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23/01 2026
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BAISSE DE L'ATTENTE ET DES HOSPITALISATIONS GRÂCE À LA NOUVELLE ORGANISATION DES URGENCES PSYCHIATRIQUES EN SEINE-SAINT-DENIS

(Par Valérie LESPEZ, au congrès de l'Encéphale)

PARIS, 23 janvier 2026 (APMnews) - La nouvelle organisation des urgences psychiatriques en Seine-Saint-Denis a permis de diminuer les durées d'attente aux urgences de l'hôpital Delafontaine (Saint-Denis) et de l'hôpital Avicenne (Bobigny), et d'éviter des hospitalisations à l'établissement public de santé (EPS) Ville-Evrard, a expliqué le Dr Fayçal Mouaffak, psychiatre et chef du pôle à Ville-Evrard, lors d'une session du congrès de l'Encéphale qui s'est tenu à Paris de mercredi à vendredi.

"Le point de départ de notre réflexion, c'est quelque chose qu'on connaît à peu près tous en France, mais aussi en Europe: une explosion de la demande de soins et une activité aux urgences psychiatriques à Saint-Denis qui a grimpé de 50%", a introduit Fayçal Mouaffak.

En face, "on a 37 lits pour 100.000 habitants en Seine-Saint-Denis", a-t-il observé, soulignant que "les psychiatres à Ville-Evrard, il y a une trentaine d'années, avaient décidé qu'il fallait qu'on désinstitutionnalise à toute vitesse, mais ils ont été trop ambitieux, et l'utopie a un peu tourné à la dystopie".

En effet, "mi-2018, on a dépassé le taux d'occupation de 100%, et on n'est pas revenu en deçà depuis", a-t-il affirmé. "Un taux d'occupation de 100%, cela veut dire que, sur un lit, vous faites tourner plusieurs patients en une journée, et c'est quelque chose qui est difficile à supporter, encore plus pour les patients qui sont aux urgences".

Aux urgences, "deux tiers des patients attendaient plus de 6 heures" et selon "une petite étude réalisée dans le service, on a remarqué qu'au-delà de 6 heures, le recours à la contention est multiplié par cinq et le recours à l'hyper-sédation par 1,5…", a-t-il pointé.

Un patient qui attend au-delà de 6 heures est "un patient, en quelque sorte, un peu perdu pour la suite", a-t-il souligné.

Or la nouvelle organisation a permis de diviser par trois les durées d'attente dans les urgences de l'hôpital Delafontaine de Saint-Denis et de 3 heures à celles de l'hôpital Avicenne à Bobigny (AP-HP).

Bientôt un centre renforcé d'urgences psychiatriques à Avicenne

Pour cette nouvelle organisation, la réflexion a été qu'il fallait "réduire les arrivées aux urgences", "améliorer la qualité de la prise en charge aux urgences", "instaurer d'emblée le traitement curatif", et "réduire le recours aux mesures coercitives", a décliné Fayçal Mouaffak.

La réorganisation a débuté à Saint-Denis, avec une unité de psychiatrie d'urgence ouverte au CH Delafontaine, puis "on s'est implantés à l'hôpital Avicenne, sur l'autre bassin de vie du département qui correspond à l'arrondissement de Bobigny, le plus dense démographiquement", a-t-il décrit.

"Ensuite, on a ouvert en septembre 2023 le centre renforcé d'urgences psychiatriques -Crup- (cf dépêche du 09/10/2023 à 14:00)" et "en mai 2024, on a monté un Samu psychiatrique" baptisé Samu Psy 93, dans le cadre du service d'accès aux soins (SAS) (cf dépêche du 12/12/2024 à 09:45 et dépêche du 12/12/2024 à 09:46).

Et "en perspective, nous avons un deuxième Crup, puisque nous avons eu la bonne nouvelle d'un financement très récemment, qu'on pourra installer à l'hôpital Avicenne", a-t-il annoncé.

L'intérêt des interventions à domicile du Samu Psy

Coté Samu Psy 93, "on s'est donné comme objectifs de diminuer les transferts aux urgences et réduire les mesures coercitives en augmentant les interventions à domicile, et en intensifiant la coordination avec l'ambulatoire", a décrit Fayçal Mouaffak.

Aux interventions à domicile, qui ont débuté en novembre 2024, a été ajoutée la consultation "famille sans patient", créée il y a trois ans, qui est donc devenue aussi une des missions du Samu Psy.

La régulation a enregistré 13 appels par jour en 2025, ce qui a permis un maintien à domicile à 42,2% pour ces appelants avec un motif psychiatrique, contre 22% auparavant.

"Le profil des patients est tout à fait différent quand on est en régulation (cf dépêche du 15/04/2025 à 11:00), par rapport à quand on est au SAU [service d'accueil des urgences]", a-t-il observé. Alors qu'"on s'attendait à avoir surtout des appels de patients souffrant de troubles psychotiques, on a essentiellement des plaintes anxieuses, des plaintes dépressives et de l'idéation suicidaire", a-t-il noté.

