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DE PREMIERS ÉTATS GÉNÉRAUX DE LA MÉDECINE INTENSIVE-RÉANIMATION POUR MIEUX DÉFINIR LA DISCIPLINE ET CONSTRUIRE SON AVENIR
RENNES, BORDEAUX, 11 mars 2026 (APMnews) - Le Conseil national professionnel de médecine intensive-réanimation (CNP-MIR) et la Société de réanimation de langue française (SRLF) organisent, de mercredi à vendredi à Bordeaux, les premiers états généraux de la discipline, visant à préciser son identité et ses missions et à construire son avenir.
L'événement, qui se déroule sur trois jours, se conclura par la formulation de propositions structurantes à destination des pouvoirs publics, dans un livre blanc de synthèse des travaux, prévu dans la deuxième quinzaine de juin, a précisé le Pr Nicolas Terzi (CHU de Rennes), président du CNP-MIR, lors d'une interview à APMnews, avec le Pr Olivier Brissaud (CHU de Bordeaux), vice-président du CNP-MIR.
Près de 10 ans après la création (en 2017) du diplôme d'études spécialisées (DES) de médecine intensive-réanimation avec la réforme du troisième cycle des études médicales, "on a souhaité faire un état des lieux pour essayer de construire l'avenir de la discipline, mais aussi avoir un regard sur les forces qui sont les nôtres, et les faiblesses d'un système de santé qui est en difficulté, avec une activité de réanimation, de soins critiques au sens large, qui est coûteuse pour les établissements, mais qui permet de faire énormément d'activités qui, sans leur présence, ne pourraient pas avoir lieu", comme l'hématologie, la cancérologie ou la chirurgie, explique le Pr Terzi.
Les thématiques choisies, traitées au sein de groupes de travail, portent sur l'attractivité de la discipline, la longévité des soignants en réanimation, la façon d'enseigner la réanimation aux médecins ainsi qu'aux paramédicaux, la recherche et l'innovation en réanimation et en particulier la place de l'intelligence artificielle (IA), la permanence des soins dans ces unités nécessitant du personnel spécifiquement formé 24 heures sur 24, l'expertise de la médecine intensive-réanimation au sein de l'hôpital. Il y aura aussi "un regard sur la réanimation pédiatrique, qui a des spécificités puisqu'elle s'exerce uniquement en CHU, avec un niveau assez élevé de prise en charge".
Mais d'abord, "on a choisi de définir ce que l'on mettait derrière 'médecine intensive-réanimation'", car la discipline s'interroge sur une prise en charge plus précoce des malades dans les services, avant la survenue de défaillances d'organes. "Beaucoup de données de la littérature scientifique montrent que plus on prend tôt les malades, plus on évite la morbidité et la mortalité."
Réfléchir sur à partir de quand il faut prendre en charge les patients
L'objectif est d'"essayer de mettre en avant toute cette spécificité médicale qui est celle de la médecine intensive et que l'on se mette d'accord collectivement sur les profils de malades dont on parle, puisque maintenant, les soins critiques sont organisés de telle manière qu'il y a des soins intensifs polyvalents, accolés à des services de réanimation gérés par des réanimateurs, et on a une spécificité médicale très forte avec une prise en charge de malades de plus en plus précocement avant d'arriver à la défaillance", explique le Pr Terzi.
Il s'agit de savoir "ce que l'on entend par 'prendre tôt les malades'. Est-ce qu'il faut être vraiment très précautionneux, prendre les malades à la moindre défaillance ou avant même? Et qu'est-ce que les spécialistes attendent de nous dans la prise en charge de ces patients?"
"On est sollicité très en amont de la prise en charge de ces malades, dans les projets de soins, dans les réunions de concertation pluridisciplinaires, où on associe les réanimateurs pour pouvoir définir le parcours du malade, ce qu'il va se passer quand il va faire une complication." C'est tout l'enjeu de la maquette du diplôme d'études spécialisées (DES), qui a une "coloration médicale très forte", "avec des internes qui vont dans plein de spécialités différentes, justement pour pouvoir apprécier ce qu'est un malade chronique avec des comorbidités, quand est-ce qu'il va falloir se poser la question de l'admettre ou pas et quels sont les éléments qui sont raisonnables".
Le modèle français est très particulier: contrairement aux autres pays, il n'y a pas de distinction de niveaux de réanimation différents en fonction du nombre de défaillances des patients. Les médecins de réanimation en France prennent en charge le patient de façon globale et ont une compétence globale, rappelle-t-il.
