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01/12 2021
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PSYCHIATRIE: PLAN BLANC AU VINATIER POUR CAUSE DE PÉNURIE PARAMÉDICALE

BRON (Métropole de Lyon), MONTPELLIER, 1er décembre 2021 (APMnews) - Le centre hospitalier spécialisé en psychiatrie Le Vinatier a déclenché le premier niveau du plan blanc pour cause de pénurie de personnels paramédicaux, a expliqué mercredi à APMnews le directeur de l'établissement, Pascal Mariotti, en marge du congrès français de psychiatrie qui se tient à Montpellier jusqu'à samedi.

Le Vinatier a déclenché son blanc jeudi 25 novembre, a précisé Pascal Mariotti.

"Nous avons décidé de mettre en oeuvre le plan blanc non pas au regard de la crise sanitaire, mais au regard de la crise des effectifs et des conséquences qu'elle allait avoir sur l'établissement", a-t-il avancé. "Nous avons estimé qu'il nous fallait une cellule de crise et qu'il fallait piloter, dans une logique de plan blanc, les décisions et les concertations que nous allions devoir prendre et mener", a-t-il souligné.

Il a précisé que Le Vinatier enregistrait entre 15% et 18% de postes médicaux vacants. "Cela se concentre beaucoup sur la psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent et sur l'hospitalisation en psychiatrie générale [cf dépêche du 15/07/2021 à 17:51]." Cela dit, "en 2021 par rapport à 2020, la situation des effectifs médicaux au Vinatier a plutôt tendance à s'améliorer, et ceci ne justifierait pas le plan blanc, même si évidemment, telle ou telle partie de l'établissement est en tension".

"La problématique au Vinatier se concentre sur les paramédicaux", a-t-il poursuivi, notant qu'"en 2020, et notamment pendant les phases de confinement, les recrutements sont tombés au point bas. On a mis ça sur [le dos] de la conjoncture".

Or "les recrutements étaient sans doute déjà insuffisants pour couvrir les besoins de l'établissement, mais, comme au même moment, on se restructurait, en particulier en revoyant notre format d'hospitalisation […], nous avons dégagé les professionnels en nombre suffisant pour continuer à fonctionner assez normalement, et continuer à alimenter nos dispositifs dans la nouvelle offre de soins", a-t-il décrit.

Mais au final, "les recrutements n'ont pas repris", faute de candidats, et "sur environ 1.000 infirmiers, on a 10% de postes vacants".

"Aujourd'hui, on a recours beaucoup à l'intérim, aux heures supplémentaires, à la dégradation de nos ratios d'effectifs notamment en hospitalisation […], la nuit étant dans une situation encore plus complexe que le jour", a-t-il détaillé. "Le jour, on affecte les soignants là où il y a des besoins, donc on chahute aussi les personnels", a-t-il ajouté.

La date couperet du 15 janvier 2022

Et si "cet été, nous avons fait en sorte que les congés puissent être pris", cela n'a pas été le cas pour les vacances de la Toussaint et cela ne le sera pas pour celles de Noël car "les soignants ne peuvent pas prendre plus de six jours d'affilée".

De plus, Le Vinatier tente d'anticiper la dégradation de la situation, même si "les réorganisations que nous avions faites [cf dépêche du 15/02/2019 à 10:15] nous ont manifestement permis de différer certaines décisions", a-t-il assuré. En tout cas, "au 15 janvier" 2022, si la pénurie paramédicale se confirme telle quelle, "on ne tournera plus normalement et on mettra en jeu la sécurité de nos soins et donc de nos patients", a-t-il prévenu.

Pour éviter cette détérioration des soins, l'établissement n'envisage pas de toucher "au modèle extrahospitalier ambulatoire et inclusif", et "cherche[ra] à protéger la psychiatrie générale, puisqu'on a réduit ses capacités l'année dernière", a-t-il précisé.

Trois pistes sont actuellement à l'étude, a indiqué Pascal Mariotti.

