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DE NOMBREUX PASSAGES AUX URGENCES OPHTALMOLOGIQUES NE SONT PAS DE VRAIES URGENCES
PARIS, 7 mai 2018 (APMnews) - De nombreuses personnes examinées dans des unités d'urgence ophtalmologique ne présentent pas de pathologie ayant un réel caractère d'urgence, selon deux études présentées lundi au congrès de la Société française d'ophtalmologie (SFO) à Paris.
"Les demandes de soins non programmés en ophtalmologie sont en constante augmentation, de 125% en cinq ans dans notre centre", a constaté Romain Mouchel de l'hôpital Edouard-Herriot à Lyon (HCL). Cette évolution, sans augmentation des moyens humains, engendre "des difficultés d'accueil et de prise en charge optimale des 'urgences réelles' face aux urgences 'relatives'", et crée des délais d'attente, sources d'irritation pour les patients et de stress pour les praticiens.
Cet hôpital possède une unité d'urgence ophtalmologique ouverte 24 heures/24, avec deux médecins en semaine (un médecin et un chirurgien d'astreinte le soir et week-end) et une infirmière 24 heures/24 et 7 jours/7. Il y a 25.000 passages dans cette unité par an (soit 2% des urgences générales).
Afin de mieux appréhender ce problème, une étude a été conduite durant tout le mois de janvier 2018. Des questionnaires ont été remplis par les médecins. Cela a permis de décrire les pathologies présentées par 1.035 patients passés aux urgences ophtalmologiques.
L'enquête montre d'abord que si 66% des personnes venaient de Lyon ou sa proche banlieue (à moins de 20 km de l'hôpital), d'autres venaient de plus loin: 24% des patients habitaient entre 20 et 50 km de l'hôpital, 6% entre 50 et 100 km et même 4% au-delà de 100 km.
Les patients venaient d'eux-mêmes dans 84% des cas, les autres étant envoyés par un médecin, mais seulement 4% par un ophtalmologiste. Certains cabinets d'ophtalmologie de Lyon proposent eux-mêmes des consultations d'urgence, a noté Romain Mouchel.
L'étude montre que, contrairement aux impressions de longs délais d'attente, 33% des patients ont attendu moins de 30 minutes et 24% entre 30 et 60 min. Une minorité de 9% a toutefois attendu plus de 3 heures.
Des symptômes parfois anciens
Les symptômes à l'origine du passage aux urgences avaient débuté pour 81% des patients dans les 5 jours précédents. Mais ils étaient présents depuis déjà 5 à 10 jours pour 12% et au-delà de 10 jours pour 7%, ce qui ne correspond plus vraiment à une urgence.
La cause du passage aux urgences était un traumatisme dans 20% des cas. Il y a également des conjonctivites infectieuses, des ulcères de cornée, des uvéites, des abcès de cornées... et, pour 2%, des patients venant pour des lentilles de contact. C'est encore rare mais "on en voit de plus en plus".
Globalement, "40% de ces passages concernaient des motifs 'non urgents'", a noté Romain Mouchel.
Les auteurs vont même plus loin dans le résumé de l'étude, où il est estimé que "plus de la moitié [des passages aux urgences ophtalmologiques] sont considérés comme non justifiés par les ophtalmologistes".
Ainsi, si le nombre de passages conforte l'idée qu'une telle unité dévolue aux urgences ophtalmologiques est "nécessaire" (et "rentable pour l'établissement", a-t-il noté), il émet l'idée de la création d'un "double circuit: un circuit court pour les urgences 'vraies' et un circuit long pour les 'urgences 'relatives'".
Il y a également une nécessité de mieux former les médecins généralistes sur l'attitude face à des cas simples, comme le fait de savoir qu'une conjonctivite va durer trois semaines. Cela permettrait de "diminuer la fréquence des fausses urgences".
Des demandes de lunettes aux urgences!
Un travail similaire mené au CHU de Brest a été présenté par M. Gobert. Aux urgences ophtalmologiques de cet établissement où travaille un interne, il y a 8.000 venues par an. Elle a également indiqué que cette ville ne compte que 23 ophtalmologues et le délai moyen de rendez-vous se situe entre 8 et 12 mois.
Une étude a été conduite sur 2.000 patients de mai à septembre 2017. Les diagnostics posés pour ces patients ont été analysés et regroupés en 3 catégories: urgence "vraie" (dont les traumatismes, présences de corps étranger, brûlures chimiques, kératites infectieuses, atteintes vasculaires de la rétine...), urgence "relative" (sécheresse oculaire, conjonctivite, décollement de vitré simple...) et urgence "différée" (demande de lunettes, hémorragie sous-conjonctivale, cataracte...).
Les urgences "vraies" n'ont représenté que 42% des motifs de consultation, les urgences "relatives" 40% et les urgences "différées" 18%.
Il y a eu notamment 185 demandes de lunettes. Une proportion de 9% particulièrement élevée et qui est à mettre en lien avec les délais importants de rendez-vous en ville.
