, c'est notre capacité de prise en charge immédiate en cas de crise."


"On a des plateaux techniques complexes et des capacités en soins critiques qui nous permettent aussi d'avoir ce deuxième niveau de réponse et, en faisant le lien avec ce qu'on a connu comme crise, de monter en charge", a-t-il développé.


"Le deuxième atout qu'on a, c'est notre concentration unique de compétences et technicité", a-t-il poursuivi, "et le troisième élément, c'est notre rôle pivot dans la gestion du territoire qui nous permet de faire face aussi avec le SSA, le réseau des CHU mais aussi des GHT, l'HAD [hospitalisation à domicile], la médecine de ville, les établissements médico-sociaux, etc."


"Ces atouts nous permettent de faire face d'emblée, quelles que soient les situations, tout en maintenant un niveau de qualité très haut en qualité de soins", a mis en exergue le directeur général des HUS, qui a pris récemment la tête de la commission créée par la conférence des directeurs généraux sur les situations sanitaires exceptionnelles (SSE).


Se préparer à un environnement "profondément dégradé"


"On ne sait pas ce qui va nous arriver", a reconnu de son côté Olivier Brahic. "En revanche, ce qui est sûr, c'est que dans ce contexte, on aura un environnement qui sera profondément dégradé, instable."


"On aura des problèmes sociétaux, on risque d'avoir des attaques hybrides, des attentats, des problèmes d'approvisionnement. Je pense que c'est le sujet majeur qui me fait le plus peur quand on voit potentiellement l'impact de ce qui se passe au détroit d'Ormuz sur l'approvisionnement en dispositifs médicaux stériles en plastique pour le territoire national", a-t-il enchaîné.


Dans l'hypothèse d'une potentielle panne générale des systèmes d'information hospitaliers, le directeur général adjoint de l'ARS Paca a appelé à un travail "en lien plus étroit avec les équipes soignantes" pour "qu'on soit toutes et tous en capacité de fonctionner en papier", à l'instar de ce que le SSA demande à ses hôpitaux.


Si l'articulation de ces scénarios s'inscrit dans une coopération nationale, tant au niveau de l'Otan que de l'Union européenne, sa déclinaison nationale veut tirer les enseignements de la crise sanitaire du Covid-19 et des écueils d'une chaîne de décision trop verticale, comme l'a décrit Marie Baville: "Classiquement, c'est le niveau central -les ministères- qui définit la stratégie, et c'est le niveau territorial qui organise la mise en œuvre opérationnelle, mais en pratique, ça ne se passe pas tout à fait comme ça."


"Avec le SSA, on va définir les grands objectifs à atteindre, mais on les propose aux ARS qui vont nous dire 'Oui, ça c'est faisable, ça, ce n'est pas faisable'", a-t-elle illustré. "On s'enrichit les uns les autres avant d'aboutir à un cahier des charges qui va pouvoir ensuite nourrir les territoires."


La cheffe du CCS a rappelé que les sept zones des défense qui maillent le territoire national constituaient un échelon territorial déterminant dans la gestion de la réponse sanitaire à un conflit de haute intensité en Europe.


Alors que l'Otan et l'Union européenne mènent déjà des exercices pour se préparer à la prise en charge de victimes nombreuses, le médecin général Erik Czerniak a estimé qu'il serait opportun de décliner ces exercices à un niveau infranational: "Peut-être que la clé, c'est de faire descendre cette trame d'exercice au niveau des territoires […], et notre rôle, c'est de donner les clés aux ARS et aux territoires pour pouvoir s'entraîner et pour pouvoir effectivement balayer un certain nombre de scénarios."


"Le luxe de réfléchir sur notre système de santé en temps de guerre"


"On a la chance d'être dans un pays dans lequel on peut se permettre, peut-être, le luxe de réfléchir sur notre système de santé en temps de guerre à l'identique de ce qu'il est en temps de paix", a fait remarquer le directeur général de l'Assistance publique-hôpitaux de Marseille (AP-HM), François Crémieux. "Notre objectif, c'est de faire en sorte que la graduation des soins, à la fois sur le plan territorial et de leur niveau de gravité, puisse être la même demain en temps de guerre que ce qu'elle est aujourd'hui."


"Nous sommes arrivés à une maille où la confiance complète est là parce que chacun connaît l'autre, les impératifs de l'autre, chacun connaît les moyens de l'autre", a pour sa part salué le médecin Erik Czerniak. "On s'est organisés, on se prépare, on est vraiment montrés en exemple pour notre niveau de collaboration civilo-militaire et de préparation."


"Ce n'est pas facile de consacrer du temps à travailler une hypothèse où l'on fait tout pour que ça n'arrive jamais", a-t-il poursuivi. "Mais tout le monde a compris qu'on ne travaille pas en vain; on va travailler un scénario, ça ne se passera pas comme ça, mais on va quand même dérouler et on va juste modifier à la marge."


"Le fait de se préparer, d'anticiper, ce sera le gage de notre efficacité, c'est le gage de notre dissuasion collective", a insisté François Crémieux. "Plus on a la capacité de démontrer cette capacité-là et plus nous serons dissuasifs à l'égard d'un ennemi, de passer à l'acte et de rentrer non plus dans une hypothèse, mais dans un engagement majeur."


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