Il s'agit d'abord de fermer à la date prévue, le 1er janvier 2022, une unité d'hospitalisation longue durée pour laquelle il avait été envisagé de décaler de trois à six mois cette fermeture, car tous les patients ne sont pas réorientés vers le secteur médico-social comme il était prévu. "Il reste sept patients qui seront pris en charge dans les différents services de l'institution le temps de trouver une prise en charge médico-sociale", a-t-il dit. Cette piste est "actée", a-t-il précisé, indiquant qu'une quinzaine de personnels allaient ainsi pouvoir être réaffectés ailleurs.

De plus, "suite à des échanges avec l'ARS [agence régionale de santé] et des échanges en cours avec l'administration pénitentiaire", est envisagée "la fermeture temporaire au 1er janvier 2022, pour six mois, de 20 lits de l'unité d'hospitalisation spécialement aménagée (UHSA), les infirmiers et aides-soignants qui y travaillent étant réaffectés prioritairement sur la filières des urgences, parce qu'ils travaillent en 12h", comme aux urgences. "Il est important de sécuriser la filière des urgences puisque nous sommes porteurs des urgences psychiatriques de toute l'agglomération lyonnaise", a-t-il insisté. Une réunion sur ce sujet est prévue vendredi.

"Et il y a tout un débat interne qui va se poursuivre au directoire demain soir [jeudi] pour savoir quelle serait une troisième unité qui serait à fermer. On a différents sujets sur la table qui font débat au sein du corps médical", a-t-il rapporté. Sera discutée notamment l'hypothèse de fermer pour six mois l'unité de soins intensifs psychiatriques (Usip), qui représente entre 15 et 20 soignants.

La situation au Vinatier "n'est pas singulière" et "certains établissements qui étaient déjà en difficulté sont au bord de la rupture; et je n'ai pas l'habitude d'être catastrophiste", a conclu Pascal Mariotti, par ailleurs président de l'Association des établissements du service public de santé mentale (Adesm).

vl/ab/APMnews

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BRON (Métropole de Lyon), MONTPELLIER, 1er décembre 2021 (APMnews) - Le centre hospitalier spécialisé en psychiatrie Le Vinatier a déclenché le premier niveau du plan blanc pour cause de pénurie de personnels paramédicaux, a expliqué mercredi à APMnews le directeur de l'établissement, Pascal Mariotti, en marge du congrès français de psychiatrie qui se tient à Montpellier jusqu'à samedi.

Le Vinatier a déclenché son blanc jeudi 25 novembre, a précisé Pascal Mariotti.

"Nous avons décidé de mettre en oeuvre le plan blanc non pas au regard de la crise sanitaire, mais au regard de la crise des effectifs et des conséquences qu'elle allait avoir sur l'établissement", a-t-il avancé. "Nous avons estimé qu'il nous fallait une cellule de crise et qu'il fallait piloter, dans une logique de plan blanc, les décisions et les concertations que nous allions devoir prendre et mener", a-t-il souligné.

Il a précisé que Le Vinatier enregistrait entre 15% et 18% de postes médicaux vacants. "Cela se concentre beaucoup sur la psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent et sur l'hospitalisation en psychiatrie générale [cf dépêche du 15/07/2021 à 17:51]." Cela dit, "en 2021 par rapport à 2020, la situation des effectifs médicaux au Vinatier a plutôt tendance à s'améliorer, et ceci ne justifierait pas le plan blanc, même si évidemment, telle ou telle partie de l'établissement est en tension".

"La problématique au Vinatier se concentre sur les paramédicaux", a-t-il poursuivi, notant qu'"en 2020, et notamment pendant les phases de confinement, les recrutements sont tombés au point bas. On a mis ça sur [le dos] de la conjoncture".

