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LE GHT CÔTE-D'OR-HAUTE-MARNE MÈNE DES COLLABORATIONS MÉDICALES "FRUCTUEUSES" MALGRÉ UNE PÉNURIE DE PERSONNELS
TALANT (Côte-d'Or), 8 avril 2026 (APMnews) - Le groupement hospitalier de territoire Côte-d'Or-Haute-Marne (GHT 21-52) a conduit en 10 ans des collaborations médicales "fructueuses" sur un territoire à dominante rurale et qui se caractérise par des tensions au niveau des recrutements, a affirmé Freddy Serveaux, directeur général du CHU Dijon Bourgogne, mardi 31 mars, à l'occasion d'une journée anniversaire du GHT à laquelle APMnews a pu assister.
"Je considère que notre GHT n'a pas à rougir de ses résultats. Nous avons travaillé ensemble sur les 90% des sujets qui nous rapprochent, versus les 10% à 20% de sujets sur lesquels il faut discuter de manière parfois plus serrée entre nous", a déclaré Freddy Serveaux, en préambule des échanges sur le bilan des actions menées depuis 2016 par le GHT 21-52.
Ce groupement, qui est à cheval sur deux régions (Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est), réunit 12 établissements de Côte-d'Or et de Haute-Marne, avec le CHU de Dijon Bourgogne pour établissement support.
"La présence d'un CHU dans un GHT peut être positive comme négative. Le GHT bénéficie de la force de ses équipes médicales et de ses expertises, mais le CHU peut avoir tendance -de son poids relatif très fort par rapport aux autres- à écraser ses partenaires, voire à concilier difficilement son rôle d'établissement support de GHT et son rôle qui est d'abord un rôle régional, à l'échelle de sa subdivision d'internat", a observé le directeur d'hôpital.
"Lorsque les ressources médicales sont manquantes, est-ce que le rôle du CHU est de partager [ses médecins] à l'échelle de sa région ou à l'échelle de son GHT?" a-t-il enchaîné pour illustrer ce dilemme.
"Le GHT a été un moteur de la synergie médicale et administrative, multidisciplinaire, qui a notamment été utile pendant la crise Covid. Nous avons développé trois logiques: une logique populationnelle, une logique pathologique vers une logique préventive, et enfin une logique de parcours avec le décloisonnement ville-hôpital et le développement du métier d'infirmier en pratique avancée (IPA)", a souligné le Pr Maurice Giroud, coprésident du collège médical du GHT 21-52 de 2016 à 2021.
Des filières à pérenniser
Selon Mathilde Marmier, directrice générale de l'agence régionale de santé (ARS) Bourgogne-Franche-Comté, l'une des principales réalisations du GHT 21-52 a été "d'organiser des soins coordonnés à l'échelle du territoire".
Le GHT possède 15 filières de soin structurées dans le cadre de son projet médico-soignant partagé, dont 12 filières médiales (cardiologie, médecine intensive et réanimation, urgences, neurologie, gériatrie, femme-mère-enfant, psychiatrie et santé mentale, gynécologie-obstétrique, cancérologie, rhumatologie, soins palliatifs et algologie, hospitalisation à domicile) et trois filières médicotechniques (biologie, pharmacie et imagerie).
Pour Sarah Amalric, directrice des coopérations médicales du CHU de Dijon, "l'enjeu sur les 10 prochaines années sera de pérenniser les filières".
Les parties prenantes s'accordent à dire que le numérique est l'un des éléments structurants de cette pérennisation.
La télé-expertise, notamment, a fait son apparition dans plusieurs filières, comme en rhumatologie. "La région est pourvue de 42 rhumatologues, dont 27 à Dijon, deux dans le reste du département de la Côte-d'Or et deux -bientôt un- dans le Centre et le Sud Haute-Marne", a évoqué le Pr Paul Ornetti, chef du service de rhumatologie au CHU de Dijon.
