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L'USAGE DÉTOURNÉ DE PROTOXYDE D'AZOTE, UN PROBLÈME DE SANTÉ PUBLIQUE DÉSORMAIS BIEN INSTALLÉ EN FRANCE
LILLE, 27 mars 2026 (APMnews) - L'usage détourné de protoxyde d'azote à des fins récréatives est un phénomène qui continue à prendre de l'ampleur en France et qui constitue désormais un véritable "problème de santé publique" face auquel la réponse "ne peut être que collective", a estimé Guillaume Grzych, biologiste au CHU de Lille et président de l'association Protoside, jeudi lors du congrès NOXForum organisé à Lille.
Ce congrès est "le premier en France, en Europe et dans le monde à exister sur cette thématique", a fait valoir sa présidente, Cécile Bossaert, cheffe de clinique au CHU de Lille et membre de la société française de médecine d'urgence (SFMU), lors d'un point presse organisé au conseil régional de Lille, où se tenait le congrès jusqu'à vendredi.
L'objectif avancé est de "fédérer tous les acteurs impliqués dans la prévention et la prise en charge des intoxications au protoxyde d'azote, en favorisant les échanges entre professionnels de santé, chercheurs, institutions et associations, pour améliorer la coordination, renforcer les connaissances et impulser des actions concrètes à l'échelle nationale".
Il est organisé par Protoside (Plateformes et réseaux pour l'orientation, le traitement et l'organisation des soins des intoxications au N₂O, diagnostic et éducation), un réseau associatif fondé en février 2024 qui compte désormais 940 membres, a souligné Guillaume Grzych. Le travail des équipes lilloises sur le protoxyde d'azote est désormais mondialement reconnu, a-t-il fait valoir, évoquant notamment la publication fin 2025 de recommandations de prise en charge élaborées avec plusieurs sociétés savantes.
L'une des missions de Protoside est de former les soignants à la reconnaissance des troubles associés à la consommation de protoxyde d'azote et de développer des filières de soins un peu partout sur le territoire pour permettre une prise en charge complète des patients, dans l'objectif de leur garantir un accès rapide au diagnostic, à des traitements adaptés et à un accompagnement personnalisé.
Actuellement, 10 centres de compétence avec des équipes pluridisciplinaires spécialisées sont installés ou en cours de structuration en métropole, et "notre idée folle pour cette année est d'arriver à au moins un centre de compétence dans chaque région", a exposé Guillaume Grzych.
L'usage détourné de protoxyde d'azote à des fins récréatives est "maintenant devenu un véritable problème de santé publique, ce n'est plus une émergence! Et la réponse ne peut être que collective", a-t-il insisté lors de la séance d'ouverture du congrès.
Des campagnes de prévention "améliorables"
C'est à partir de 2020 qu'a été observée en France une "explosion des consultations pour mésusage" de ce gaz normalement destiné à un usage médical (en tant que produit anesthésiant) et culinaire (comme propulseur dans les aérosols, notamment dans les siphons culinaires à chantilly), a rappelé Bruno Mégarbane, chef du service de réanimation-médecine intensive de l'hôpital Lariboisière à Paris (AP-HP) et membre de Protoside, lors d'une présentation sur la toxicité du protoxyde d'azote.
Les différents chiffres disponibles montrent une hausse des usages et des complications associées mais il faut avoir conscience que ceci ne représente que la "face émergée de l'iceberg", a pointé Guillaume Grzych, évoquant le manque de formation médicale pour le repérage des cas et le défaut d'exhaustivité des signalements remontés à l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).
Rien que pour la métropole lilloise, ce sont 200 à 300 patients qui sont hospitalisés chaque année du fait d'une consommation de protoxyde d'azote, et "on en voit plus qu'avant", a témoigné Cécile Bossaert, précisant que la majorité des patients qui consultent pour ce motif sont pris en charge en ambulatoire et ne sont pas hospitalisés.
Plusieurs raisons expliquent cette recrudescence, comme le fait que c'est un produit peu cher, très facilement accessible sur internet, qui est associé à une image festive et qui donne l'impression d'être sans risque pour la santé.