Or "les recrutements étaient sans doute déjà insuffisants pour couvrir les besoins de l'établissement, mais, comme au même moment, on se restructurait, en particulier en revoyant notre format d'hospitalisation […], nous avons dégagé les professionnels en nombre suffisant pour continuer à fonctionner assez normalement, et continuer à alimenter nos dispositifs dans la nouvelle offre de soins", a-t-il décrit.

Mais au final, "les recrutements n'ont pas repris", faute de candidats, et "sur environ 1.000 infirmiers, on a 10% de postes vacants".

"Aujourd'hui, on a recours beaucoup à l'intérim, aux heures supplémentaires, à la dégradation de nos ratios d'effectifs notamment en hospitalisation […], la nuit étant dans une situation encore plus complexe que le jour", a-t-il détaillé. "Le jour, on affecte les soignants là où il y a des besoins, donc on chahute aussi les personnels", a-t-il ajouté.

La date couperet du 15 janvier 2022

Et si "cet été, nous avons fait en sorte que les congés puissent être pris", cela n'a pas été le cas pour les vacances de la Toussaint et cela ne le sera pas pour celles de Noël car "les soignants ne peuvent pas prendre plus de six jours d'affilée".

De plus, Le Vinatier tente d'anticiper la dégradation de la situation, même si "les réorganisations que nous avions faites [cf dépêche du 15/02/2019 à 10:15] nous ont manifestement permis de différer certaines décisions", a-t-il assuré. En tout cas, "au 15 janvier" 2022, si la pénurie paramédicale se confirme telle quelle, "on ne tournera plus normalement et on mettra en jeu la sécurité de nos soins et donc de nos patients", a-t-il prévenu.

Pour éviter cette détérioration des soins, l'établissement n'envisage pas de toucher "au modèle extrahospitalier ambulatoire et inclusif", et "cherche[ra] à protéger la psychiatrie générale, puisqu'on a réduit ses capacités l'année dernière", a-t-il précisé.

Trois pistes sont actuellement à l'étude, a indiqué Pascal Mariotti.

Il s'agit d'abord de fermer à la date prévue, le 1er janvier 2022, une unité d'hospitalisation longue durée pour laquelle il avait été envisagé de décaler de trois à six mois cette fermeture, car tous les patients ne sont pas réorientés vers le secteur médico-social comme il était prévu. "Il reste sept patients qui seront pris en charge dans les différents services de l'institution le temps de trouver une prise en charge médico-sociale", a-t-il dit. Cette piste est "actée", a-t-il précisé, indiquant qu'une quinzaine de personnels allaient ainsi pouvoir être réaffectés ailleurs.

De plus, "suite à des échanges avec l'ARS [agence régionale de santé] et des échanges en cours avec l'administration pénitentiaire", est envisagée "la fermeture temporaire au 1er janvier 2022, pour six mois, de 20 lits de l'unité d'hospitalisation spécialement aménagée (UHSA), les infirmiers et aides-soignants qui y travaillent étant réaffectés prioritairement sur la filières des urgences, parce qu'ils travaillent en 12h", comme aux urgences. "Il est important de sécuriser la filière des urgences puisque nous sommes porteurs des urgences psychiatriques de toute l'agglomération lyonnaise", a-t-il insisté. Une réunion sur ce sujet est prévue vendredi.

"Et il y a tout un débat interne qui va se poursuivre au directoire demain soir [jeudi] pour savoir quelle serait une troisième unité qui serait à fermer. On a différents sujets sur la table qui font débat au sein du corps médical", a-t-il rapporté. Sera discutée notamment l'hypothèse de fermer pour six mois l'unité de soins intensifs psychiatriques (Usip), qui représente entre 15 et 20 soignants.

La situation au Vinatier "n'est pas singulière" et "certains établissements qui étaient déjà en difficulté sont au bord de la rupture; et je n'ai pas l'habitude d'être catastrophiste", a conclu Pascal Mariotti, par ailleurs président de l'Association des établissements du service public de santé mentale (Adesm).

vl/ab/APMnews

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