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13/04 2026
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DANS DES EHPAD DU GRAND EST, BAISSE DE 27% DES PASSAGES AUX URGENCES GRÂCE À DES TÉLÉCONSULTATIONS ASSISTÉES

PARIS, 13 avril 2026 (APMnews) - Des téléconsultations réalisées dans 17 Ehpad du Grand Est par la société Toktokdoc à l'aide d'infirmiers mobiles ont permis de réduire de 27% le nombre de passages aux urgences des résidents, a présenté jeudi le médecin fondateur de l'entreprise, Laurent Schmoll, qui a néanmoins dû revoir son modèle économique pour poursuivre cette activité, lors du colloque national de la e-santé en Ehpad, organisé par le Catel à Paris.

La solution Toktokdoc est déployée depuis plusieurs années dans des Ehpad (cf dépêche du 14/12/2017 à 19:16) et des établissements du champ du handicap. Elle emploie des infirmiers mobiles équipés d'une tablette se rendant au chevet du résident d'Ehpad, pour permettre des téléconsultations assistées. Qualifiés de "traits d'union" par le fondateur de Toktokdoc, le Dr Laurent Schmoll, ils font le lien avec des médecins spécialistes, libéraux ou parfois hospitaliers, qui "sanctuarisent des vacations" pour le dispositif.


"Nous avons choisi de salarier des infirmiers car pour implanter l'usage de la téléconsultation, il faut une formation solide des professionnels. Or, il y a beaucoup de turnover dans les équipes d'Ehpad", a-t-il expliqué.


En 2020, la société a bénéficié d'une autorisation "article 51" pour son projet, nommé "policlinique de télémédecine territoriale" (cf dépêche du 03/11/2021 à 16:00). "Cela nous a permis de former les IDE [infirmiers diplômés d'Etat] à des outils numériques à forte valeur ajoutée, par exemple la sonde d'échographie cardiaque", a détaillé le fondateur de Toktokdoc, alors que cela ne figure pas dans la nomenclature des actes infirmiers.


Les résultats de l'évaluation ont été "très positifs et encourageants", a commenté Laurent Schmoll. Ils font apparaître une baisse de 12% du nombre d'hospitalisations des résidents, une réduction de 59% de la durée d'hospitalisation, et de 27% du nombre de passage aux urgences, selon le diaporama présenté au colloque.


Les actes sont réalisés pour 12 spécialités, en premier lieu la cardiologie (45,7%), avant la psychiatrie (13,2%), la gériatrie (13,2%) et la dermatologie (8,6%). Il s'agit en majeure partie de téléconsultations, et de télé-expertise dans 15,8% des cas.


En moyenne, chaque résident bénéficie de 2,7 actes par an, soit "près de trois fois la moyenne nationale", a souligné Laurent Schmoll.


Un délai d'attente pour consulter un spécialiste 3,5 fois moins long


Le dispositif a en outre amélioré l'accès aux soins en réduisant les délais d'attente, grâce à "une vitesse d'intervention 3,5 fois plus rapide en moyenne". "Le délai est de 28 jours en moyenne dans le cadre du projet, alors qu'il est de 95 jours en ville", a appuyé Laurent Schmoll en référence aux chiffres communiqués par l'Union régionale des professionnels de santé médecins libéraux (URPS ML) Grand Est.


Dans le détail, l'accès à une consultation de dermatologie se fait en moyenne en 13 jours dans le cadre de la policlinique territoriale de télémédecine, en 21 jours pour la psychiatrie et en 31 jours pour la cardiologie.


L'adhésion au dispositif des médecins traitants des résidents augmente avec le nombre de patients suivis, avec un taux de 77% dans le cas d'un unique patient suivi, contre 97% dans le cadre de trois patients ou plus dans l'Ehpad.


Interrogés par voie de questionnaire à la fin de chaque acte réalisé, les médecins spécialistes affirment que l'acte a évité un passage aux urgences dans 73% des consultations et une hospitalisation dans 78% des cas. De plus, dans 66% des cas, les équipes d'Ehpad notent une réduction de la consommation médicamenteuse.


