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20/11 2020
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PACA: LA GESTION DE LA CRISE COVID EST ENCORE TROP "ADMINISTRATIVE" (URPS MÉDECINS)

(Par Sylvain LABAUNE)

MARSEILLE, 20 novembre 2020 (APMnews) - La gestion de la deuxième vague de Covid-19 en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) est encore trop "administrative et technocratique", au détriment de "la souplesse et du bon sens du terrain", a déclaré jeudi à APMnews Laurent Saccomano, président de l'union régionale des professionnels de santé médecins libéraux (URPS-ML).

La situation épidémique est hétérogène en Paca, avec des départements très touchés comme les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse et les Hautes-Alpes, et d'autres un peu moins (cf dépêche du 19/11/2020 à 12:49).

Si les médecins libéraux sont "probablement plus intégrés" à la gestion de crise que pendant la 1re vague, l'agence régionale de santé (ARS) Paca a encore "des difficultés à faire confiance aux professionnels de santé du secteur privé, comme d'ailleurs du secteur public", a déploré Laurent Saccomano. Il "manque encore de cette adaptabilité que nous recherchons".

L'URPS-ML Paca avait dénoncé en juillet un "hospitalo-centrisme" pendant la première vague dans un livre blanc sur le Covid-19 qui faisait le bilan critique de cette période pour les libéraux (cf dépêche du 23/07/2020 à 08:00).

Dans les Alpes-Maritimes par exemple, "nous avons des alertes des présidents" de conférences médicales d'établissements (CME) et de commissions médicales d'établissements, aussi bien du privé comme du public, sur les consignes de déprogrammation à appliquer.

Si dans ce département "la pression épidémique est forte, elle tout de même bien moins élevée que dans le Vaucluse ou dans les Bouches-du-Rhône", a-t-il développé.

Pourtant, "l'ARS a décidé de déclencher le 5e et dernier niveau palier qui prévoit la déprogrammation complète des actes non urgents dans les établissements" (cf dépêche du 09/11/2020 à 18:02), alors même qu'il n'y a pas cette "pression absolue en termes de manque de places ou de personnels dans les Alpes-Maritimes".

"C'est pourquoi les communautés médicales se sont étonnées et ont demandé à garder la main", en argumentant qu'elles ne voulaient "pas faire courir un manque de chance aux patients".

"Leur message a été de dire: 'Laissez-nous travailler tant que nous le pouvons, et si d'aventure le niveau de pression augmente, faites-nous confiance, nous serons en mesure de déprogrammer dans les cinq minutes'", a rapporté Laurent Saccomano.

"Les mesures ne doivent pas venir de Paris, ni du siège de l'ARS", a-t-il dit. "Si des différences sont identifiées entre les départements ou secteurs, il faut être capables d'adapter [la gestion] pour ne pas faire courir de risques aux patients."

D'autant plus que parmi les soins non urgents déprogrammés, "un certain nombre ne nécessitent pas de lits d'hospitalisation" ou de "mobilisation de personnels de hautes compétences", c'est le cas par exemple des "gastroscopies ou des cataractes", a-t-il continué.

"Nous avons encore une fois une preuve qu'il y a une gestion très administrative et technocratique", au détriment de "la souplesse et du bon sens qui vient du terrain", et les professionnels du public et du privé "s'expriment d'une même voix" sur ce sujet, a-t-il assuré.

L'implication des libéraux s'est largement améliorée

Laurent Saccomano a toutefois salué une meilleure implication des libéraux de ville et des établissements privés à la prise en charge des patients Covid.

"Pendant la 1re vague, il y a eu un hospitalo-centrisme qui était pleinement assumé par certains, et subi par d'autre." La doctrine était que "tout le Covid devait passer par l'hôpital" et des "établissements avaient même du mal à renvoyer certains patients" vers la ville et le privé.

Les professionnels des différents secteurs "travaillaient dans leur silo et ne se connaissaient pas". Désormais avec cette 2e vague, "tout le monde a envie de contribuer officiellement à prendre en charge les patients Covid et à lutter contre l'épidémie", a développé le président.

Des "équipes d'exercice coordonné" sont en place, "sous l'égide des plateformes territoriales d'appui [PTA] ou des communautés professionnelles territoriales de santé [CPTS]", mais également dans les cellules territoriales de gestion de crise.

Les "consignes, qui n'allaient pas toujours dans le bon sens, ont été prises à bras le corps", a-t-il continué. Les "libéraux n'ont pas voulu autant subir que pendant la 1re vague" et "ne plus attendre l'autorisation du ministère ou de l'ARS" pour prendre des initiatives et travailler ensemble.

Cette organisation davantage spontanée "s'est manifestée à certains endroits par des cellules de crise qui ont favorisé à la fois l'hospitalisation directe ou le maintien à domicile, le plus longtemps possible, pour retarder une hospitalisation".

Cela a permis "des sorties d'hôpital plus rapides avec un relais et une prise en charge vers l'hospitalisation privée ou les soins de ville", a-t-il poursuivi. "Des directions d'hôpital se sont mises d'accord avec des professionnels de ville pour mieux coopérer et échanger les informations."

L'activité reste stable chez les libéraux de ville, contrairement au printemps

En ce qui concerne le matériel, les libéraux n'ont plus eu de problèmes d'approvisionnement en équipements de protection individuelle (EPI) contrairement à la 1re vague, mise à part "quelques inquiétudes parfois sur les gants", a indiqué le président.

En revanche, il y a des difficultés sur les tests antigéniques. "Des professionnels n'arrivent pas à s'approvisionner dans de nombreux points du territoire parce que les pharmacies n'arrivent pas à en avoir suffisamment". Il y a une "différence entre le discours [du ministère chargée de la santé] et le terrain, où nous n'avons pas forcément accès à ces tests".

En outre, les médecins libéraux de ville n'accusent pas de perte d'activité comme cela a pu être le cas au printemps. "Les patients ne font pas la même erreur de se détourner de leurs professionnels de santé", a rapporté Laurent Saccomano.

L'URPS-ML observe notamment une "continuité du suivi" en cancérologie, y compris en établissement. "Sur ce point, on a retenu les erreurs" du printemps "où des retards de prise en charge avaient été constatés", a-t-il commenté.

Une "soixantaine" de CPTS en cours de création

Laurent Saccomano a par ailleurs loué le rôle des CPTS pendant cette crise sanitaire. Elles "sont extrêmement réactives dans la gestion et l'accompagnement des soins, elles ont par exemple "géré les approvisionnements en masques et en gel hydroalcooliques au moment des pénuries" dans les territoires.

Elles permettent "d'améliorer le parcours et la prise en charge des patients", a-t-il continué. Avec les CPTS, "tous les professionnels se connaissent et les échanges d'informations sont plus simples" et cela est essentiel lors d'une épidémie. D'ailleurs, "nombre de projets de création de CPTS qui étaient en cours pendant la crise ont été accélérés".

L'URPS-ML "s'est très fortement engagé, dès le début, pour leur création dans la région" et "l'on voit aujourd'hui que ça a du sens", a-t-il poursuivi. Paca compte actuellement une soixantaine de projets de CPTS "pré-validés par l'ARS", une "bonne vingtaine ont déjà écrit" leur feuille de route dont "une dizaine qui sont quasi-finalisées", a détaillé Laurent Saccomano.

syl/nc/APMnews

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