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21/11 2022
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AVC: UN BILAN MITIGÉ POUR LES ÉQUIPES MOBILES DES HÔPITAUX BICHAT ET LARIBOISIÈRE

(Par Jean-Yves PAILLÉ, à la journée annuelle des référents et animateurs de filières AVC)

ISSY-LES-MOULINEAUX (Hauts-de-Seine), 21 novembre 2022 (APMnews) - L'expérimentation d'équipes mobiles consacrées aux accidents vasculaires cérébraux (AVC) permet de pallier des manques de lits en unités neurovasculaires (UNV), mais présente plusieurs points négatifs, selon des retours d'expérience de médecins des hôpitaux Lariboisière et Bichat de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP).

Les deux retours d'expérience ont été présentés mercredi lors de la journée annuelle des référents et animateurs de filières AVC, en marge du congrès de la Société française neurovasculaire (SFNV) à Issy-les-Moulineaux.

L'équipe mobile de l'hôpital Lariboisière compte un médecin senior et deux internes. Son objectif est de prendre en charge en ambulatoire des patients du service d'accueil des urgences (SAU), ainsi que des patients en préhospitalisation, de 8h30 à 18h30 du lundi au vendredi, a exposé le Dr Peggy Reiner, neurologue au sein de l'hôpital de Lariboisière.

Dans son retour d'expérience sur un an d'activité, le Dr Peggy Reiner a expliqué l'importance de l'équipe mobile. Cette dernière a donné 2.000 avis cliniques ou téléphoniques dans l'année, ou encore réalisé 200 consultations post-urgences. Des thrombolyses ont également été effectuées grâce à celle-ci, en l'absence de lits en unités de soins intensifs neurovasculaires (USINV).

Le médecin a évoqué de "sérieuses réserves sur cette pratique", évoquant des prises en charge dégradées en ambulatoire ou en dehors de l'USINV, avec des "incompréhensions" des patients sur le fait qu'ils avaient fait un AVC pour certains, avec des arrêts des traitements, des bilans non effectués ou incomplets, ainsi que des patients perdus de vue.

Elle a également souligné le défaut de surveillance des thrombolyses faites hors USINV.

Autre point négatif: "faire sortir les patients les plus légers a entraîné une modification du profil des patients hospitalisés, qui n'étaient que les patients les plus lourds", représentant "une grosse charge de travail en termes de 'nursing' et de troubles cognitifs" pour les paramédicaux.

Des tensions entre services ont été relevées, notamment au sein des urgences, avec des durées de passage des patients plus longues dans le service.

Par ailleurs, un autre point négatif est "la complexité de la consultation post-urgence". Effectuer en "une demi-heure" la synthèse du bilan AVC, annoncer un diagnostic, proposer un traitement et "faire un peu d'éducation thérapeutique au patient" était également "compliqué", a poursuivi le médecin.

L'équipe mobile est "un atout majeur quand on a le personnel qui va avec"

Du côté de l'hôpital Bichat, le Dr Philippa Lavallée a expliqué qu'une équipe mobile AVC a été créée à la suite de la fermeture des 18 lits d'UNV en juin 2021, puis de l'ouverture de 4 lits d'USINV, en gardant l'hôpital de jour et une clinique d'accidents ischémiques transitoires (AIT) pour privilégier l'ambulatoire.

L'objectif de cette équipe mobile, composée d'une secrétaire hospitalière, de neurologues, d'une équipe de rééducateurs du service et d'un psychologue du service, était de prendre en charge "tous les AVC de Bichat qui ne pouvaient l'être en ambulatoire par les spécialistes".

"Il allait falloir thrombolyser des patients qu'on ne pouvait prendre en charge en salle de réveil" qui est "en grande souffrance" à l’instar de la réanimation médicale. "La seule façon était de le faire en déchoquage. On a mis en place une procédure avec le service des urgences", a-t-elle détaillé.

Parmi les services rendus aux patients, elle a évoqué des traitements adaptés et des complications limitées, en parallèle de l'aspect multidisciplinaire de la prise en charge.

Autre service rendu: éviter la maltraitance avec un meilleur ratio de personnels pour réinstaller les patients sur les lits et les fauteuils. Pour les services d'accueil, cela "a permis de fluidifier leur filière", en permettant d'aller plus vite, a fait valoir la praticienne.

Également, des personnels ont été sensibilisés avec des formations sur la prise en charge des AVC.

Au sein de l'équipe mobile, les liens entre personnels médicaux et paramédicaux ont été "renforcés" et les paramédicaux ont réalisé tout ce qu'ils "savaient faire et apportaient aux patients" en unité neurovasculaire.

Les points négatifs sont toutefois importants, dans le contexte d'une situation sanitaire exceptionnelle à Bichat avec -30% de lits par rapport à d'habitude, a-t-elle rappelé.

Philippa Lavallée, neurologue, déplore une perte de temps avec un bâtiment de 16 étages et des ascenseurs défaillants, une répétition des consignes "pluriquotidiennes", ou encore des rendez-vous et examens manqués.

L'équipe s'occupant des AVC subit en outre une certaine "frustration" avec des consignes non respectées, des rendez-vous oubliés.

À l’instar de l'hôpital Lariboisière, des tensions interservices ont été relevées. La praticienne mentionne des remarques "désobligeantes" envers l'équipe mobile. Par ailleurs, un burn-out, des arrêts de travail et démissions pour le privé ont été constatés au sein de celle-ci.

Elle a en outre évoqué des démissions "en masse" d'aides-soignantes qui étaient aussi mobilisées dans d'autres services. Il en reste actuellement 8 sur 23.