Les patients ont dû aussi répondre à un questionnaire. D'eux-mêmes, ils n'étaient que 54% à considérer qu'il s'agissait d'une urgence "vraie" et 42% à reconnaître que leur passage aux urgences était injustifié. Mais à l'inverse, 11% de ceux pensant relever d'une urgence "relative" avaient en réalité une urgence "vraie".
fb/nc/eh/APMnews
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DE NOMBREUX PASSAGES AUX URGENCES OPHTALMOLOGIQUES NE SONT PAS DE VRAIES URGENCES
PARIS, 7 mai 2018 (APMnews) - De nombreuses personnes examinées dans des unités d'urgence ophtalmologique ne présentent pas de pathologie ayant un réel caractère d'urgence, selon deux études présentées lundi au congrès de la Société française d'ophtalmologie (SFO) à Paris.
"Les demandes de soins non programmés en ophtalmologie sont en constante augmentation, de 125% en cinq ans dans notre centre", a constaté Romain Mouchel de l'hôpital Edouard-Herriot à Lyon (HCL). Cette évolution, sans augmentation des moyens humains, engendre "des difficultés d'accueil et de prise en charge optimale des 'urgences réelles' face aux urgences 'relatives'", et crée des délais d'attente, sources d'irritation pour les patients et de stress pour les praticiens.
Cet hôpital possède une unité d'urgence ophtalmologique ouverte 24 heures/24, avec deux médecins en semaine (un médecin et un chirurgien d'astreinte le soir et week-end) et une infirmière 24 heures/24 et 7 jours/7. Il y a 25.000 passages dans cette unité par an (soit 2% des urgences générales).
Afin de mieux appréhender ce problème, une étude a été conduite durant tout le mois de janvier 2018. Des questionnaires ont été remplis par les médecins. Cela a permis de décrire les pathologies présentées par 1.035 patients passés aux urgences ophtalmologiques.
L'enquête montre d'abord que si 66% des personnes venaient de Lyon ou sa proche banlieue (à moins de 20 km de l'hôpital), d'autres venaient de plus loin: 24% des patients habitaient entre 20 et 50 km de l'hôpital, 6% entre 50 et 100 km et même 4% au-delà de 100 km.
Les patients venaient d'eux-mêmes dans 84% des cas, les autres étant envoyés par un médecin, mais seulement 4% par un ophtalmologiste. Certains cabinets d'ophtalmologie de Lyon proposent eux-mêmes des consultations d'urgence, a noté Romain Mouchel.
L'étude montre que, contrairement aux impressions de longs délais d'attente, 33% des patients ont attendu moins de 30 minutes et 24% entre 30 et 60 min. Une minorité de 9% a toutefois attendu plus de 3 heures.
Des symptômes parfois anciens
Les symptômes à l'origine du passage aux urgences avaient débuté pour 81% des patients dans les 5 jours précédents. Mais ils étaient présents depuis déjà 5 à 10 jours pour 12% et au-delà de 10 jours pour 7%, ce qui ne correspond plus vraiment à une urgence.
La cause du passage aux urgences était un traumatisme dans 20% des cas. Il y a également des conjonctivites infectieuses, des ulcères de cornée, des uvéites, des abcès de cornées... et, pour 2%, des patients venant pour des lentilles de contact. C'est encore rare mais "on en voit de plus en plus".
Globalement, "40% de ces passages concernaient des motifs 'non urgents'", a noté Romain Mouchel.
Les auteurs vont même plus loin dans le résumé de l'étude, où il est estimé que "plus de la moitié [des passages aux urgences ophtalmologiques] sont considérés comme non justifiés par les ophtalmologistes".
Ainsi, si le nombre de passages conforte l'idée qu'une telle unité dévolue aux urgences ophtalmologiques est "nécessaire" (et "rentable pour l'établissement", a-t-il noté), il émet l'idée de la création d'un "double circuit: un circuit court pour les urgences 'vraies' et un circuit long pour les 'urgences 'relatives'".
Il y a également une nécessité de mieux former les médecins généralistes sur l'attitude face à des cas simples, comme le fait de savoir qu'une conjonctivite va durer trois semaines. Cela permettrait de "diminuer la fréquence des fausses urgences".
Des demandes de lunettes aux urgences!
Un travail similaire mené au CHU de Brest a été présenté par M. Gobert. Aux urgences ophtalmologiques de cet établissement où travaille un interne, il y a 8.000 venues par an. Elle a également indiqué que cette ville ne compte que 23 ophtalmologues et le délai moyen de rendez-vous se situe entre 8 et 12 mois.
Une étude a été conduite sur 2.000 patients de mai à septembre 2017. Les diagnostics posés pour ces patients ont été analysés et regroupés en 3 catégories: urgence "vraie" (dont les traumatismes, présences de corps étranger, brûlures chimiques, kératites infectieuses, atteintes vasculaires de la rétine...), urgence "relative" (sécheresse oculaire, conjonctivite, décollement de vitré simple...) et urgence "différée" (demande de lunettes, hémorragie sous-conjonctivale, cataracte...).
Les urgences "vraies" n'ont représenté que 42% des motifs de consultation, les urgences "relatives" 40% et les urgences "différées" 18%.
Il y a eu notamment 185 demandes de lunettes. Une proportion de 9% particulièrement élevée et qui est à mettre en lien avec les délais importants de rendez-vous en ville.
Les patients ont dû aussi répondre à un questionnaire. D'eux-mêmes, ils n'étaient que 54% à considérer qu'il s'agissait d'une urgence "vraie" et 42% à reconnaître que leur passage aux urgences était injustifié. Mais à l'inverse, 11% de ceux pensant relever d'une urgence "relative" avaient en réalité une urgence "vraie".
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