Les campagnes de prévention mises en place, encore "améliorables", ne font pas le poids face à des "industriels extrêmement agressifs en termes de marketing" et aux posts de "certains influenceurs santé qui expliquent que ce n'est pas dangereux d'en consommer", a déploré Cécile Bossaert, estimant que "l'Etat ne met pas les moyens et ne va pas assez vite".
"Il faut déconstruire l'image de gaz hilarant" associée au protoxyde d'azote, a également estimé Alexandra Boucher, responsable du centre d'addictovigilance de Lyon, venue présenter une synthèse des signalements remontés ces dernières années en lien avec la consommation de ce produit.
C'est en 2017 que le suivi national d'addictovigilance a été ouvert, en raison de la notification d'un cas de myélite cervicale aiguë chez un homme de 24 ans, a-t-elle rappelé. Le nombre de cas rapportés a progressivement augmenté au fil des ans, passant de 10 en 2018 à 37 en 2019 et 120 en 2020, puis une forte hausse a été observée en 2021-2022 avec environ 340 cas annuels, et 458 en 2023.
Des complications neurologiques, psychiatriques, cardiovasculaires… et une addiction forte
Les données disponibles les plus récentes sont celles de 2024, avec 522 notifications colligées par les centres d'addictovigilance. L'analyse détaillée de leurs caractéristiques a révélé qu'il s'agissait de cas graves "en majorité". La consommation de protoxyde d'azote était quotidienne dans 60% des cas, durait depuis 1,5 an en moyenne, et 90% des patients avaient utilisé des bonbonnes (dont la capacité équivaut à celle de plus de 200 cartouches).
L'âge moyen était de 22 ans, avec 10% de mineurs et une majorité de sujets masculins (56%). Des complications sanitaires étaient observées sur le plan addictologique (90% des cas), neurologique (80%), psychiatrique (15%) et cardiovasculaire (moins de 10%). Alexandra Boucher a fait savoir qu'une prise en charge addictologique avait été proposée dans 15% des cas, avec 15% de refus et 10% de récidive.
Les données issues du dispositif DRAMES, qui porte sur les cas de décès liés à l'usage abusif des substances psychoactives, ont révélé qu'un décès était survenu en 2024 en lien avec la consommation de protoxyde, chez une personne qui prenait également d'autres produits, a rapporté Alexandra Boucher, précisant que ces signalements ne tenaient pas compte des accidents de la route.
Les données des centres antipoison (CAP) sur les cas d'exposition au protoxyde dans un contexte d'usage détourné à visée récréative, présentées par Cécile Chevallier du CAP de Lyon, montrent également un "gros décrochage à partir de 2019" suivi d'un plateau autour de 300 appels par an.
En 2024, 322 appels ont ainsi été comptabilisés, dont 11% étaient de "gravité forte". L'âge médian des personnes concernées était de 21 ans, avec une majorité de femmes avant l'âge de 18 ans et une majorité d'hommes ensuite. Ils présentaient des atteintes principalement neurologiques/neuromusculaires (64% des cas) mais aussi psychiatriques (13%), digestives (9%) ou encore générales (5%; de type asthénie, malaise ou perte de connaissance brève).
S'agissant de la prise en charge, "le premier conseil est d'arrêter la consommation" afin d'éviter les complications aiguës, a noté Bruno Mégarbane, insistant sur le besoin de mettre en place un suivi addictologique.
"On sait que la pierre angulaire est le sevrage total et définitif", a noté pour sa part Cécile Bossaert, précisant que "parmi ceux qui réussissent à arrêter", seuls 30% à 40% ne conservent aucune séquelle.
Le caractère festif de la consommation peut "très rapidement évoluer" vers une consommation isolée, chez soi, avec une entrée dans "le cercle vicieux de l'addiction", a ajouté Guillaume Grzych, témoignant du fait qu'"énormément" de patients ayant récupéré de troubles neurologiques finissaient par rechuter et reprendre un niveau de consommation encore plus important.