Selon elle, l'équipe mobile est "un atout majeur quand on a le personnel qui va avec" et s'il y a une adhésion "forte" des services d'accueil, même si ce dispositif ne remplace pas une UNV.

jyp/ab/APMnews

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(Par Jean-Yves PAILLÉ, à la journée annuelle des référents et animateurs de filières AVC)

ISSY-LES-MOULINEAUX (Hauts-de-Seine), 21 novembre 2022 (APMnews) - L'expérimentation d'équipes mobiles consacrées aux accidents vasculaires cérébraux (AVC) permet de pallier des manques de lits en unités neurovasculaires (UNV), mais présente plusieurs points négatifs, selon des retours d'expérience de médecins des hôpitaux Lariboisière et Bichat de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP).

Les deux retours d'expérience ont été présentés mercredi lors de la journée annuelle des référents et animateurs de filières AVC, en marge du congrès de la Société française neurovasculaire (SFNV) à Issy-les-Moulineaux.

L'équipe mobile de l'hôpital Lariboisière compte un médecin senior et deux internes. Son objectif est de prendre en charge en ambulatoire des patients du service d'accueil des urgences (SAU), ainsi que des patients en préhospitalisation, de 8h30 à 18h30 du lundi au vendredi, a exposé le Dr Peggy Reiner, neurologue au sein de l'hôpital de Lariboisière.

Dans son retour d'expérience sur un an d'activité, le Dr Peggy Reiner a expliqué l'importance de l'équipe mobile. Cette dernière a donné 2.000 avis cliniques ou téléphoniques dans l'année, ou encore réalisé 200 consultations post-urgences. Des thrombolyses ont également été effectuées grâce à celle-ci, en l'absence de lits en unités de soins intensifs neurovasculaires (USINV).

Le médecin a évoqué de "sérieuses réserves sur cette pratique", évoquant des prises en charge dégradées en ambulatoire ou en dehors de l'USINV, avec des "incompréhensions" des patients sur le fait qu'ils avaient fait un AVC pour certains, avec des arrêts des traitements, des bilans non effectués ou incomplets, ainsi que des patients perdus de vue.

Elle a également souligné le défaut de surveillance des thrombolyses faites hors USINV.

Autre point négatif: "faire sortir les patients les plus légers a entraîné une modification du profil des patients hospitalisés, qui n'étaient que les patients les plus lourds", représentant "une grosse charge de travail en termes de 'nursing' et de troubles cognitifs" pour les paramédicaux.

Des tensions entre services ont été relevées, notamment au sein des urgences, avec des durées de passage des patients plus longues dans le service.

Par ailleurs, un autre point négatif est "la complexité de la consultation post-urgence". Effectuer en "une demi-heure" la synthèse du bilan AVC, annoncer un diagnostic, proposer un traitement et "faire un peu d'éducation thérapeutique au patient" était également "compliqué", a poursuivi le médecin.

L'équipe mobile est "un atout majeur quand on a le personnel qui va avec"

Du côté de l'hôpital Bichat, le Dr Philippa Lavallée a expliqué qu'une équipe mobile AVC a été créée à la suite de la fermeture des 18 lits d'UNV en juin 2021, puis de l'ouverture de 4 lits d'USINV, en gardant l'hôpital de jour et une clinique d'accidents ischémiques transitoires (AIT) pour privilégier l'ambulatoire.

L'objectif de cette équipe mobile, composée d'une secrétaire hospitalière, de neurologues, d'une équipe de rééducateurs du service et d'un psychologue du service, était de prendre en charge "tous les AVC de Bichat qui ne pouvaient l'être en ambulatoire par les spécialistes".

"Il allait falloir thrombolyser des patients qu'on ne pouvait prendre en charge en salle de réveil" qui est "en grande souffrance" à l’instar de la réanimation médicale. "La seule façon était de le faire en déchoquage. On a mis en place une procédure avec le service des urgences", a-t-elle détaillé.

Parmi les services rendus aux patients, elle a évoqué des traitements adaptés et des complications limitées, en parallèle de l'aspect multidisciplinaire de la prise en charge.

Autre service rendu: éviter la maltraitance avec un meilleur ratio de personnels pour réinstaller les patients sur les lits et les fauteuils. Pour les services d'accueil, cela "a permis de fluidifier leur filière", en permettant d'aller plus vite, a fait valoir la praticienne.

Également, des personnels ont été sensibilisés avec des formations sur la prise en charge des AVC.

Au sein de l'équipe mobile, les liens entre personnels médicaux et paramédicaux ont été "renforcés" et les paramédicaux ont réalisé tout ce qu'ils "savaient faire et apportaient aux patients" en unité neurovasculaire.

Les points négatifs sont toutefois importants, dans le contexte d'une situation sanitaire exceptionnelle à Bichat avec -30% de lits par rapport à d'habitude, a-t-elle rappelé.

Philippa Lavallée, neurologue, déplore une perte de temps avec un bâtiment de 16 étages et des ascenseurs défaillants, une répétition des consignes "pluriquotidiennes", ou encore des rendez-vous et examens manqués.

L'équipe s'occupant des AVC subit en outre une certaine "frustration" avec des consignes non respectées, des rendez-vous oubliés.

À l’instar de l'hôpital Lariboisière, des tensions interservices ont été relevées. La praticienne mentionne des remarques "désobligeantes" envers l'équipe mobile. Par ailleurs, un burn-out, des arrêts de travail et démissions pour le privé ont été constatés au sein de celle-ci.

Elle a en outre évoqué des démissions "en masse" d'aides-soignantes qui étaient aussi mobilisées dans d'autres services. Il en reste actuellement 8 sur 23.

Selon elle, l'équipe mobile est "un atout majeur quand on a le personnel qui va avec" et s'il y a une adhésion "forte" des services d'accueil, même si ce dispositif ne remplace pas une UNV.

jyp/ab/APMnews

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