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03/05 2021
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RISQUE ACCRU DE DÉCÈS PAR ASTHME EN RAISON D'UNE PLUS MAUVAISE OBSERVANCE À L'ADOLESCENCE

PARIS, 3 mai 2021 (APMnews) - Le risque de décès par asthme est plus élevé à l'adolescence, une période de la vie marquée par une mauvaise observance thérapeutique encore plus marquée que chez l'enfant ou l'adulte, insiste la Fondation Gregory Pariente à l'occasion de la journée mondiale de l'asthme, mardi.

Pierre Pariente a créé cette fondation en 2016, deux ans et demi après le décès de son fils unique, à 14 ans, d'une crise d'asthme, pour "prévenir des dangers de l'asthme en particulier à l'adolescence". Or, dans 95% des cas (hors asthme sévère), "on peut avoir une vie normale avec un traitement adapté bien suivi", a-t-il rappelé lors d'une conférence de presse, organisée la semaine dernière.

L'asthme est la maladie la plus fréquente à l'adolescence (autour de 10%) et la deuxième cause d'années de vie avec incapacité chez les 10-24 ans, responsable à la fois d'absentéisme, de difficultés relationnelles, de manque de confiance en soi, d'anxiété, a ajouté le Dr David Drummond de l'hôpital Necker-Enfants malades à Paris (AP-HP).

Selon des données épidémiologiques britanniques et françaises, le risque de décès par asthme est doublé entre 10 et 20 ans par rapport aux moins de 10 ans et surtout, les trois quarts des adolescents décèdent avant d'arriver à l'hôpital, notamment parce qu'ils n'ont pas leur traitement sur eux.

En outre, parmi ces adolescents décédés, 72% n'étaient pas observants alors que ce sont "des morts évitables", a souligné le Dr Drummond, rappelant que pour des médecins plus âgés, l'arrivée de la corticothérapie inhalée dans les années 1970 a été une révolution dans la prise en charge de l'asthme.

Il a résumé cette situation aux chiffres 3-4: sur 30 élèves, 3 à 4 ont un asthme; un adolescent décède en France toutes les 3 à 4 semaines, les 3/4 ne suivaient pas bien leur traitement.

Gregory Pariente Foundation
Gregory Pariente Foundation

Malheureusement, cette situation semble être liée au développement du cerveau à cet âge: "il est attendu qu'un adolescent ne prenne pas son traitement, en lien avec la désynchronisation entre son système limbique qui est mature dès 14 ans alors que son cortex préfrontal ne le sera qu'à 25 ans", a expliqué le Dr Drummond.

"L'adolescent a plus de difficultés à concevoir les bénéfices à long terme de son traitement de fond et favorise les conduites à risque. Depuis 10 ans, les études montrent que l'éducation thérapeutique pour expliquer aux adolescents l'importance de leur traitement de manière rationnelle ne fonctionne pas; il faut agir davantage sur les émotions", a-t-il poursuivi.

C'est sur cet aspect que veut accrocher la fondation avec une nouvelle vidéo de sensibilisation. Il s'agit à la fois d'accrocher l'adolescent asthmatique mais aussi ses amis pour qu'ils agissent, a souligné le Dr Françoise Pariente Ichou, responsable scientifique de la fondation.

Les adolescents vivent dans l'immédiateté et ne prennent leur traitement que lorsqu'ils ont besoin d'être soulagés, a poursuivi le Dr Carine Favre-Metz des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS). "Il faut jouer sur les moments importants dont l'asthme peut l'écarter, comme le sport, les rires partagés avec les amis. Il s'agit aussi d'établir un compromis entre l'adolescent, ses parents et le médecin, de fixer un objectif à court terme", a-t-elle indiqué, soulignant l'importance d'écouter l'adolescent pour rétablir la confiance.

Sans pouvoir l'attester sur la base de données exhaustives, les Drs Drummond et Favre-Metz ont estimé auprès d'APMnews que l'approche pourrait être différente entre les garçons et les filles, les premiers étant encore plus difficilement observants que les secondes, les premiers ayant davantage le goût du risque et les secondes exprimant davantage de stress.

Interrogés par APMnews sur le recours à des jeux vidéo sérieux, le Dr Drummond a estimé que c'était une piste intéressante, qui avait été testée chez des adolescents, atteints d'un lymphome notamment, et Pierre Pariente a indiqué que sa fondation avait un projet d'application mobile pour aider les adolescents à évaluer leur asthme de manière ludique, mais pas encore de serious game.

La recherche et les essais cliniques sont peu individualisés chez l'adolescent, qui est soit inclus dans des essais cliniques chez l'adulte et l'adolescent à partir de 12 ans, soit dans des études pédiatriques, a par ailleurs ajouté le Dr Drummond.

Pour améliorer la prise en charge de l'asthme à l'adolescence, les deux médecins ont également estimé qu'il faudrait davantage sensibiliser les enseignants, en particulier à l'importance d'administrer un bronchodilatateur à action courte en cas de crise d'asthme, de "dédramatiser" cette situation, et souhaité trouver un "influenceur", "un ambassadeur", comme un sportif asthmatique.

La fondation a par ailleurs demandé, avec l'association Asthme & allergies, l'Association des asthmatiques sévères et la Fédération française des associations & amicales de malades, insuffisants ou handicapés respiratoires (FFAAIR), avec le soutien de la Société de pneumologie de langue française (SPLF), d'ajouter une 34e recommandation dans un livre blanc pour améliorer la prise en charge de l'asthme (cf dépêche du 24/09/2020 à 13:10) sur la place du pneumologue dans le parcours de soins, indique sa responsable scientifique.

