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16/03 2026
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HAUSSE DES PASSAGES AUX URGENCES LIÉS À UNE INTOXICATION AU PARACÉTAMOL, EN PARTICULIER CHEZ LES JEUNES FILLES

SAINT-MALO (Ille-et-Vilaine), 16 mars 2026 (APMnews) - Les passages aux urgences liés à une intoxication au paracétamol ont augmenté en France entre 2015 et 2024, une tendance observée chez les jeunes de 10-24 ans et de manière particulièrement marquée chez les filles de 10-14 ans, montre une étude présentée au congrès Evaluation, management, organisation, information, santé (Emois), vendredi à Saint-Malo.

En juin 2024, des cliniciens du Centre-Val de Loire et d'Occitanie ont signalé en France une hausse des intoxications volontaires au paracétamol chez les adolescents, dans un contexte évoquant un possible "défi paracétamol" sur les réseaux sociaux, rappellent Bernadette Verrat et ses collègues de Santé publique France (SPF) dans le diaporama de leur communication orale.


Début 2025, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) avait appelé à la vigilance face à ce phénomène qui semblait se répandre en Europe (cf dépêche du 19/02/2025 à 17:41). Les autorités belge et finlandaise ainsi que l'ordre des pharmaciens au Portugal ont lancé une nouvelle alerte en février, note-t-on.


Dans cette étude, les auteurs ont voulu vérifier ce signal. Pour cela, ils ont analysé l'évolution des passages aux urgences liés à une intoxication au paracétamol entre 2015 et 2024 à partir des données du réseau Oscour de 700 services d'urgences, couvrant 98% des passages.


Globalement, la part des passages aux urgences pour intoxication au paracétamol, en diagnostic principal ou associé (code CIM10 T39.1), apparaît augmenter légèrement entre 2015 et 2024, passant de 56,2% à 64,7% de l'ensemble des passages pour intoxication par analgésiques non opioïdes, antipyrétiques et antirhumatisants (code T39) et par dérivés, puis tend à se stabiliser, à 67,8% en 2024.


Cette année-là, un total de 7.062 passages aux urgences pour intoxication au paracétamol était dénombré.


En comparaison, les intoxications par d'autres analgésiques non opioïdes et antipyrétiques, non classés ailleurs (code T39.8), sont restées stables, de 13,3% à 12%, et les intoxications par analgésique non opioïde, antipyrétique et antirhumatismal, sans précision (code T39.9) ont diminué, de 30,3% à 19,9%.


L'analyse selon les sexes montre une différence nette, avec à la fois sur le taux annuel de passage aux urgences et le taux d'hospitalisation cinq fois plus élevé chez les femmes que chez les hommes. Chez les femmes, les intoxications au paracétamol sont globalement stables de 2015 jusqu'en 2020 puis augmentent de manière marquée en 2021 puis de nouveau en 2024.


Le taux annuel de passage aux urgences a évolué de 36 cas pour 100.000 en 2015 à 40,7 cas pour 100.000 en 2020 puis a progressé à 50,5 cas en 2021 et à 61,4 cas en 2024, contre un taux autour de 16 cas pour 100.000 environ chez les hommes. De manière parallèle, le taux des hospitalisations est passé de 118,5 à 131,5 cas pour 100.000 entre 2015 et 2020 puis a augmenté à 176,2 cas en 2021 et à 223,2 cas en 2024 (vs 50 cas pour 100.000 environ).


Les chercheurs ont ensuite examiné l'évolution des passages aux urgences par classe d'âge chez les hommes et les femmes.


Chez les premiers, le taux annuel est plus élevé chez les adolescents et les jeunes adultes, chez les 15-24 ans et dans une moindre mesure les 25-34 ans, par rapport aux autres groupes d'âge, avec une tendance à la hausse chez les 15-24 ans, passant de 34,4 cas pour 100.000 en 2015 à 51,7 cas en 2024. Les passages aux urgences pour intoxication au paracétamol étaient stables pour les autres classes d'âge.


Une hausse de 40% chez les filles de 10-14 ans en 2024


Du côté des femmes, les taux les plus élevés sont observés chez les 15-24 ans, suivies par les 10-14 ans, en hausse de 2015 à 2024, avec en particulier un doublement du taux entre 2020 et 2021 chez les 10-14 ans jusqu'à rattraper le niveau des 15-24 ans, puis une nouvelle hausse marquée en 2024 (+40%).


