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COMMENT LE PREMIER HÔPITAL PRÉLEVEUR DE TISSUS S'ORGANISE POUR "RÉPONDRE À UNE MISSION DE SANTÉ PUBLIQUE"
CHARLEVILLE-MÉZIERES (Ardennes), 26 février 2026 (APMnews) - A Charleville-Mézières, le centre hospitalier intercommunal (CHI) Nord Ardennes est le premier établissement français préleveur de tissus, grâce à un service assuré sept jours sur sept et 24 heures sur 24, à l'engagement de tous les services et à l'"envie de répondre à une mission de santé publique", a présenté son équipe de coordination hospitalière des prélèvements d'organes et de tissus (CHPOT) dans un entretien avec APMnews.
En 2025, 573 prélèvements tissulaires ont été réalisés au CHI Nord Ardennes, faisant de l'établissement le premier centre préleveur français, devant l'hôpital Henri-Mondor à Paris (AP-HP, 362 tissus) et le CHU de Rouen (346), d'après des données de l'Agence de la biomédecine (ABM). Ce record est notamment atteint grâce au prélèvement de cornées sur 240 donneurs dans l'année au CHI, tandis que le CHU de Rouen et Henri-Mondor complètent le podium avec 135 et 112 donneurs de cornées respectivement.
"La force de notre coordination est d'avoir vraiment une place dans l'institution", met en avant Jennifer Gross-Billard, cadre supérieure de santé responsable, entre autres, de la coordination depuis six ans. "Ce n'est pas une petite unité à part, l'équipe est connue et reconnue dans tous les services de nos sites de Charleville et de Sedan."
Sur plus de 1.000 décès survenus dans l'établissement en 2025, 22% ont conduit à un prélèvement de tissus. "C'est énorme, les autres établissements sont plutôt autour de 4-5%", commente Bruno Suan, infirmier depuis 26 ans au CHI, et membre de la CHPOT depuis sa création en 2001.
Pour cet infirmier coordinateur expérimenté, "la réussite d'un prélèvement, c'est l'appel: les professionnels dans les services pensent à nous appeler, on est appelés dans les 10 minutes suivant le décès et on étudie tout de suite le dossier". En 2025, il n'y a pas eu d'appel pour seulement 11 décès alors que dans les autres établissements, le taux d'appels manqués est "à plus de 60-70%", évalue-t-il.
"C'est cette organisation qui est mise en place depuis des années qui a fait qu'en huit ans, on est passé de 40 donneurs prélevés par an à 240 aujourd'hui. C'est aussi parce qu'on a envie de répondre à une mission de santé publique. Il y a des besoins et il faut donc se donner la possibilité d'essayer de faire un prélèvement de tissu sur chaque défunt."
La force principale de la CHPOT est d'avoir suffisamment de personnels formés pour garantir une activité 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Pour cela, l'équipe compte trois infirmiers de coordination (à temps partiel, tous travaillent également dans d'autres services) et sept infirmiers qui participent aux astreintes de nuit et de week-end. Un médecin urgentiste est aussi médecin coordinateur à 20%.
Une présence constante sur le terrain pour réduire l'opposition
"Ces astreintes demandent de parfois se lever à 3 heures du matin pour faire un entretien avec les familles, puis on enchaîne avec un prélèvement", raconte Audrey Chopineaux, infirmière coordinatrice depuis deux ans mais participant aux astreintes depuis huit ans.
"Et on se déplace aussitôt après l'appel pour rencontrer les familles de visu" plutôt que de faire un entretien par téléphone, précise-t-elle. "On s'est en effet rendu compte que le taux d'opposition au prélèvement était plus important quand on ne se déplace pas", complète Bruno Suan.
Avec cette organisation, l'équipe estime avoir un taux d'opposition au prélèvement de tissus "entre 40% et 50%" alors qu'en moyenne, il est plutôt de "70-75%, bien plus élevé que pour les organes".
Et cela alors qu'"on a sensiblement les mêmes sources de décès que dans les autres établissements", précise l'infirmier coordinateur. Si la CHPOT est très performante, "c'est simplement le fait qu'on est beaucoup plus présents sur le terrain et qu'on est extrêmement reconnus par nos pairs dans les services", résume-t-il.