Fayçal Mouaffak a par ailleurs admis que peu d'interventions à domicile ont été réalisées jusqu'ici: 32 entre mi-décembre et fin août 2025.

Pour cette modalité, "les appels viennent pour moitié des soignants, ensuite l'entourage (40%), et le motif, dans la moitié des cas, est un état d'agitation. On voit donc que c'est un profil différent de celui de la régulation".

Par ailleurs, deux tiers des interventions à domicile "ont débouché sur une indication de recours au SAU, et cela nous a permis d'éviter, dans deux tiers des cas, le recours à la coercition, car on a réussi à amener le patient aux urgences dans de bonnes conditions, sans contrainte ou sans l'usage de la force", a-t-il affirmé.

Enfin, sur les 32 interventions, "seuls 17 patients ont dû être hospitalisés".

"737 hospitalisations évitées à l'EPS Ville-Evrard"

Concernant le centre renforcé des urgences psychiatriques installé à l'hôpital Delafontaine (cf dépêche du 09/10/2023 à 14:00), "en permanence, la priorité, c'est de trouver une alternative à l'hospitalisation".

"Et s'il y a une décision d'hospitalisation, on se donne 24 heures", car, pour rappel, le Crup intègre "une unité de décision de 24 heures" et "une unité de fluidification des parcours de soins de 72 heures", a-t-il précisé.

Dans ces deux unités, "on fait de la psychiatrie aiguë, ce qui amène à accepter l'idée qu'on doit prendre des décisions rapidement", a-t-il souligné, relevant par ailleurs que les équipes font "66 mouvements par semaine, soit tous les jours, cinq entrées, cinq sorties"…

Du 4 septembre 2023 au 4 septembre 2025, au sein du Crup, "3.124 hospitalisations ont été réalisées au bénéfice de 2.368 patients", a-t-il détaillé, avec une durée moyenne de séjour de 50 heures, et "75% des patients qui sont restés moins de 72 heures".

"Le profil des patients est superposable à ce qu'on prend en charge dans une unité de secteur", a-t-il également avancé. " Et deux tiers des patients sont sous une mesure de contrainte, puisque le Crup est habilité" pour cela.

"Le résultat principal et le plus le plus intéressant, puisqu'il nous donne de l'espoir", c'est que le Crup a permis un quart de retour à domicile, ce qui correspond à "737 hospitalisations évitées à l'EPS Ville-Evrard", selon le diaporama présenté.

Outre la baisse des durées d'attente aux urgences, le Crup a aussi permis de réduire les durées de séjour en isolement de trois jours, s'est-il aussi réjoui.

Le congrès de l'Encéphale est organisé par Europa Group, actionnaire d'APMnews.

vl/nc/APMnews

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(Par Valérie LESPEZ, au congrès de l'Encéphale)

PARIS, 23 janvier 2026 (APMnews) - La nouvelle organisation des urgences psychiatriques en Seine-Saint-Denis a permis de diminuer les durées d'attente aux urgences de l'hôpital Delafontaine (Saint-Denis) et de l'hôpital Avicenne (Bobigny), et d'éviter des hospitalisations à l'établissement public de santé (EPS) Ville-Evrard, a expliqué le Dr Fayçal Mouaffak, psychiatre et chef du pôle à Ville-Evrard, lors d'une session du congrès de l'Encéphale qui s'est tenu à Paris de mercredi à vendredi.

"Le point de départ de notre réflexion, c'est quelque chose qu'on connaît à peu près tous en France, mais aussi en Europe: une explosion de la demande de soins et une activité aux urgences psychiatriques à Saint-Denis qui a grimpé de 50%", a introduit Fayçal Mouaffak.

En face, "on a 37 lits pour 100.000 habitants en Seine-Saint-Denis", a-t-il observé, soulignant que "les psychiatres à Ville-Evrard, il y a une trentaine d'années, avaient décidé qu'il fallait qu'on désinstitutionnalise à toute vitesse, mais ils ont été trop ambitieux, et l'utopie a un peu tourné à la dystopie".

En effet, "mi-2018, on a dépassé le taux d'occupation de 100%, et on n'est pas revenu en deçà depuis", a-t-il affirmé. "Un taux d'occupation de 100%, cela veut dire que, sur un lit, vous faites tourner plusieurs patients en une journée, et c'est quelque chose qui est difficile à supporter, encore plus pour les patients qui sont aux urgences".

Aux urgences, "deux tiers des patients attendaient plus de 6 heures" et selon "une petite étude réalisée dans le service, on a remarqué qu'au-delà de 6 heures, le recours à la contention est multiplié par cinq et le recours à l'hyper-sédation par 1,5…", a-t-il pointé.

Un patient qui attend au-delà de 6 heures est "un patient, en quelque sorte, un peu perdu pour la suite", a-t-il souligné.

Or la nouvelle organisation a permis de diviser par trois les durées d'attente dans les urgences de l'hôpital Delafontaine de Saint-Denis et de 3 heures à celles de l'hôpital Avicenne à Bobigny (AP-HP).