Chez les plus jeunes, le taux annuel des passages aux urgences pour intoxication au paracétamol est passé de 72,2 cas pour 100.000 en 2015 à 97,9 cas en 2020 puis a bondi à 195,2 cas en 2021, dépassant alors celui des 15-24 ans, et à 265,1 cas en 2024. Chez les 15-24 ans, ce taux est passé de 114,7 cas pour 100.000 en 2015 à 140,1 cas en 2020, avec ensuite une forte progression également mais linéaire, progressant à 178,8 cas en 2021 et à 235,1 cas en 2024.


Les taux sont inférieurs à 50 cas pour 100.000 et stables sur la période d'étude pour les autres groupes.


Les chercheurs ont analysé les données hebdomadaires des filles de 10-14 ans sur 2020-2024 et il apparaît que le nombre moyen de passages aux urgences est de 30 par semaine, avec une dynamique qui suit l'activité scolaire et des valeurs plus faibles pendant les vacances.


En outre, les effectifs sont plus importants en 2024 par rapport aux trois années précédentes, notamment après le retour des vacances scolaires de la Toussaint. Dans 80% des cas, les passages aux urgences sont suivis d'une hospitalisation, une tendance qui est stable au cours de ces quatre années.


Cette étude montre une hausse tendancielle des passages aux urgences pour intoxications au paracétamol en France chez les jeunes (15-24 ans) et particulièrement accrue depuis 2021 chez les femmes de 10-14 ans, avec une forte accentuation en 2024.


Cependant, en l'absence de connaissance des circonstances des recours aux urgences, rien ne permet d'établir un lien avec les signalements de défis avec le paracétamol sur les réseaux sociaux, commentent les chercheurs.


En revanche, la tendance observée s'inscrit dans un contexte de détérioration de la santé mentale des adolescents depuis la pandémie de Covid-19, avec en particulier une hausse des recours pour idées suicidaires chez les jeunes filles (cf dépêche du 05/02/2024 à 17:07 et dépêche du 12/05/2025 à 16:41).


En février 2025, l'émission Tech&Co sur BFM avait interrogé le réseau social TikTok, qui n'avait pas retrouvé de vidéo avec un tel challenge ou incitant à le faire mais de nombreuses vidéos mettant en garde contre ce défi et les risques liés à une surdose de paracétamol, note-t-on.


ld/nc/APMnews

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SAINT-MALO (Ille-et-Vilaine), 16 mars 2026 (APMnews) - Les passages aux urgences liés à une intoxication au paracétamol ont augmenté en France entre 2015 et 2024, une tendance observée chez les jeunes de 10-24 ans et de manière particulièrement marquée chez les filles de 10-14 ans, montre une étude présentée au congrès Evaluation, management, organisation, information, santé (Emois), vendredi à Saint-Malo.

En juin 2024, des cliniciens du Centre-Val de Loire et d'Occitanie ont signalé en France une hausse des intoxications volontaires au paracétamol chez les adolescents, dans un contexte évoquant un possible "défi paracétamol" sur les réseaux sociaux, rappellent Bernadette Verrat et ses collègues de Santé publique France (SPF) dans le diaporama de leur communication orale.


Début 2025, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) avait appelé à la vigilance face à ce phénomène qui semblait se répandre en Europe (cf dépêche du 19/02/2025 à 17:41). Les autorités belge et finlandaise ainsi que l'ordre des pharmaciens au Portugal ont lancé une nouvelle alerte en février, note-t-on.


Dans cette étude, les auteurs ont voulu vérifier ce signal. Pour cela, ils ont analysé l'évolution des passages aux urgences liés à une intoxication au paracétamol entre 2015 et 2024 à partir des données du réseau Oscour de 700 services d'urgences, couvrant 98% des passages.


Globalement, la part des passages aux urgences pour intoxication au paracétamol, en diagnostic principal ou associé (code CIM10 T39.1), apparaît augmenter légèrement entre 2015 et 2024, passant de 56,2% à 64,7% de l'ensemble des passages pour intoxication par analgésiques non opioïdes, antipyrétiques et antirhumatisants (code T39) et par dérivés, puis tend à se stabiliser, à 67,8% en 2024.


Cette année-là, un total de 7.062 passages aux urgences pour intoxication au paracétamol était dénombré.


En comparaison, les intoxications par d'autres analgésiques non opioïdes et antipyrétiques, non classés ailleurs (code T39.8), sont restées stables, de 13,3% à 12%, et les intoxications par analgésique non opioïde, antipyrétique et antirhumatismal, sans précision (code T39.9) ont diminué, de 30,3% à 19,9%.