Pour réaliser les prélèvements, tous les infirmiers ont été formés au protocole de coopération, ce qui leur permet de prélever cornées et épiderme en autonomie.
Pour les tissus internes, quatre médecins urgentistes sont formés aux prélèvements de vaisseaux, un est formé aux prélèvements de tendons, et deux réanimateurs et les chirurgiens peuvent faire des prélèvements d'os. Seul le prélèvement de cœur pour valve n'est pas encore possible faute d'avoir un médecin formé.
La coordination est par ailleurs dotée d'une salle de prélèvement, au niveau du service de réanimation, où peuvent être prélevés les tissus externes, tandis que les tissus internes sont prélevés au bloc opératoire.
"Le fait d'être un hôpital de proximité fait qu'on a une aisance à rentrer au bloc pour faire du prélèvement", estime Jennifer Gross-Billard. "C'est la différence avec les grosses structures", ajoute Bruno Suan, "le CH a une structure à taille humaine, c'est beaucoup plus simple pour nous organiser et pour parler de visu aux chirurgiens quand on a besoin d'eux pour une procédure de prélèvement multi-tissus."
La CHPOT travaille également avec de nombreuses banques de tissus: celle gérée par l'Etablissement français du sang (EFS) à Besançon pour les cornées, les artères et les os; l'Ostéobanque de Clermont-Ferrand pour les os et les tendons; la banque du CHU de Lille pour l'épiderme; et Bioprotec à Saint-Priest (Rhône) pour les veines saphènes et les artères.
"On essaye de jongler avec le plus de banques possibles pour faire le plus de tissus possibles car toutes les banques n'ont pas les mêmes critères de sélection et de contre-indications", justifie l'équipe de coordination.
Faire davantage de communication à l'extérieur
Alors que l'équipe a été auditée par l'ABM début février, il a été jugé que la CHPOT manquait de personnels. "Au regard de notre activité, on devrait être 4 équivalents temps plein [ETP] sur la coordination, alors qu'on est 1,5 actuellement", rapporte Audrey Chopineaux.
Pour la CHPOT, il faudrait essayer d'augmenter les effectifs de la coordination tout en gardant le volume de 10 personnes participant aux astreintes. "Plus on aura de monde dans l'équipe, moins ils vont être d'astreinte fréquemment, et donc moins ils vont pratiquer", explique Jennifer Gross-Billard. Le cas échéant, le risque serait d'avoir des prélèvements et des tissus de moins bonne qualité, et donc moins de greffes in fine alors que l'établissement "a un taux de greffes des tissus au-dessus de la moyenne nationale", avance Bruno Suan.
Interrogée sur les relations avec la direction de l'établissement qui a récemment changé, l'équipe juge que le nouveau directeur, Didier Poillerat, "semble avoir compris l'intérêt de cette activité, qui était déjà présente dans son ancien établissement".
Jusqu'à présent, la CHPOT estime ne s'être jamais vu refuser de demandes de formation ou de moyens. "On a la chance d'avoir beaucoup de formations mises à disposition des professionnelles", souligne en particulier Jennifer Gross-Billard, "et l'établissement nous suit, on n'a aucune difficulté à inscrire nos agents sur ces formations".
Le CHI est par ailleurs devenu "hôpital ambassadeur du don d'organes" en juillet 2025 (cf dépêche du 18/06/2025 à 14:49). Il a été suivi en novembre par l'institut de formation en soins infirmiers (Ifsi) de Charleville-Mézières, qui possède désormais des ambassadeurs du don dans chaque promotion. "Petit à petit, on est en train de former les futurs professionnels", félicite la cadre supérieure.
Pour l'avenir, l'équipe aimerait pouvoir réaliser davantage de communication à destination du grand public afin de réduire le taux d'opposition. "On aimerait que les gens parlent du don d'organes et de tissus tant qu'ils sont vivants et qu'on n'ait pas à attendre d'avoir des familles en deuil pour que le sujet soit abordé", commente Jennifer Gross-Billard.