Deux centres experts en télé-rhumatologie ont ainsi été ouverts. "Les médecins peuvent demander un avis sur une plateforme, et de façon asynchrone, l'expert répond aux questions avec les données qui lui sont fournies. L'objectif est de répondre aux médecins ou soignants les plus isolés, échelonner l'urgence et éviter les trajets pour les patients. Le service compte 200 centres participants, dont 90 en Côte-d'Or. En revanche, nous avons encore du mal à convaincre des centres et médecins en Sud Haute-Marne, qui sont seulement sept à participer", a ajouté le Pr Ornetti.
Au sein des filières, les établissements souhaitent tendre à une convergence des pratiques et des méthodes utilisées pour coordonner les soins entre les territoires où les patients sont susceptibles de se déplacer. C'est le cas notamment dans la filière de pharmacie clinique, où différentes actions conjointes sont menées, comme "l'établissement d'une liste de médicaments à risque, des entretiens de rétrocession pour partager des documents qui avaient été établis au niveau du CHU, des journées d'immersion, la mise en œuvre de messageries sécurisées et la constitution d'un groupe de travail autour d'un outil de conciliation dans le prochain DPI [dossier patient informatisé]", a énoncé la Dr Christelle Lacqua, pharmacienne au CHU de Dijon.
Un hôpital de jour neurovasculaire va également être mis en place "courant 2026" au CHU pour prendre en charge des patients du GHT, a-t-elle ajouté.
Des collaborations interfilières ont également été créées au cours de la décennie passée, comme celle qui lie la pharmacie et les urgences. "L'idée est de parvenir à une harmonisation progressive des outils, du matériel, des protocoles, des schémas de dilution identiques des médicaments d'urgence, une harmonisation des pratiques, et on pourrait aller plus loin, vers l'harmonisation des pharmaciens. Sur ces questions transversales, nous avons souhaité que la filière pharmacie adosse à la filière urgence un référent pour nous aider à l'ensemble de nos projets. Un certain nombre de missions communes ont été mises en place, en particulier autour de l'AVC [accident vasculaire cérébral], du syndrome coronarien et des traumatisés graves. Nous espérons enrichir nos missions d'une prise en charge des situations de violence et des questions de santé mentale", a détaillé le Dr Samuel Fotchuont, président de la commission médicale d'établissement (CME) du centre hospitalier (CH) de la Haute Côte-d'Or et vice-président de la commission médicale de groupement (CMG).
Une aide indispensable pour les hôpitaux de proximité
Sur un territoire à dominante rurale, un maillage d'hôpitaux de proximité sert de relais à la population.
Certains territoires peuvent présenter des situations géographiques peu attractives, comme l'a précisé Ludovic Rousselet, directeur des soins des CH de Semur-en-Auxois et de la Haute Côte-d'Or: "Les deux établissements sont en direction commune et s'étendent sur 80 km du nord au sud et sur 40 km d'est en ouest. Il y a une autoroute qui traverse le territoire, qui compte seulement deux gares. C'est difficile d'être attractif partout. Le périmètre couvre 1.600 lits et places. L'existence du GHT permet de faire venir un médecin du CHU chez nous."
Le soutien du GHT est toutefois "un atout" pour "la mise en place de projets d'avenir" dans un certain nombre de petits établissements, a soutenu Freddy Serveaux.
"Sans GHT, à Semur-en-Auxois, il n'y aurait pas de santé mentale, pas de cardiologie, plus d'équipe mobile en soins palliatifs", a insisté Sévena Relland, directrice du CH de Semur-en-Auxois et du CH Haute Côte-d'Or.
La filière psychiatrie, notamment, qui souffre d'une pénurie de main-d'œuvre, a bénéficié d'une aide au niveau du GHT. "En 2025, le CH de Semur-en-Auxois a connu un risque de rupture avec le départ d'une psychiatre à temps plein, laissant le dernier médecin à temps plein couvrir seul l'hospitalière complète, l'hospitalisation de jour, la liaison et les urgences. Dans ce contexte, le GHT a constitué un cadre d'échange essentiel pour dresser un état des lieux des ressources humaines et identifier des pistes. Le CH a pu compter sur une solidarité interétablissements, qui se traduit depuis septembre 2025 par un renfort du CHU et du CH La Chartreuse. Près d'une vingtaine de praticiens ont déjà été mis à disposition du secteur de Semur", a décrit Emily Ozenfant, directrice déléguée du pôle "psychiatrie santé mentale" au CH de Semur-en-Auxois.
