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20/11 2025
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AVC: LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE NEUROVASCULAIRE SOUHAITE DES FINANCEMENTS À LA HAUTEUR DES ENJEUX

(Par Luu-Ly DO-QUANG, à la journée des référents ARS et animateurs des filières AVC)

DIJON, 20 novembre 2025 (APMnews) - La Société française neurovasculaire (SFNV) espère que les pouvoirs publics attribueront "des financements à la hauteur" des enjeux de la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux (AVC) pour réduire la mortalité et le handicap associés, à la lumière du récent rapport de la Cour des comptes, a exposé sa présidente, la Pr Charlotte Cordonnier du CHU de Lille, auprès d'APMnews, lors de la journée des référents ARS et animateurs des filières AVC, mercredi à Dijon.

Depuis le premier plan national pour structurer la filière de soins, en 2003, "on a fait des progrès dans la prévention et la guérison". Mais l'AVC reste "la première cause de handicap acquis de l'adulte, avec un coût élevé humain et économique", a souligné la neurologue auprès d'APMnews avant d'ouvrir cette réunion et lancer ensuite le congrès de la société savante.

Publié fin octobre, le rapport de la Cour des comptes constitue "une photo de ce que l'on ressent au quotidien" et doit servir d'"outil de prise de conscience pour les pouvoirs publics, les institutions et le grand public", a poursuivi la Pr Cordonnier devant l'assemblée des animateurs de filière, qui sont médecins, paramédicaux ou administratifs.

Sur la base de cet état des lieux, les magistrats de la Rue Cambon appellent à un nouveau plan, le dernier s'étant achevé en 2014, et formulent une série de recommandations pour améliorer l'ensemble de la chaîne de prise en charge, couvrant la prévention et le dépistage, un accès égal aux soins sur le territoire à la fois à la phase aiguë et à celle de la rééducation (cf dépêche du 28/10/2025 à 20:00 et dépêche du 28/10/2025 à 20:01).

Il apparaît en particulier que "la moitié des patients ne sont pas pris en charge en UNV [unité neurovasculaire], et même s'ils sont à l'hôpital, ils ne sont pas au bon endroit, avec la bonne équipe, donc on n'est pas en capacité de réduire leur risque de décès et de handicap", a regretté la neurologue.

La présidente de la SFNV a indiqué qu'elle devait rencontrer les conseillers santé du premier ministre, Sébastien Lecornu, et de la ministre de la santé, Stéphanie Rist, la semaine prochaine, avec la volonté que le regard sur l'AVC change. Pour cela, l'une de ses prédécesseurs, la Dr France Woimant, à l'origine de cette journée annuelle, a souligné l'importance de soutenir une campagne grand public télévisée expliquant "quels sont les premiers signes et que chaque minute compte".

Quelques jours avant la parution du rapport de la Cour des comptes, la Pr Cordonnier avait signé, avec le vice-président de la Société française de neuroradiologie (SFNR), le Pr Grégoire Boulouis du CHU de Tours, une tribune dans Les Echos appelant le gouvernement à "engager une nouvelle dynamique: celle d'une stratégie nationale volontariste et rigoureusement pilotée" et rappelant que 90% des 160.000 cas annuels d'AVC seraient évitables.

La réorganisation des filières nécessite des moyens, alors que les financements des animateurs ne sont pas pérennes, comme l'ont rappelé les magistrats de la Cour des comptes. Conseiller référendaire en service extraordinaire auprès de ces derniers, David Causse, ancien directeur d'établissement, était invité à présenter les grandes lignes du rapport aux référents et animateurs des agences régionales de santé (ARS).

Il a notamment invité la SFNV à discuter en particulier avec les sociétés françaises de médecine physique et de réadaptation (Sofmer) et de gériatrie et gérontologie (SFGG) du "mode d'emploi de l'orientation vers les SMR [services de soins médicaux et de réadaptation]". La Cour des comptes avait relevé dans son rapport que le plan 2010-2014 avait surtout porté sur la phase aiguë et qu'"il n'y a pas eu, de la part des pouvoirs publics, des efforts importants sur la construction du post-AVC".