L'analyse selon les sexes montre une différence nette, avec à la fois sur le taux annuel de passage aux urgences et le taux d'hospitalisation cinq fois plus élevé chez les femmes que chez les hommes. Chez les femmes, les intoxications au paracétamol sont globalement stables de 2015 jusqu'en 2020 puis augmentent de manière marquée en 2021 puis de nouveau en 2024.


Le taux annuel de passage aux urgences a évolué de 36 cas pour 100.000 en 2015 à 40,7 cas pour 100.000 en 2020 puis a progressé à 50,5 cas en 2021 et à 61,4 cas en 2024, contre un taux autour de 16 cas pour 100.000 environ chez les hommes. De manière parallèle, le taux des hospitalisations est passé de 118,5 à 131,5 cas pour 100.000 entre 2015 et 2020 puis a augmenté à 176,2 cas en 2021 et à 223,2 cas en 2024 (vs 50 cas pour 100.000 environ).


Les chercheurs ont ensuite examiné l'évolution des passages aux urgences par classe d'âge chez les hommes et les femmes.


Chez les premiers, le taux annuel est plus élevé chez les adolescents et les jeunes adultes, chez les 15-24 ans et dans une moindre mesure les 25-34 ans, par rapport aux autres groupes d'âge, avec une tendance à la hausse chez les 15-24 ans, passant de 34,4 cas pour 100.000 en 2015 à 51,7 cas en 2024. Les passages aux urgences pour intoxication au paracétamol étaient stables pour les autres classes d'âge.


Une hausse de 40% chez les filles de 10-14 ans en 2024


Du côté des femmes, les taux les plus élevés sont observés chez les 15-24 ans, suivies par les 10-14 ans, en hausse de 2015 à 2024, avec en particulier un doublement du taux entre 2020 et 2021 chez les 10-14 ans jusqu'à rattraper le niveau des 15-24 ans, puis une nouvelle hausse marquée en 2024 (+40%).


Chez les plus jeunes, le taux annuel des passages aux urgences pour intoxication au paracétamol est passé de 72,2 cas pour 100.000 en 2015 à 97,9 cas en 2020 puis a bondi à 195,2 cas en 2021, dépassant alors celui des 15-24 ans, et à 265,1 cas en 2024. Chez les 15-24 ans, ce taux est passé de 114,7 cas pour 100.000 en 2015 à 140,1 cas en 2020, avec ensuite une forte progression également mais linéaire, progressant à 178,8 cas en 2021 et à 235,1 cas en 2024.


Les taux sont inférieurs à 50 cas pour 100.000 et stables sur la période d'étude pour les autres groupes.


Les chercheurs ont analysé les données hebdomadaires des filles de 10-14 ans sur 2020-2024 et il apparaît que le nombre moyen de passages aux urgences est de 30 par semaine, avec une dynamique qui suit l'activité scolaire et des valeurs plus faibles pendant les vacances.


En outre, les effectifs sont plus importants en 2024 par rapport aux trois années précédentes, notamment après le retour des vacances scolaires de la Toussaint. Dans 80% des cas, les passages aux urgences sont suivis d'une hospitalisation, une tendance qui est stable au cours de ces quatre années.


Cette étude montre une hausse tendancielle des passages aux urgences pour intoxications au paracétamol en France chez les jeunes (15-24 ans) et particulièrement accrue depuis 2021 chez les femmes de 10-14 ans, avec une forte accentuation en 2024.


Cependant, en l'absence de connaissance des circonstances des recours aux urgences, rien ne permet d'établir un lien avec les signalements de défis avec le paracétamol sur les réseaux sociaux, commentent les chercheurs.


En revanche, la tendance observée s'inscrit dans un contexte de détérioration de la santé mentale des adolescents depuis la pandémie de Covid-19, avec en particulier une hausse des recours pour idées suicidaires chez les jeunes filles (cf dépêche du 05/02/2024 à 17:07 et dépêche du 12/05/2025 à 16:41).


En février 2025, l'émission Tech&Co sur BFM avait interrogé le réseau social TikTok, qui n'avait pas retrouvé de vidéo avec un tel challenge ou incitant à le faire mais de nombreuses vidéos mettant en garde contre ce défi et les risques liés à une surdose de paracétamol, note-t-on.


ld/nc/APMnews