Un modèle économique révisé pour plus d'efficience


Après avoir été prolongée, l'expérimentation a néanmoins pris fin en novembre 2023 car le coût était trop élevé, ce qu'a d'ailleurs pointé la Cour des comptes dans un rapport sur la télémédecine en 2025 (cf dépêche du 09/04/2025 à 14:41).


En 2024, la direction générale des entreprises (DGE) du ministère de l'économie et des finances a donc aidé la société à revoir son modèle économique. Pour baisser le prix, Toktokdoc a cessé de salarier un gériatre, et chaque infirmier couvre désormais cinq Ehpad, au lieu de deux dans l'organisation initiale.


Le forfait, au départ fixé à 130 € par mois et par résident, s'élève maintenant à 41 €. Il comprend l'intervention des infirmiers, les déplacements, la solution technologique et les frais de structure (secrétariat). Un forfait supplémentaire de 8,75 € permet de financer le coût de trois consultations de médecins spécialistes par an.


L'expérimentation a donc repris en 2024, avec le soutien de l'agence régionale de santé (ARS) Grand Est via le fonds d'intervention régional (FIR), à hauteur de 550.000 € pour une année. Une nouvelle prolongation a été actée jusqu'à fin 2026, financée cette fois par le FIR et par des fondations.


L'évaluation présentée par Laurent Schmoll estime à 985 € l'économie annuelle réalisée par l'assurance maladie pour chaque résident bénéficiant du dispositif. "Une généralisation à tous les résidents d'Ehpad pourrait engendrer une économie de l'ordre de 149 millions d'euros", a-t-il assuré.


Lors de la présentation de la feuille de route nationale télémédecine en janvier, la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, Stéphanie Rist, avait annoncé que la modalité de téléconsultation assistée serait "développée dans les établissements sociaux et médico-sociaux, notamment dans les Ehpad", et souligné "l'enjeu très fort d'éviter des passages inutiles aux urgences" (cf dépêche du 27/01/2026 à 09:09).


Laurent Schmoll a évoqué l'intérêt de la direction générale de l'offre de soins (DGOS) pour l'expérimentation, mais reste à trouver la voie de pérennisation: "Une solution pourrait être de créer une ligne budgétaire dédiée au financement de la télémédecine" dans le budget des Ehpad, a-t-il proposé.


ms/vl/rm/APMnews

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PARIS, 13 avril 2026 (APMnews) - Des téléconsultations réalisées dans 17 Ehpad du Grand Est par la société Toktokdoc à l'aide d'infirmiers mobiles ont permis de réduire de 27% le nombre de passages aux urgences des résidents, a présenté jeudi le médecin fondateur de l'entreprise, Laurent Schmoll, qui a néanmoins dû revoir son modèle économique pour poursuivre cette activité, lors du colloque national de la e-santé en Ehpad, organisé par le Catel à Paris.

La solution Toktokdoc est déployée depuis plusieurs années dans des Ehpad (cf dépêche du 14/12/2017 à 19:16) et des établissements du champ du handicap. Elle emploie des infirmiers mobiles équipés d'une tablette se rendant au chevet du résident d'Ehpad, pour permettre des téléconsultations assistées. Qualifiés de "traits d'union" par le fondateur de Toktokdoc, le Dr Laurent Schmoll, ils font le lien avec des médecins spécialistes, libéraux ou parfois hospitaliers, qui "sanctuarisent des vacations" pour le dispositif.


"Nous avons choisi de salarier des infirmiers car pour implanter l'usage de la téléconsultation, il faut une formation solide des professionnels. Or, il y a beaucoup de turnover dans les équipes d'Ehpad", a-t-il expliqué.


En 2020, la société a bénéficié d'une autorisation "article 51" pour son projet, nommé "policlinique de télémédecine territoriale" (cf dépêche du 03/11/2021 à 16:00). "Cela nous a permis de former les IDE [infirmiers diplômés d'Etat] à des outils numériques à forte valeur ajoutée, par exemple la sonde d'échographie cardiaque", a détaillé le fondateur de Toktokdoc, alors que cela ne figure pas dans la nomenclature des actes infirmiers.


Les résultats de l'évaluation ont été "très positifs et encourageants", a commenté Laurent Schmoll. Ils font apparaître une baisse de 12% du nombre d'hospitalisations des résidents, une réduction de 59% de la durée d'hospitalisation, et de 27% du nombre de passage aux urgences, selon le diaporama présenté au colloque.