S'agissant du projet de loi présenté mercredi par le ministre de l'intérieur, Laurent Nuñez, dont l'objectif est de créer un délit passible d'un an d'emprisonnement et de 3.750 euros d'amende en cas d'usage détourné de protoxyde d'azote à des fins récréatives (cf dépêche du 26/03/2026 à 08:20), le président de Protoside a estimé que c'était "déjà un bon signal" mais qu'il fallait surtout améliorer la prévention pour éviter que le nombre d'intoxications ne baisse que de façon transitoire.
sb/cb/APMnews
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LILLE, 27 mars 2026 (APMnews) - L'usage détourné de protoxyde d'azote à des fins récréatives est un phénomène qui continue à prendre de l'ampleur en France et qui constitue désormais un véritable "problème de santé publique" face auquel la réponse "ne peut être que collective", a estimé Guillaume Grzych, biologiste au CHU de Lille et président de l'association Protoside, jeudi lors du congrès NOXForum organisé à Lille.
Ce congrès est "le premier en France, en Europe et dans le monde à exister sur cette thématique", a fait valoir sa présidente, Cécile Bossaert, cheffe de clinique au CHU de Lille et membre de la société française de médecine d'urgence (SFMU), lors d'un point presse organisé au conseil régional de Lille, où se tenait le congrès jusqu'à vendredi.
L'objectif avancé est de "fédérer tous les acteurs impliqués dans la prévention et la prise en charge des intoxications au protoxyde d'azote, en favorisant les échanges entre professionnels de santé, chercheurs, institutions et associations, pour améliorer la coordination, renforcer les connaissances et impulser des actions concrètes à l'échelle nationale".
Il est organisé par Protoside (Plateformes et réseaux pour l'orientation, le traitement et l'organisation des soins des intoxications au N₂O, diagnostic et éducation), un réseau associatif fondé en février 2024 qui compte désormais 940 membres, a souligné Guillaume Grzych. Le travail des équipes lilloises sur le protoxyde d'azote est désormais mondialement reconnu, a-t-il fait valoir, évoquant notamment la publication fin 2025 de recommandations de prise en charge élaborées avec plusieurs sociétés savantes.
L'une des missions de Protoside est de former les soignants à la reconnaissance des troubles associés à la consommation de protoxyde d'azote et de développer des filières de soins un peu partout sur le territoire pour permettre une prise en charge complète des patients, dans l'objectif de leur garantir un accès rapide au diagnostic, à des traitements adaptés et à un accompagnement personnalisé.
Actuellement, 10 centres de compétence avec des équipes pluridisciplinaires spécialisées sont installés ou en cours de structuration en métropole, et "notre idée folle pour cette année est d'arriver à au moins un centre de compétence dans chaque région", a exposé Guillaume Grzych.
L'usage détourné de protoxyde d'azote à des fins récréatives est "maintenant devenu un véritable problème de santé publique, ce n'est plus une émergence! Et la réponse ne peut être que collective", a-t-il insisté lors de la séance d'ouverture du congrès.
Des campagnes de prévention "améliorables"
C'est à partir de 2020 qu'a été observée en France une "explosion des consultations pour mésusage" de ce gaz normalement destiné à un usage médical (en tant que produit anesthésiant) et culinaire (comme propulseur dans les aérosols, notamment dans les siphons culinaires à chantilly), a rappelé Bruno Mégarbane, chef du service de réanimation-médecine intensive de l'hôpital Lariboisière à Paris (AP-HP) et membre de Protoside, lors d'une présentation sur la toxicité du protoxyde d'azote.
Les différents chiffres disponibles montrent une hausse des usages et des complications associées mais il faut avoir conscience que ceci ne représente que la "face émergée de l'iceberg", a pointé Guillaume Grzych, évoquant le manque de formation médicale pour le repérage des cas et le défaut d'exhaustivité des signalements remontés à l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).
Rien que pour la métropole lilloise, ce sont 200 à 300 patients qui sont hospitalisés chaque année du fait d'une consommation de protoxyde d'azote, et "on en voit plus qu'avant", a témoigné Cécile Bossaert, précisant que la majorité des patients qui consultent pour ce motif sont pris en charge en ambulatoire et ne sont pas hospitalisés.
Plusieurs raisons expliquent cette recrudescence, comme le fait que c'est un produit peu cher, très facilement accessible sur internet, qui est associé à une image festive et qui donne l'impression d'être sans risque pour la santé.
Les campagnes de prévention mises en place, encore "améliorables", ne font pas le poids face à des "industriels extrêmement agressifs en termes de marketing" et aux posts de "certains influenceurs santé qui expliquent que ce n'est pas dangereux d'en consommer", a déploré Cécile Bossaert, estimant que "l'Etat ne met pas les moyens et ne va pas assez vite".