Bientôt un centre renforcé d'urgences psychiatriques à Avicenne

Pour cette nouvelle organisation, la réflexion a été qu'il fallait "réduire les arrivées aux urgences", "améliorer la qualité de la prise en charge aux urgences", "instaurer d'emblée le traitement curatif", et "réduire le recours aux mesures coercitives", a décliné Fayçal Mouaffak.

La réorganisation a débuté à Saint-Denis, avec une unité de psychiatrie d'urgence ouverte au CH Delafontaine, puis "on s'est implantés à l'hôpital Avicenne, sur l'autre bassin de vie du département qui correspond à l'arrondissement de Bobigny, le plus dense démographiquement", a-t-il décrit.

"Ensuite, on a ouvert en septembre 2023 le centre renforcé d'urgences psychiatriques -Crup- (cf dépêche du 09/10/2023 à 14:00)" et "en mai 2024, on a monté un Samu psychiatrique" baptisé Samu Psy 93, dans le cadre du service d'accès aux soins (SAS) (cf dépêche du 12/12/2024 à 09:45 et dépêche du 12/12/2024 à 09:46).

Et "en perspective, nous avons un deuxième Crup, puisque nous avons eu la bonne nouvelle d'un financement très récemment, qu'on pourra installer à l'hôpital Avicenne", a-t-il annoncé.

L'intérêt des interventions à domicile du Samu Psy

Coté Samu Psy 93, "on s'est donné comme objectifs de diminuer les transferts aux urgences et réduire les mesures coercitives en augmentant les interventions à domicile, et en intensifiant la coordination avec l'ambulatoire", a décrit Fayçal Mouaffak.

Aux interventions à domicile, qui ont débuté en novembre 2024, a été ajoutée la consultation "famille sans patient", créée il y a trois ans, qui est donc devenue aussi une des missions du Samu Psy.

La régulation a enregistré 13 appels par jour en 2025, ce qui a permis un maintien à domicile à 42,2% pour ces appelants avec un motif psychiatrique, contre 22% auparavant.

"Le profil des patients est tout à fait différent quand on est en régulation (cf dépêche du 15/04/2025 à 11:00), par rapport à quand on est au SAU [service d'accueil des urgences]", a-t-il observé. Alors qu'"on s'attendait à avoir surtout des appels de patients souffrant de troubles psychotiques, on a essentiellement des plaintes anxieuses, des plaintes dépressives et de l'idéation suicidaire", a-t-il noté.

Fayçal Mouaffak a par ailleurs admis que peu d'interventions à domicile ont été réalisées jusqu'ici: 32 entre mi-décembre et fin août 2025.

Pour cette modalité, "les appels viennent pour moitié des soignants, ensuite l'entourage (40%), et le motif, dans la moitié des cas, est un état d'agitation. On voit donc que c'est un profil différent de celui de la régulation".

Par ailleurs, deux tiers des interventions à domicile "ont débouché sur une indication de recours au SAU, et cela nous a permis d'éviter, dans deux tiers des cas, le recours à la coercition, car on a réussi à amener le patient aux urgences dans de bonnes conditions, sans contrainte ou sans l'usage de la force", a-t-il affirmé.

Enfin, sur les 32 interventions, "seuls 17 patients ont dû être hospitalisés".

"737 hospitalisations évitées à l'EPS Ville-Evrard"

Concernant le centre renforcé des urgences psychiatriques installé à l'hôpital Delafontaine (cf dépêche du 09/10/2023 à 14:00), "en permanence, la priorité, c'est de trouver une alternative à l'hospitalisation".

"Et s'il y a une décision d'hospitalisation, on se donne 24 heures", car, pour rappel, le Crup intègre "une unité de décision de 24 heures" et "une unité de fluidification des parcours de soins de 72 heures", a-t-il précisé.

Dans ces deux unités, "on fait de la psychiatrie aiguë, ce qui amène à accepter l'idée qu'on doit prendre des décisions rapidement", a-t-il souligné, relevant par ailleurs que les équipes font "66 mouvements par semaine, soit tous les jours, cinq entrées, cinq sorties"…

Du 4 septembre 2023 au 4 septembre 2025, au sein du Crup, "3.124 hospitalisations ont été réalisées au bénéfice de 2.368 patients", a-t-il détaillé, avec une durée moyenne de séjour de 50 heures, et "75% des patients qui sont restés moins de 72 heures".

"Le profil des patients est superposable à ce qu'on prend en charge dans une unité de secteur", a-t-il également avancé. " Et deux tiers des patients sont sous une mesure de contrainte, puisque le Crup est habilité" pour cela.

"Le résultat principal et le plus le plus intéressant, puisqu'il nous donne de l'espoir", c'est que le Crup a permis un quart de retour à domicile, ce qui correspond à "737 hospitalisations évitées à l'EPS Ville-Evrard", selon le diaporama présenté.

Outre la baisse des durées d'attente aux urgences, le Crup a aussi permis de réduire les durées de séjour en isolement de trois jours, s'est-il aussi réjoui.

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