Enfin, du côté du prélèvement d'organes, l'établissement aimerait pouvoir se lancer prochainement dans le prélèvement de donneurs en arrêt circulatoire après arrêt des thérapeutiques (Maastricht III), en collaboration avec le CHU de Reims. Cela devrait permettre d'augmenter un peu l'activité de prélèvement d'organes au CHI, qui est actuellement limitée à une dizaine de donneurs par an.
pl/nc/APMnews
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CHARLEVILLE-MÉZIERES (Ardennes), 26 février 2026 (APMnews) - A Charleville-Mézières, le centre hospitalier intercommunal (CHI) Nord Ardennes est le premier établissement français préleveur de tissus, grâce à un service assuré sept jours sur sept et 24 heures sur 24, à l'engagement de tous les services et à l'"envie de répondre à une mission de santé publique", a présenté son équipe de coordination hospitalière des prélèvements d'organes et de tissus (CHPOT) dans un entretien avec APMnews.
En 2025, 573 prélèvements tissulaires ont été réalisés au CHI Nord Ardennes, faisant de l'établissement le premier centre préleveur français, devant l'hôpital Henri-Mondor à Paris (AP-HP, 362 tissus) et le CHU de Rouen (346), d'après des données de l'Agence de la biomédecine (ABM). Ce record est notamment atteint grâce au prélèvement de cornées sur 240 donneurs dans l'année au CHI, tandis que le CHU de Rouen et Henri-Mondor complètent le podium avec 135 et 112 donneurs de cornées respectivement.
"La force de notre coordination est d'avoir vraiment une place dans l'institution", met en avant Jennifer Gross-Billard, cadre supérieure de santé responsable, entre autres, de la coordination depuis six ans. "Ce n'est pas une petite unité à part, l'équipe est connue et reconnue dans tous les services de nos sites de Charleville et de Sedan."
Sur plus de 1.000 décès survenus dans l'établissement en 2025, 22% ont conduit à un prélèvement de tissus. "C'est énorme, les autres établissements sont plutôt autour de 4-5%", commente Bruno Suan, infirmier depuis 26 ans au CHI, et membre de la CHPOT depuis sa création en 2001.
Pour cet infirmier coordinateur expérimenté, "la réussite d'un prélèvement, c'est l'appel: les professionnels dans les services pensent à nous appeler, on est appelés dans les 10 minutes suivant le décès et on étudie tout de suite le dossier". En 2025, il n'y a pas eu d'appel pour seulement 11 décès alors que dans les autres établissements, le taux d'appels manqués est "à plus de 60-70%", évalue-t-il.
"C'est cette organisation qui est mise en place depuis des années qui a fait qu'en huit ans, on est passé de 40 donneurs prélevés par an à 240 aujourd'hui. C'est aussi parce qu'on a envie de répondre à une mission de santé publique. Il y a des besoins et il faut donc se donner la possibilité d'essayer de faire un prélèvement de tissu sur chaque défunt."
La force principale de la CHPOT est d'avoir suffisamment de personnels formés pour garantir une activité 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Pour cela, l'équipe compte trois infirmiers de coordination (à temps partiel, tous travaillent également dans d'autres services) et sept infirmiers qui participent aux astreintes de nuit et de week-end. Un médecin urgentiste est aussi médecin coordinateur à 20%.
Une présence constante sur le terrain pour réduire l'opposition
"Ces astreintes demandent de parfois se lever à 3 heures du matin pour faire un entretien avec les familles, puis on enchaîne avec un prélèvement", raconte Audrey Chopineaux, infirmière coordinatrice depuis deux ans mais participant aux astreintes depuis huit ans.
"Et on se déplace aussitôt après l'appel pour rencontrer les familles de visu" plutôt que de faire un entretien par téléphone, précise-t-elle. "On s'est en effet rendu compte que le taux d'opposition au prélèvement était plus important quand on ne se déplace pas", complète Bruno Suan.
Avec cette organisation, l'équipe estime avoir un taux d'opposition au prélèvement de tissus "entre 40% et 50%" alors qu'en moyenne, il est plutôt de "70-75%, bien plus élevé que pour les organes".
Et cela alors qu'"on a sensiblement les mêmes sources de décès que dans les autres établissements", précise l'infirmier coordinateur. Si la CHPOT est très performante, "c'est simplement le fait qu'on est beaucoup plus présents sur le terrain et qu'on est extrêmement reconnus par nos pairs dans les services", résume-t-il.
Pour réaliser les prélèvements, tous les infirmiers ont été formés au protocole de coopération, ce qui leur permet de prélever cornées et épiderme en autonomie.