Les décrets de 2022 ont défini le périmètre des soins critiques, ce qu'est un service de soins critiques ou de réanimation. Les discussions qui vont se dérouler lors des ateliers des états généraux vont permettre, en quelque sorte, une "appropriation", "c'est-à-dire, au fond, derrière ces définitions un peu théoriques en termes de gravité des patients, qu'est-ce que les soignants, eux, mettent comme définition. Et ça sera sans doute assez différent", a analysé le Pr Brissaud.
Le niveau de gravité entrera évidemment en compte, mais il va être aussi question de technicité et d'humanité, "des éléments très intéressants qui méritent que l'on aille au bout de cette réflexion pour mieux définir notre travail". Les équipes médicales et paramédicales en réanimation s'occupent du malade, mais aussi des proches, ce qui "est difficile à faire comprendre" aux dirigeants. "On ne peut pas faire de la réanimation en se basant uniquement sur les gestes techniques."
La prise en compte de cette spécificité constitue un enjeu quant au financement, "car elle est difficile à mesurer, à quantifier, mais fait partie du quotidien des réanimateurs".
Et si, finalement, la stratégie implique de prendre en charge les patients avant qu'ils soient en défaillance, pour améliorer la survie et la qualité de vie, "cela va bouleverser nos organisations de soins, parce qu'on n'est pas du tout organisés comme ça aujourd'hui", prévoit-il.
Expertise post-réanimation
"On s'est longtemps concentrés, pour notre activité, sur ce qu'il se passait au moment du séjour en réanimation, avec le traitement des défaillances d'organes, etc. Maintenant, on est arrivés à une situation où les taux de mortalité de nos patients sont stables […]. On a l'impression que l'on a atteint un certain palier en termes de possibilités de réduire la mortalité", poursuit le Pr Terzi.
"Mais ce que l'on voit de plus en plus, c'est la morbidité induite par le séjour en réanimation, avec des malades qui mettent souvent très longtemps à récupérer après leur séjour, pour lesquels il y a de vrais enjeux en termes de stress post-traumatique après la réanimation, de troubles fonctionnels divers et variés, musculaires, ou de reprise du travail très difficile, etc."
La discipline s'est tournée vers le post-réanimation, mais la question se pose de savoir si cela fait partie de l'activité des réanimateurs. "Un certain nombre d'entre nous sommes persuadés que oui, parce que les seuls à pouvoir bien comprendre ce qui se passe après, ce sont ceux qui travaillent pendant l'hospitalisation du malade et cela permet d'avoir quand même beaucoup d'éléments sur le vécu post-réanimation quand on sait exactement comment cela se traite de l'intérieur."
Il y a donc une activité qui se développe au-delà même des services de réanimation. Les réanimateurs sont ainsi beaucoup sollicités par leurs collègues au quotidien "pour évaluer la gravité des malades, pour discuter de questions éthiques sur le bien-fondé d'admettre ou de ne pas admettre un malade en réanimation".
En outre, "beaucoup de notre activité se tourne maintenant vers la consultation post-réanimation, vers l'hôpital de jour post-réanimation, parce qu'il y a une morbidité induite par la réanimation qui est présente et qui nécessite que l'on s'en préoccupe".
"De vrais enjeux" liés à l'intelligence artificielle
La place de l'IA dans la prise en charge des patients de réanimation sera également l'une des thématiques abordées.
Les services de soins intensifs et réanimation "génèrent énormément de données puisque les malades sont surveillés au quotidien de façon très importante, donc on a beaucoup de données biologiques, de surveillance clinique. Il y a de vrais enjeux à savoir si l'intelligence artificielle peut aider à prédire, par exemple, l'aggravation d'un malade qui est déjà hospitalisé en réanimation, si elle va permettre de modifier la prise en charge, etc. Ce sont des éléments qui vont être discutés", explique le Pr Terzi.
Les travaux tourneront aussi autour du modèle de recherche souhaité pour pouvoir réaliser rapidement des études cliniques, à la lumière de ce qui a été fait pendant la crise du Covid-19.