L'animation de filière souffre de financements non pérennes

Après l'intervention de David Causse, les animateurs de filières de différentes régions ont partagé leur expérience, illustrant la diversité des situations selon les territoires.

Dans les Hauts-de-France, l'ARS finance six postes à temps plein sur le fonds d'intervention régional (FIR), chacun étant rattaché à un établissement en particulier. En Nouvelle-Aquitaine, ils sont 10 répartis sur six filières, rattachés également à un établissement, et en Ile-de-France, il existe un animateur dans chacune des 20 UNV de la région, avec "une activité censée être à mi-temps".

En Normandie, ils sont quatre médecins à mi-temps et un agent administratif à temps plein. En Occitanie, trois animateurs à mi ou quart-temps travaillent dans "une démarche plus territoriale" mais il en faudrait plus, notamment pour développer une filière AVC de l'enfant. La région la moins bien dotée est le Grand Est, avec seulement deux fois 0,1 ETP mais un 0,3 ETP médecin doit arriver début 2026.

L'absence de financements pérennes de ces postes limite le recrutement, et le temps consacré à l'animation est insuffisant alors qu'il est essentiel pour l'adhésion des professionnels et leur formation, ont commenté plusieurs animateurs.

Un point positif émerge toutefois: avoir "un pied dans l'établissement et un pied dans l'ARS" favorise le déploiement de nouvelles organisations, notamment celles issues d'une équipe pour en faire profiter les autres, plutôt que des actions descendantes de la part de l'ARS, a fait observer en particulier le Dr Denis Sablot du CH de Perpignan.

Dans son rapport, la Cour des comptes relevait que "les animateurs de filière ont un rôle très important d'organisation, de prises de contacts, de motivation et de formation des professionnels, mais aussi d'évaluation". En particulier, ils assurent le recueil d'indicateurs de qualité et de sécurité des soins, selon une méthodologie définie par la Haute autorité de santé (HAS), "lesquels montrent une maîtrise plus élevée dans les établissements de santé disposant d'une UNV".

La HAS avait par ailleurs publié le même jour ses propres recommandations pour améliorer le parcours de soins, note-t-on (cf dépêche du 28/10/2025 à 13:25).

ld/lb/APMnews

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(Par Luu-Ly DO-QUANG, à la journée des référents ARS et animateurs des filières AVC)

DIJON, 20 novembre 2025 (APMnews) - La Société française neurovasculaire (SFNV) espère que les pouvoirs publics attribueront "des financements à la hauteur" des enjeux de la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux (AVC) pour réduire la mortalité et le handicap associés, à la lumière du récent rapport de la Cour des comptes, a exposé sa présidente, la Pr Charlotte Cordonnier du CHU de Lille, auprès d'APMnews, lors de la journée des référents ARS et animateurs des filières AVC, mercredi à Dijon.

Depuis le premier plan national pour structurer la filière de soins, en 2003, "on a fait des progrès dans la prévention et la guérison". Mais l'AVC reste "la première cause de handicap acquis de l'adulte, avec un coût élevé humain et économique", a souligné la neurologue auprès d'APMnews avant d'ouvrir cette réunion et lancer ensuite le congrès de la société savante.

Publié fin octobre, le rapport de la Cour des comptes constitue "une photo de ce que l'on ressent au quotidien" et doit servir d'"outil de prise de conscience pour les pouvoirs publics, les institutions et le grand public", a poursuivi la Pr Cordonnier devant l'assemblée des animateurs de filière, qui sont médecins, paramédicaux ou administratifs.

Sur la base de cet état des lieux, les magistrats de la Rue Cambon appellent à un nouveau plan, le dernier s'étant achevé en 2014, et formulent une série de recommandations pour améliorer l'ensemble de la chaîne de prise en charge, couvrant la prévention et le dépistage, un accès égal aux soins sur le territoire à la fois à la phase aiguë et à celle de la rééducation (cf dépêche du 28/10/2025 à 20:00 et dépêche du 28/10/2025 à 20:01).

Il apparaît en particulier que "la moitié des patients ne sont pas pris en charge en UNV [unité neurovasculaire], et même s'ils sont à l'hôpital, ils ne sont pas au bon endroit, avec la bonne équipe, donc on n'est pas en capacité de réduire leur risque de décès et de handicap", a regretté la neurologue.