"Une réflexion au long cours sur la filière se développe, sur des postes partagés, des obligations réciproques et la mise en place d'outils communs, qui a été formalisée par le biais d'une convention entre le CH de Semur-en-Auxois et le CHU", a-t-elle ajouté.
Pour Dider Richard, directeur délégué des CH d'Auxonne et de Langres, les hôpitaux de proximité ont "un rôle de porte d'entrée" au niveau du GHT -par comparaison aux plus grands établissements- et offrent un "accès rapide et rassurant à une offre hospitalière", participant à "la régulation du système de santé, notamment en prenant en charge les patients âgés et en contribuant à désengorger les urgences".
Il voit plusieurs axes d'amélioration possibles, en développant d'une part "le travail en réseau avec les établissements de recours, les CPTS [communautés professionnelles territoriales de santé], les libéraux et les services d'aide à domicile" ou encore en "généralisant les analyses gériatriques dans les hôpitaux de proximité".
Pour le Pr Bernard Bonnotte, président de la CMG depuis le 2 février 2026, la "communication" doit être le maître-mot de la stratégie présente et future.
"Le GHT est une aventure qui doit être gagnante, il n'y a pas d'autre choix. Il faut se parler pour former des protocoles communs. Le CHU ne doit pas décider seul des spécialités à installer dans les centres hospitaliers périphériques. Parfois, c'est encore difficile de travailler en coordination sur le terrain. La transmission de documents entre établissements au sein du GHT peut notamment poser problème. Dans la décennie à venir, nous devons continuer d'organiser et d'intensifier les coopérations entre équipes, développer les emplois sur plusieurs sites pour favoriser l'attractivité des métiers du soin", a-t-il conclu.
Un territoire sous-peuplé, aux ressources médicales rares (ANFH-Insee)La zone géographique dans laquelle se déploie le GHT souffre d'une densité démographique en berne, dans laquelle les ressources médicales se font "rares" sur certaines spécialités, a observé David Brion, responsable des études Insee Bourgogne-Franche-Comté."Le bassin est inégalement habité et globalement peu dense, traversé par la diagonale du vide. Depuis 2016, le bassin ne gagne plus d'habitant et commence à en perdre", a déclaré David Brion. Dans cette zone sous-peuplée, les habitants vont consulter en moyenne "3,5 fois par an", contre "3,7 au niveau national", a-t-il ajouté. Trois spécialités sont considérées comme étant en "forte" voire "très forte" tension par plus de la moitié des établissements. Il s'agit de la médecine générale (50% des hôpitaux estiment la médecine générale en forte tension et 17% en très forte tension), de la gériatrie (43% et 17%) et de la médecine d'urgence (37% et 17%), a détaillé Vincent Testori, directeur régional de l'Association nationale pour la formation permanente du personnel hospitalier (ANFH) Bourgogne-Franche-Comté. Les besoins en personnels médicaux s'élèvent à environ 13% de l'effectif cible équivalent temps plein (ETP) actuel et 28% à cinq ans. Le nombre de professionnels non médicaux est également en "baisse depuis 2018", a aussi noté Vincent Testori. Selon l'ANFH, les difficultés de recrutement se retrouvent particulièrement sur les métiers d'infirmier en anesthésie-réanimation, d'infirmier en soins généraux, de manipulateur en électroradiologie médicale et d'aide-soignant. Les postes non pourvus en personnels soignants peuvent risquer d'impacter les soins dans les établissements du secteur, pouvant mener à une adaptation des modalités de prise en charge (42%), des fermetures de lits (13%), une diminution du nombre d'admissions (5%) et une fermeture d'unité ou de service (1%). "Il n'y a pas de solution 'miracle' aux déserts médicaux. La rareté des ressources médicales n'est pas près de s'estomper. Le phénomène de concentration des