"On a des modèles qui ne sont pas conçus forcément pour avoir une recherche dans l'urgence", or "on l'a bien vu, il y a plein de leviers qui se sont levés pendant la crise Covid, pour justement favoriser les protocoles de recherche clinique et pour pouvoir avoir des réponses assez rapidement à des questions cliniques", a-t-il souligné.
cd/lb/APMnews
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RENNES, BORDEAUX, 11 mars 2026 (APMnews) - Le Conseil national professionnel de médecine intensive-réanimation (CNP-MIR) et la Société de réanimation de langue française (SRLF) organisent, de mercredi à vendredi à Bordeaux, les premiers états généraux de la discipline, visant à préciser son identité et ses missions et à construire son avenir.
L'événement, qui se déroule sur trois jours, se conclura par la formulation de propositions structurantes à destination des pouvoirs publics, dans un livre blanc de synthèse des travaux, prévu dans la deuxième quinzaine de juin, a précisé le Pr Nicolas Terzi (CHU de Rennes), président du CNP-MIR, lors d'une interview à APMnews, avec le Pr Olivier Brissaud (CHU de Bordeaux), vice-président du CNP-MIR.
Près de 10 ans après la création (en 2017) du diplôme d'études spécialisées (DES) de médecine intensive-réanimation avec la réforme du troisième cycle des études médicales, "on a souhaité faire un état des lieux pour essayer de construire l'avenir de la discipline, mais aussi avoir un regard sur les forces qui sont les nôtres, et les faiblesses d'un système de santé qui est en difficulté, avec une activité de réanimation, de soins critiques au sens large, qui est coûteuse pour les établissements, mais qui permet de faire énormément d'activités qui, sans leur présence, ne pourraient pas avoir lieu", comme l'hématologie, la cancérologie ou la chirurgie, explique le Pr Terzi.
Les thématiques choisies, traitées au sein de groupes de travail, portent sur l'attractivité de la discipline, la longévité des soignants en réanimation, la façon d'enseigner la réanimation aux médecins ainsi qu'aux paramédicaux, la recherche et l'innovation en réanimation et en particulier la place de l'intelligence artificielle (IA), la permanence des soins dans ces unités nécessitant du personnel spécifiquement formé 24 heures sur 24, l'expertise de la médecine intensive-réanimation au sein de l'hôpital. Il y aura aussi "un regard sur la réanimation pédiatrique, qui a des spécificités puisqu'elle s'exerce uniquement en CHU, avec un niveau assez élevé de prise en charge".
Mais d'abord, "on a choisi de définir ce que l'on mettait derrière 'médecine intensive-réanimation'", car la discipline s'interroge sur une prise en charge plus précoce des malades dans les services, avant la survenue de défaillances d'organes. "Beaucoup de données de la littérature scientifique montrent que plus on prend tôt les malades, plus on évite la morbidité et la mortalité."
Réfléchir sur à partir de quand il faut prendre en charge les patients
L'objectif est d'"essayer de mettre en avant toute cette spécificité médicale qui est celle de la médecine intensive et que l'on se mette d'accord collectivement sur les profils de malades dont on parle, puisque maintenant, les soins critiques sont organisés de telle manière qu'il y a des soins intensifs polyvalents, accolés à des services de réanimation gérés par des réanimateurs, et on a une spécificité médicale très forte avec une prise en charge de malades de plus en plus précocement avant d'arriver à la défaillance", explique le Pr Terzi.
Il s'agit de savoir "ce que l'on entend par 'prendre tôt les malades'. Est-ce qu'il faut être vraiment très précautionneux, prendre les malades à la moindre défaillance ou avant même? Et qu'est-ce que les spécialistes attendent de nous dans la prise en charge de ces patients?"
"On est sollicité très en amont de la prise en charge de ces malades, dans les projets de soins, dans les réunions de concertation pluridisciplinaires, où on associe les réanimateurs pour pouvoir définir le parcours du malade, ce qu'il va se passer quand il va faire une complication." C'est tout l'enjeu de la maquette du diplôme d'études spécialisées (DES), qui a une "coloration médicale très forte", "avec des internes qui vont dans plein de spécialités différentes, justement pour pouvoir apprécier ce qu'est un malade chronique avec des comorbidités, quand est-ce qu'il va falloir se poser la question de l'admettre ou pas et quels sont les éléments qui sont raisonnables".
Le modèle français est très particulier: contrairement aux autres pays, il n'y a pas de distinction de niveaux de réanimation différents en fonction du nombre de défaillances des patients. Les médecins de réanimation en France prennent en charge le patient de façon globale et ont une compétence globale, rappelle-t-il.
