Nous le disons avec humilité: l’objectif de 'zéro contention' à horizon 2030 est un cap, une ambition pour transformer en profondeur les pratiques, en passant progressivement d’une logique de contrainte à une logique de prévention et de relation", a-t-elle exliqué.
"C’est un objectif qui suppose d’accompagner les équipes et de diffuser les alternatives déjà éprouvées, afin de garantir des soins à la fois plus respectueux des droits des patients et pleinement sécurisés", a-t-elle assuré.
"Un établissement sur 10 est déjà engagé dans ce 'zéro contention'", s'est réjouie la ministre auprès d'APMnews, en marge de son discours. "Mais c'est très important aujourd'hui de donner une impulsion politique" pour encourager les établissements à avancer sur ce sujet, d'autant que d'autres pays ont réussi à réduire considérablement ces mesures, a-t-elle souligné.
Il s'agit notamment de déployer dans les hôpitaux le programme de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) baptisé Quality Rights, qui vise à évaluer et améliorer les droits des patients pris en charge en psychiatrie (cf dépêche du 28/05/2021 à 19:11), a précisé son entourage à la presse. Ce programme est proposé aux établissements par le centre collaborateur de l'OMS (CCOMS) sur la santé mentale basé à Lille, et de nombreux hôpitaux y ont déjà recours (cf dépêche du 10/10/2025 à 18:49, dépêche du 16/01/2026 à 14:53, dépêche du 22/05/2019 à 15:38).
Il s'agit aussi de réaliser "une cartographie nationale des pratiques et des initiatives permettant de réduire le recours à la contention", de "renforce[r] la formation continue des professionnels à la gestion des situations de tension, à la désescalade et aux mesures de prévention", et d'"accompagne[r] au déploiement d'espaces d'apaisement au sein des unités d'hospitalisation en psychiatrie", comme synthétisé dans un communiqué diffusé à l'issue de la réunion interministérielle.
La ministre prévoit aussi "un cadre national" sur la pair-aidance (cf dépêche du 18/12/2023 à 12:04, dépêche du 30/11/2023 à 15:27) et les mesures d'anticipation en psychiatrie (cf dépêche du 12/03/2026 à 15:36, dépêche du 23/09/2025 à 16:50), a précisé son cabinet.
Pour rappel, la généralisation des mesures d'anticipation et leur intégration dans Mon espace santé étaient inscrites dans le plan pour la psychiatrie et la santé mentale présenté en juin 2025 par l'ex-ministre Yannick Neuder, notamment via "le déploiement d'un formulaire national standardisé" (cf dépêche du 11/06/2025 à 20:00). Ce formulaire n'existe pas à ce jour.
Un "coupe-file" pour les élèves en souffrance
L'autre volet des mesures listées par Stéphanie Rist concerne la santé mentale des jeunes, en lien, notamment, avec l'éducation nationale, dans l'idée de repérer le plus précocement possible les troubles.
La ministre a annoncé l'opérationnalisation de ce qui avait été proposé en 2025 (cf dépêche du 29/10/2025 à 18:38), soit un système de "coupe-file" permettant un meilleur accès aux soins psychiatriques pour les élèves en souffrance repérés dans leur établissement scolaire.
Mardi matin sur France Info, elle a promis "un rendez-vous dans les 24h-48h", soit avec les professionnels de santé scolaires avant un relais en ville, soit via "une organisation sur les territoires des professionnels de santé entre eux". Elle n'a pas répété ce délai lors de son discours, note-t-on.
Dans le détail, il s'agit, en cas de situation d'urgence de souffrance psychique chez un élève, avec potentiellement une mise en danger soit de sa vie, soit de la vie des autres, de pouvoir enclencher une prise en charge très rapide. Après repérage, l'établissement scolaire devra appeler le 15, qui mettra l'établissement en lien avec la filière psychiatrique du service d'accès aux soins (SAS), si elle existe sur son territoire. S'il n'y a pas forcément ce besoin d'appeler le 15, une demande d'orientation prioritaire doit être faite.
Une circulaire cosignée par les ministères de la santé et de l'éducation nationale doit préciser l'organisation de ce coupe-file. "Un cadre sera défini au niveau national pour sensibiliser les chefs d'établissements scolaires, mais comme, selon les endroits, selon les régions, l'accès aux soins peut être différent, l'idée est que ce dispositif s'intègre dans les filières locales. Il va se construire évidemment en lien avec les ARS [agences régionales de santé], qui vont être chargées de le déployer avec les acteurs de l'éducation nationale de façon extrêmement concrète en fonction, évidemment, des professionnels présents sur place", a précisé l'entourage de la ministre à la presse.
Ce dispositif est en lien avec le renforcement déjà prévu des SAS psychiatriques (cf dépêche du 26/05/2026 à 14:13, dépêche du 30/04/2026 à 12:41, cf dépêche du 12/12/2024 à 09:45, dépêche du 15/04/2025 à 11:00, dépêche du 06/06/2025 à 18:41) et des Samu psychiatriques (cf dépêche du 12/12/2024 à 09:46). Il existe déjà "58 filières psychiatriques du SAS", s'est félicitée Stéphanie Rist lors de son discours, appelant à couvrir l'ensemble des départements "d'ici 2027".
Le ministère annonce aussi "une phase pilote" de ce dispositif de "coupe-file" pour les étudiants des universités d'Île-de-France, notamment en lien avec Atypie-Friendly, le programme national d'enseignement supérieur inclusif pour les étudiants et personnels présentant un trouble du neurodéveloppement, ainsi défini sur son site internet. Pour la population spécifique des étudiants en médecine, il est prévu une évaluation annuelle systématique de leur santé mentale.