Les actes sont réalisés pour 12 spécialités, en premier lieu la cardiologie (45,7%), avant la psychiatrie (13,2%), la gériatrie (13,2%) et la dermatologie (8,6%). Il s'agit en majeure partie de téléconsultations, et de télé-expertise dans 15,8% des cas.


En moyenne, chaque résident bénéficie de 2,7 actes par an, soit "près de trois fois la moyenne nationale", a souligné Laurent Schmoll.


Un délai d'attente pour consulter un spécialiste 3,5 fois moins long


Le dispositif a en outre amélioré l'accès aux soins en réduisant les délais d'attente, grâce à "une vitesse d'intervention 3,5 fois plus rapide en moyenne". "Le délai est de 28 jours en moyenne dans le cadre du projet, alors qu'il est de 95 jours en ville", a appuyé Laurent Schmoll en référence aux chiffres communiqués par l'Union régionale des professionnels de santé médecins libéraux (URPS ML) Grand Est.


Dans le détail, l'accès à une consultation de dermatologie se fait en moyenne en 13 jours dans le cadre de la policlinique territoriale de télémédecine, en 21 jours pour la psychiatrie et en 31 jours pour la cardiologie.


L'adhésion au dispositif des médecins traitants des résidents augmente avec le nombre de patients suivis, avec un taux de 77% dans le cas d'un unique patient suivi, contre 97% dans le cadre de trois patients ou plus dans l'Ehpad.


Interrogés par voie de questionnaire à la fin de chaque acte réalisé, les médecins spécialistes affirment que l'acte a évité un passage aux urgences dans 73% des consultations et une hospitalisation dans 78% des cas. De plus, dans 66% des cas, les équipes d'Ehpad notent une réduction de la consommation médicamenteuse.


Un modèle économique révisé pour plus d'efficience


Après avoir été prolongée, l'expérimentation a néanmoins pris fin en novembre 2023 car le coût était trop élevé, ce qu'a d'ailleurs pointé la Cour des comptes dans un rapport sur la télémédecine en 2025 (cf dépêche du 09/04/2025 à 14:41).


En 2024, la direction générale des entreprises (DGE) du ministère de l'économie et des finances a donc aidé la société à revoir son modèle économique. Pour baisser le prix, Toktokdoc a cessé de salarier un gériatre, et chaque infirmier couvre désormais cinq Ehpad, au lieu de deux dans l'organisation initiale.


Le forfait, au départ fixé à 130 € par mois et par résident, s'élève maintenant à 41 €. Il comprend l'intervention des infirmiers, les déplacements, la solution technologique et les frais de structure (secrétariat). Un forfait supplémentaire de 8,75 € permet de financer le coût de trois consultations de médecins spécialistes par an.


L'expérimentation a donc repris en 2024, avec le soutien de l'agence régionale de santé (ARS) Grand Est via le fonds d'intervention régional (FIR), à hauteur de 550.000 € pour une année. Une nouvelle prolongation a été actée jusqu'à fin 2026, financée cette fois par le FIR et par des fondations.


L'évaluation présentée par Laurent Schmoll estime à 985 € l'économie annuelle réalisée par l'assurance maladie pour chaque résident bénéficiant du dispositif. "Une généralisation à tous les résidents d'Ehpad pourrait engendrer une économie de l'ordre de 149 millions d'euros", a-t-il assuré.


Lors de la présentation de la feuille de route nationale télémédecine en janvier, la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, Stéphanie Rist, avait annoncé que la modalité de téléconsultation assistée serait "développée dans les établissements sociaux et médico-sociaux, notamment dans les Ehpad", et souligné "l'enjeu très fort d'éviter des passages inutiles aux urgences" (cf dépêche du 27/01/2026 à 09:09).


Laurent Schmoll a évoqué l'intérêt de la direction générale de l'offre de soins (DGOS) pour l'expérimentation, mais reste à trouver la voie de pérennisation: "Une solution pourrait être de créer une ligne budgétaire dédiée au financement de la télémédecine" dans le budget des Ehpad, a-t-il proposé.


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