Pour les tissus internes, quatre médecins urgentistes sont formés aux prélèvements de vaisseaux, un est formé aux prélèvements de tendons, et deux réanimateurs et les chirurgiens peuvent faire des prélèvements d'os. Seul le prélèvement de cœur pour valve n'est pas encore possible faute d'avoir un médecin formé.
La coordination est par ailleurs dotée d'une salle de prélèvement, au niveau du service de réanimation, où peuvent être prélevés les tissus externes, tandis que les tissus internes sont prélevés au bloc opératoire.
"Le fait d'être un hôpital de proximité fait qu'on a une aisance à rentrer au bloc pour faire du prélèvement", estime Jennifer Gross-Billard. "C'est la différence avec les grosses structures", ajoute Bruno Suan, "le CH a une structure à taille humaine, c'est beaucoup plus simple pour nous organiser et pour parler de visu aux chirurgiens quand on a besoin d'eux pour une procédure de prélèvement multi-tissus."
La CHPOT travaille également avec de nombreuses banques de tissus: celle gérée par l'Etablissement français du sang (EFS) à Besançon pour les cornées, les artères et les os; l'Ostéobanque de Clermont-Ferrand pour les os et les tendons; la banque du CHU de Lille pour l'épiderme; et Bioprotec à Saint-Priest (Rhône) pour les veines saphènes et les artères.
"On essaye de jongler avec le plus de banques possibles pour faire le plus de tissus possibles car toutes les banques n'ont pas les mêmes critères de sélection et de contre-indications", justifie l'équipe de coordination.
Faire davantage de communication à l'extérieur
Alors que l'équipe a été auditée par l'ABM début février, il a été jugé que la CHPOT manquait de personnels. "Au regard de notre activité, on devrait être 4 équivalents temps plein [ETP] sur la coordination, alors qu'on est 1,5 actuellement", rapporte Audrey Chopineaux.
Pour la CHPOT, il faudrait essayer d'augmenter les effectifs de la coordination tout en gardant le volume de 10 personnes participant aux astreintes. "Plus on aura de monde dans l'équipe, moins ils vont être d'astreinte fréquemment, et donc moins ils vont pratiquer", explique Jennifer Gross-Billard. Le cas échéant, le risque serait d'avoir des prélèvements et des tissus de moins bonne qualité, et donc moins de greffes in fine alors que l'établissement "a un taux de greffes des tissus au-dessus de la moyenne nationale", avance Bruno Suan.
Interrogée sur les relations avec la direction de l'établissement qui a récemment changé, l'équipe juge que le nouveau directeur, Didier Poillerat, "semble avoir compris l'intérêt de cette activité, qui était déjà présente dans son ancien établissement".
Jusqu'à présent, la CHPOT estime ne s'être jamais vu refuser de demandes de formation ou de moyens. "On a la chance d'avoir beaucoup de formations mises à disposition des professionnelles", souligne en particulier Jennifer Gross-Billard, "et l'établissement nous suit, on n'a aucune difficulté à inscrire nos agents sur ces formations".
Le CHI est par ailleurs devenu "hôpital ambassadeur du don d'organes" en juillet 2025 (cf dépêche du 18/06/2025 à 14:49). Il a été suivi en novembre par l'institut de formation en soins infirmiers (Ifsi) de Charleville-Mézières, qui possède désormais des ambassadeurs du don dans chaque promotion. "Petit à petit, on est en train de former les futurs professionnels", félicite la cadre supérieure.
Pour l'avenir, l'équipe aimerait pouvoir réaliser davantage de communication à destination du grand public afin de réduire le taux d'opposition. "On aimerait que les gens parlent du don d'organes et de tissus tant qu'ils sont vivants et qu'on n'ait pas à attendre d'avoir des familles en deuil pour que le sujet soit abordé", commente Jennifer Gross-Billard.
Enfin, du côté du prélèvement d'organes, l'établissement aimerait pouvoir se lancer prochainement dans le prélèvement de donneurs en arrêt circulatoire après arrêt des thérapeutiques (Maastricht III), en collaboration avec le CHU de Reims. Cela devrait permettre d'augmenter un peu l'activité de prélèvement d'organes au CHI, qui est actuellement limitée à une dizaine de donneurs par an.
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