Les décrets de 2022 ont défini le périmètre des soins critiques, ce qu'est un service de soins critiques ou de réanimation. Les discussions qui vont se dérouler lors des ateliers des états généraux vont permettre, en quelque sorte, une "appropriation", "c'est-à-dire, au fond, derrière ces définitions un peu théoriques en termes de gravité des patients, qu'est-ce que les soignants, eux, mettent comme définition. Et ça sera sans doute assez différent", a analysé le Pr Brissaud.
Le niveau de gravité entrera évidemment en compte, mais il va être aussi question de technicité et d'humanité, "des éléments très intéressants qui méritent que l'on aille au bout de cette réflexion pour mieux définir notre travail". Les équipes médicales et paramédicales en réanimation s'occupent du malade, mais aussi des proches, ce qui "est difficile à faire comprendre" aux dirigeants. "On ne peut pas faire de la réanimation en se basant uniquement sur les gestes techniques."
La prise en compte de cette spécificité constitue un enjeu quant au financement, "car elle est difficile à mesurer, à quantifier, mais fait partie du quotidien des réanimateurs".
Et si, finalement, la stratégie implique de prendre en charge les patients avant qu'ils soient en défaillance, pour améliorer la survie et la qualité de vie, "cela va bouleverser nos organisations de soins, parce qu'on n'est pas du tout organisés comme ça aujourd'hui", prévoit-il.
Expertise post-réanimation
"On s'est longtemps concentrés, pour notre activité, sur ce qu'il se passait au moment du séjour en réanimation, avec le traitement des défaillances d'organes, etc. Maintenant, on est arrivés à une situation où les taux de mortalité de nos patients sont stables […]. On a l'impression que l'on a atteint un certain palier en termes de possibilités de réduire la mortalité", poursuit le Pr Terzi.
"Mais ce que l'on voit de plus en plus, c'est la morbidité induite par le séjour en réanimation, avec des malades qui mettent souvent très longtemps à récupérer après leur séjour, pour lesquels il y a de vrais enjeux en termes de stress post-traumatique après la réanimation, de troubles fonctionnels divers et variés, musculaires, ou de reprise du travail très difficile, etc."
La discipline s'est tournée vers le post-réanimation, mais la question se pose de savoir si cela fait partie de l'activité des réanimateurs. "Un certain nombre d'entre nous sommes persuadés que oui, parce que les seuls à pouvoir bien comprendre ce qui se passe après, ce sont ceux qui travaillent pendant l'hospitalisation du malade et cela permet d'avoir quand même beaucoup d'éléments sur le vécu post-réanimation quand on sait exactement comment cela se traite de l'intérieur."
Il y a donc une activité qui se développe au-delà même des services de réanimation. Les réanimateurs sont ainsi beaucoup sollicités par leurs collègues au quotidien "pour évaluer la gravité des malades, pour discuter de questions éthiques sur le bien-fondé d'admettre ou de ne pas admettre un malade en réanimation".
En outre, "beaucoup de notre activité se tourne maintenant vers la consultation post-réanimation, vers l'hôpital de jour post-réanimation, parce qu'il y a une morbidité induite par la réanimation qui est présente et qui nécessite que l'on s'en préoccupe".
"De vrais enjeux" liés à l'intelligence artificielle
La place de l'IA dans la prise en charge des patients de réanimation sera également l'une des thématiques abordées.
Les services de soins intensifs et réanimation "génèrent énormément de données puisque les malades sont surveillés au quotidien de façon très importante, donc on a beaucoup de données biologiques, de surveillance clinique. Il y a de vrais enjeux à savoir si l'intelligence artificielle peut aider à prédire, par exemple, l'aggravation d'un malade qui est déjà hospitalisé en réanimation, si elle va permettre de modifier la prise en charge, etc. Ce sont des éléments qui vont être discutés", explique le Pr Terzi.
Les travaux tourneront aussi autour du modèle de recherche souhaité pour pouvoir réaliser rapidement des études cliniques, à la lumière de ce qui a été fait pendant la crise du Covid-19.
"On a des modèles qui ne sont pas conçus forcément pour avoir une recherche dans l'urgence", or "on l'a bien vu, il y a plein de leviers qui se sont levés pendant la crise Covid, pour justement favoriser les protocoles de recherche clinique et pour pouvoir avoir des réponses assez rapidement à des questions cliniques", a-t-il souligné.
cd/lb/APMnews
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