Toujours pour les jeunes, des travaux doivent être lancés "d'ici l'été" pour mettre en œuvre les recommandations du rapport sur le repérage et l'intervention précoce (cf dépêche du 26/02/2026 à 14:30), a annoncé Stéphanie Rist. Sont prévus notamment l'élaboration d'un cahier des charges des dispositifs de repérage et d'intervention et un état des lieux de l'offre actuelle, comme déjà annoncé dans le plan pour la psychiatrie et la santé mentale présenté en juin 2025 par l'ex-ministre chargé de la santé et de l'accès aux soins, Yannick Neuder (cf dépêche du 11/06/2025 à 20:00).
Il est aussi prévu la poursuite du déploiement des protocoles en santé mentale dans les établissements scolaires et le développement des compétences psychosociales des enfants, comme inscrit dans la feuille de route santé mentale et psychiatrie (cf dépêche du 11/06/2025 à 17:00), avait un peu plus tôt avancé le ministre de l'éducation nationale, Édouard Geffray. L'objectif est que 100% des élèves aient cette sensibilisation aux compétences psychosociales à l'horizon 2030.
De plus, une mission parlementaire sera lancée ce mois-ci sur "la santé mentale et la qualité des environnements de l'enfant", a rapporté l'entourage de Stéphanie Rist. À noter que, mardi, Santé publique France a donné les derniers résultats des enquêtes Enabee et EnClass, qui auscultent la santé mentale des élèves de primaire, collège et lycée (cf dépêche du 02/06/2026 à 18:12).
Parmi les autres mesures citées par la ministre, il est prévu de renforcer les 125 maisons des adolescents (MDA), qui suivent aujourd'hui "80.000 jeunes", en développant des "antennes locales".
Le Fiop orienté en 2026 sur les équipes mobiles
L'accès au premier recours doit aussi être renforcé, a indiqué le ministère, en valorisant et généralisant les expérimentations, soit de l'article 51 comme Sesame ("Soins d'équipe en santé mentale") ou le dispositif de soins partagés en psychiatrie (DSPP, cf dépêche du 07/10/2021 à 15:06 et dépêche du 01/12/2023 à 15:33), soit via le Fonds d'innovation organisationnelle en psychiatrie (Fiop, cf dépêche du 11/07/2025 à 15:06), que la direction générale de l'offre de soins (DGOS) va notamment orienter en 2026 sur le développement au niveau national des équipes mobiles, notamment de crise, ainsi que l'a précisé mardi à la tribune la cheffe du bureau santé mentale et publics vulnérables de la DGOS, Laora Tilman.
En matière de lutte contre les addictions, une campagne nationale de prévention est en cours d'élaboration et un appel à manifestation d'intérêt va être lancé auprès de 250 établissements pour "un réflexe prévention" en se fondant sur l'approche Making Every Contact Count (MECC, cf dépêche du 18/11/2024 à 14:15). Stéphanie Rist a aussi confirmé lors de son discours la mise en place d'un prochain parcours coordonné renforcé (PCR) dans ce champ.
Par ailleurs, elle a également confirmé que la délégation interministérielle à la santé et à la psychiatrie est désormais rattachée à la direction générale de la santé (DGS) mais avec une valence interministérielle (cf dépêche du 02/06/2026 à 17:45). La délégation doit présenter "à l'automne" un "programme interministériel pluriannuel", a demandé Stéphanie Rist lors de son discours.
À noter qu'au cours de la réunion, le Pr Ludovic Samalin, psychiatre au CHU de Clermont-Ferrand, copilote du grand défi "numérique en santé mentale" (cf dépêche du 21/11/2023 à 15:16, dépêche du 22/05/2025 à 12:16), a présenté les lauréats de la deuxième vague de l'appel à projets dans le cadre du grand défi "Dispositifs médicaux numériques en santé mentale" (cf dépêche du 02/06/2026 à 18:26).
Les actions des autres ministères
Concernant les actions des autres ministères, en plus de celles de l'éducation nationale, le ministère de l'agriculture est impliqué dans la santé mentale depuis plusieurs années, comme l'a expliqué mardi le coordinateur du plan interministériel de lutte contre le mal-être agricole, Olivier Damaisin. En 2026, sont notamment prévus la poursuite de ce plan de prévention, ainsi que le développement du réseau national des "sentinelles" volontaires, qui étaient, au 1ᵉʳ janvier, au nombre de "10.500", en lien avec la Mutualité sociale agricole (MSA).
Du côté du ministère du travail, un plan national de santé au travail a été élaboré, dont une partie est dévolue à la santé mentale, et les premiers secours en santé mentale (PSSM, cf dépêche du 03/10/2025 à 19:44) sont déployés dans le milieu du travail.
Au ministère de l'intérieur, la prévention du mésusage du protoxyde d'azote est au cœur des préoccupations, a assuré notamment, mardi, la ministre déléguée chargée de la citoyenneté, Marie-Pierre Vedrenne, en citant "la campagne de prévention 'choc'" du ministère et la loi sur le sujet (cf dépêche du 27/05/2026 à 15:22). Elle a aussi cité les travaux du ministère sur la prévention de la délinquance.
Le ministère en charge du sport a, lui, instauré un plan sur la santé mentale des sportifs de haut niveau, a rapporté le cabinet de Stéphanie Rist.
vl/lb/APMnews