La présidente de la SFNV a indiqué qu'elle devait rencontrer les conseillers santé du premier ministre, Sébastien Lecornu, et de la ministre de la santé, Stéphanie Rist, la semaine prochaine, avec la volonté que le regard sur l'AVC change. Pour cela, l'une de ses prédécesseurs, la Dr France Woimant, à l'origine de cette journée annuelle, a souligné l'importance de soutenir une campagne grand public télévisée expliquant "quels sont les premiers signes et que chaque minute compte".

Quelques jours avant la parution du rapport de la Cour des comptes, la Pr Cordonnier avait signé, avec le vice-président de la Société française de neuroradiologie (SFNR), le Pr Grégoire Boulouis du CHU de Tours, une tribune dans Les Echos appelant le gouvernement à "engager une nouvelle dynamique: celle d'une stratégie nationale volontariste et rigoureusement pilotée" et rappelant que 90% des 160.000 cas annuels d'AVC seraient évitables.

La réorganisation des filières nécessite des moyens, alors que les financements des animateurs ne sont pas pérennes, comme l'ont rappelé les magistrats de la Cour des comptes. Conseiller référendaire en service extraordinaire auprès de ces derniers, David Causse, ancien directeur d'établissement, était invité à présenter les grandes lignes du rapport aux référents et animateurs des agences régionales de santé (ARS).

Il a notamment invité la SFNV à discuter en particulier avec les sociétés françaises de médecine physique et de réadaptation (Sofmer) et de gériatrie et gérontologie (SFGG) du "mode d'emploi de l'orientation vers les SMR [services de soins médicaux et de réadaptation]". La Cour des comptes avait relevé dans son rapport que le plan 2010-2014 avait surtout porté sur la phase aiguë et qu'"il n'y a pas eu, de la part des pouvoirs publics, des efforts importants sur la construction du post-AVC".

L'animation de filière souffre de financements non pérennes

Après l'intervention de David Causse, les animateurs de filières de différentes régions ont partagé leur expérience, illustrant la diversité des situations selon les territoires.

Dans les Hauts-de-France, l'ARS finance six postes à temps plein sur le fonds d'intervention régional (FIR), chacun étant rattaché à un établissement en particulier. En Nouvelle-Aquitaine, ils sont 10 répartis sur six filières, rattachés également à un établissement, et en Ile-de-France, il existe un animateur dans chacune des 20 UNV de la région, avec "une activité censée être à mi-temps".

En Normandie, ils sont quatre médecins à mi-temps et un agent administratif à temps plein. En Occitanie, trois animateurs à mi ou quart-temps travaillent dans "une démarche plus territoriale" mais il en faudrait plus, notamment pour développer une filière AVC de l'enfant. La région la moins bien dotée est le Grand Est, avec seulement deux fois 0,1 ETP mais un 0,3 ETP médecin doit arriver début 2026.

L'absence de financements pérennes de ces postes limite le recrutement, et le temps consacré à l'animation est insuffisant alors qu'il est essentiel pour l'adhésion des professionnels et leur formation, ont commenté plusieurs animateurs.

Un point positif émerge toutefois: avoir "un pied dans l'établissement et un pied dans l'ARS" favorise le déploiement de nouvelles organisations, notamment celles issues d'une équipe pour en faire profiter les autres, plutôt que des actions descendantes de la part de l'ARS, a fait observer en particulier le Dr Denis Sablot du CH de Perpignan.

Dans son rapport, la Cour des comptes relevait que "les animateurs de filière ont un rôle très important d'organisation, de prises de contacts, de motivation et de formation des professionnels, mais aussi d'évaluation". En particulier, ils assurent le recueil d'indicateurs de qualité et de sécurité des soins, selon une méthodologie définie par la Haute autorité de santé (HAS), "lesquels montrent une maîtrise plus élevée dans les établissements de santé disposant d'une UNV".

La HAS avait par ailleurs publié le même jour ses propres recommandations pour améliorer le parcours de soins, note-t-on (cf dépêche du 28/10/2025 à 13:25).

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