"Il faut déconstruire l'image de gaz hilarant" associée au protoxyde d'azote, a également estimé Alexandra Boucher, responsable du centre d'addictovigilance de Lyon, venue présenter une synthèse des signalements remontés ces dernières années en lien avec la consommation de ce produit.
C'est en 2017 que le suivi national d'addictovigilance a été ouvert, en raison de la notification d'un cas de myélite cervicale aiguë chez un homme de 24 ans, a-t-elle rappelé. Le nombre de cas rapportés a progressivement augmenté au fil des ans, passant de 10 en 2018 à 37 en 2019 et 120 en 2020, puis une forte hausse a été observée en 2021-2022 avec environ 340 cas annuels, et 458 en 2023.
Des complications neurologiques, psychiatriques, cardiovasculaires… et une addiction forte
Les données disponibles les plus récentes sont celles de 2024, avec 522 notifications colligées par les centres d'addictovigilance. L'analyse détaillée de leurs caractéristiques a révélé qu'il s'agissait de cas graves "en majorité". La consommation de protoxyde d'azote était quotidienne dans 60% des cas, durait depuis 1,5 an en moyenne, et 90% des patients avaient utilisé des bonbonnes (dont la capacité équivaut à celle de plus de 200 cartouches).
L'âge moyen était de 22 ans, avec 10% de mineurs et une majorité de sujets masculins (56%). Des complications sanitaires étaient observées sur le plan addictologique (90% des cas), neurologique (80%), psychiatrique (15%) et cardiovasculaire (moins de 10%). Alexandra Boucher a fait savoir qu'une prise en charge addictologique avait été proposée dans 15% des cas, avec 15% de refus et 10% de récidive.
Les données issues du dispositif DRAMES, qui porte sur les cas de décès liés à l'usage abusif des substances psychoactives, ont révélé qu'un décès était survenu en 2024 en lien avec la consommation de protoxyde, chez une personne qui prenait également d'autres produits, a rapporté Alexandra Boucher, précisant que ces signalements ne tenaient pas compte des accidents de la route.
Les données des centres antipoison (CAP) sur les cas d'exposition au protoxyde dans un contexte d'usage détourné à visée récréative, présentées par Cécile Chevallier du CAP de Lyon, montrent également un "gros décrochage à partir de 2019" suivi d'un plateau autour de 300 appels par an.
En 2024, 322 appels ont ainsi été comptabilisés, dont 11% étaient de "gravité forte". L'âge médian des personnes concernées était de 21 ans, avec une majorité de femmes avant l'âge de 18 ans et une majorité d'hommes ensuite. Ils présentaient des atteintes principalement neurologiques/neuromusculaires (64% des cas) mais aussi psychiatriques (13%), digestives (9%) ou encore générales (5%; de type asthénie, malaise ou perte de connaissance brève).
S'agissant de la prise en charge, "le premier conseil est d'arrêter la consommation" afin d'éviter les complications aiguës, a noté Bruno Mégarbane, insistant sur le besoin de mettre en place un suivi addictologique.
"On sait que la pierre angulaire est le sevrage total et définitif", a noté pour sa part Cécile Bossaert, précisant que "parmi ceux qui réussissent à arrêter", seuls 30% à 40% ne conservent aucune séquelle.
Le caractère festif de la consommation peut "très rapidement évoluer" vers une consommation isolée, chez soi, avec une entrée dans "le cercle vicieux de l'addiction", a ajouté Guillaume Grzych, témoignant du fait qu'"énormément" de patients ayant récupéré de troubles neurologiques finissaient par rechuter et reprendre un niveau de consommation encore plus important.
S'agissant du projet de loi présenté mercredi par le ministre de l'intérieur, Laurent Nuñez, dont l'objectif est de créer un délit passible d'un an d'emprisonnement et de 3.750 euros d'amende en cas d'usage détourné de protoxyde d'azote à des fins récréatives (cf dépêche du 26/03/2026 à 08:20), le président de Protoside a estimé que c'était "déjà un bon signal" mais qu'il fallait surtout améliorer la prévention pour éviter que le nombre d'intoxications ne baisse que de façon transitoire.
sb/cb/APMnews
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