A l'occasion de cette journée mondiale de l'asthme, mardi, Asthme & allergies organise une visioconférence mercredi pour lutter contre les idées reçues.

ld/ab/APMnews

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PARIS, 3 mai 2021 (APMnews) - Le risque de décès par asthme est plus élevé à l'adolescence, une période de la vie marquée par une mauvaise observance thérapeutique encore plus marquée que chez l'enfant ou l'adulte, insiste la Fondation Gregory Pariente à l'occasion de la journée mondiale de l'asthme, mardi.

Pierre Pariente a créé cette fondation en 2016, deux ans et demi après le décès de son fils unique, à 14 ans, d'une crise d'asthme, pour "prévenir des dangers de l'asthme en particulier à l'adolescence". Or, dans 95% des cas (hors asthme sévère), "on peut avoir une vie normale avec un traitement adapté bien suivi", a-t-il rappelé lors d'une conférence de presse, organisée la semaine dernière.

L'asthme est la maladie la plus fréquente à l'adolescence (autour de 10%) et la deuxième cause d'années de vie avec incapacité chez les 10-24 ans, responsable à la fois d'absentéisme, de difficultés relationnelles, de manque de confiance en soi, d'anxiété, a ajouté le Dr David Drummond de l'hôpital Necker-Enfants malades à Paris (AP-HP).

Selon des données épidémiologiques britanniques et françaises, le risque de décès par asthme est doublé entre 10 et 20 ans par rapport aux moins de 10 ans et surtout, les trois quarts des adolescents décèdent avant d'arriver à l'hôpital, notamment parce qu'ils n'ont pas leur traitement sur eux.

En outre, parmi ces adolescents décédés, 72% n'étaient pas observants alors que ce sont "des morts évitables", a souligné le Dr Drummond, rappelant que pour des médecins plus âgés, l'arrivée de la corticothérapie inhalée dans les années 1970 a été une révolution dans la prise en charge de l'asthme.

Il a résumé cette situation aux chiffres 3-4: sur 30 élèves, 3 à 4 ont un asthme; un adolescent décède en France toutes les 3 à 4 semaines, les 3/4 ne suivaient pas bien leur traitement.

Gregory Pariente Foundation
Gregory Pariente Foundation

Malheureusement, cette situation semble être liée au développement du cerveau à cet âge: "il est attendu qu'un adolescent ne prenne pas son traitement, en lien avec la désynchronisation entre son système limbique qui est mature dès 14 ans alors que son cortex préfrontal ne le sera qu'à 25 ans", a expliqué le Dr Drummond.

"L'adolescent a plus de difficultés à concevoir les bénéfices à long terme de son traitement de fond et favorise les conduites à risque. Depuis 10 ans, les études montrent que l'éducation thérapeutique pour expliquer aux adolescents l'importance de leur traitement de manière rationnelle ne fonctionne pas; il faut agir davantage sur les émotions", a-t-il poursuivi.

C'est sur cet aspect que veut accrocher la fondation avec une nouvelle vidéo de sensibilisation. Il s'agit à la fois d'accrocher l'adolescent asthmatique mais aussi ses amis pour qu'ils agissent, a souligné le Dr Françoise Pariente Ichou, responsable scientifique de la fondation.

Les adolescents vivent dans l'immédiateté et ne prennent leur traitement que lorsqu'ils ont besoin d'être soulagés, a poursuivi le Dr Carine Favre-Metz des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS). "Il faut jouer sur les moments importants dont l'asthme peut l'écarter, comme le sport, les rires partagés avec les amis. Il s'agit aussi d'établir un compromis entre l'adolescent, ses parents et le médecin, de fixer un objectif à court terme", a-t-elle indiqué, soulignant l'importance d'écouter l'adolescent pour rétablir la confiance.

Sans pouvoir l'attester sur la base de données exhaustives, les Drs Drummond et Favre-Metz ont estimé auprès d'APMnews que l'approche pourrait être différente entre les garçons et les filles, les premiers étant encore plus difficilement observants que les secondes, les premiers ayant davantage le goût du risque et les secondes exprimant davantage de stress.

Interrogés par APMnews sur le recours à des jeux vidéo sérieux, le Dr Drummond a estimé que c'était une piste intéressante, qui avait été testée chez des adolescents, atteints d'un lymphome notamment, et Pierre Pariente a indiqué que sa fondation avait un projet d'application mobile pour aider les adolescents à évaluer leur asthme de manière ludique, mais pas encore de serious game.

La recherche et les essais cliniques sont peu individualisés chez l'adolescent, qui est soit inclus dans des essais cliniques chez l'adulte et l'adolescent à partir de 12 ans, soit dans des études pédiatriques, a par ailleurs ajouté le Dr Drummond.

Pour améliorer la prise en charge de l'asthme à l'adolescence, les deux médecins ont également estimé qu'il faudrait davantage sensibiliser les enseignants, en particulier à l'importance d'administrer un bronchodilatateur à action courte en cas de crise d'asthme, de "dédramatiser" cette situation, et souhaité trouver un "influenceur", "un ambassadeur", comme un sportif asthmatique.

La fondation a par ailleurs demandé, avec l'association Asthme & allergies, l'Association des asthmatiques sévères et la Fédération française des associations & amicales de malades, insuffisants ou handicapés respiratoires (FFAAIR), avec le soutien de la Société de pneumologie de langue française (SPLF), d'ajouter une 34e recommandation dans un livre blanc pour améliorer la prise en charge de l'asthme (cf dépêche du 24/09/2020 à 13:10) sur la place du pneumologue dans le parcours de soins, indique sa responsable scientifique.

A l'occasion de cette journée mondiale de l'asthme, mardi, Asthme & allergies organise une visioconférence mercredi pour lutter contre les idées reçues.

ld/ab/APMnews

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