plateaux techniques continuant, nous devons travailler de manière collective. Nous entrons dans une période où les ressources financières sont difficiles et la stabilité mondiale et nationale incertaine", a prévenu Freddy Serveaux. Il note que "l'accompagnement des praticiens étrangers est souvent une voie de recrutement privilégiée par les établissements en difficulté". Sur le plan des ressources humaines, le CHU Dijon Bourgogne compte aujourd'hui le "quasi plein emploi sur l'ensemble des fonctions", défend son directeur. "Nous avons connu une tension assez forte sur le métier d'infirmier de bloc opératoire (Ibode), comme dans beaucoup d'établissements. Nous surveillons également de près le métier de manipulateur radio, qui est souvent en tension." Le CHU a enregistré "200 professionnels non médicaux et une cinquantaine de médecins seniors en plus cette année à la même date que l'année passée", a ajouté Freddy Serveaux. |
ct/san/lb/APMnews
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TALANT (Côte-d'Or), 8 avril 2026 (APMnews) - Le groupement hospitalier de territoire Côte-d'Or-Haute-Marne (GHT 21-52) a conduit en 10 ans des collaborations médicales "fructueuses" sur un territoire à dominante rurale et qui se caractérise par des tensions au niveau des recrutements, a affirmé Freddy Serveaux, directeur général du CHU Dijon Bourgogne, mardi 31 mars, à l'occasion d'une journée anniversaire du GHT à laquelle APMnews a pu assister.
"Je considère que notre GHT n'a pas à rougir de ses résultats. Nous avons travaillé ensemble sur les 90% des sujets qui nous rapprochent, versus les 10% à 20% de sujets sur lesquels il faut discuter de manière parfois plus serrée entre nous", a déclaré Freddy Serveaux, en préambule des échanges sur le bilan des actions menées depuis 2016 par le GHT 21-52.
Ce groupement, qui est à cheval sur deux régions (Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est), réunit 12 établissements de Côte-d'Or et de Haute-Marne, avec le CHU de Dijon Bourgogne pour établissement support.
"La présence d'un CHU dans un GHT peut être positive comme négative. Le GHT bénéficie de la force de ses équipes médicales et de ses expertises, mais le CHU peut avoir tendance -de son poids relatif très fort par rapport aux autres- à écraser ses partenaires, voire à concilier difficilement son rôle d'établissement support de GHT et son rôle qui est d'abord un rôle régional, à l'échelle de sa subdivision d'internat", a observé le directeur d'hôpital.
"Lorsque les ressources médicales sont manquantes, est-ce que le rôle du CHU est de partager [ses médecins] à l'échelle de sa région ou à l'échelle de son GHT?" a-t-il enchaîné pour illustrer ce dilemme.
"Le GHT a été un moteur de la synergie médicale et administrative, multidisciplinaire, qui a notamment été utile pendant la crise Covid. Nous avons développé trois logiques: une logique populationnelle, une logique pathologique vers une logique préventive, et enfin une logique de parcours avec le décloisonnement ville-hôpital et le développement du métier d'infirmier en pratique avancée (IPA)", a souligné le Pr Maurice Giroud, coprésident du collège médical du GHT 21-52 de 2016 à 2021.
Des filières à pérenniser
Selon Mathilde Marmier, directrice générale de l'agence régionale de santé (ARS) Bourgogne-Franche-Comté, l'une des principales réalisations du GHT 21-52 a été "d'organiser des soins coordonnés à l'échelle du territoire".
Le GHT possède 15 filières de soin structurées dans le cadre de son projet médico-soignant partagé, dont 12 filières médiales (cardiologie, médecine intensive et réanimation, urgences, neurologie, gériatrie, femme-mère-enfant, psychiatrie et santé mentale, gynécologie-obstétrique, cancérologie, rhumatologie, soins palliatifs et algologie, hospitalisation à domicile) et trois filières médicotechniques (biologie, pharmacie et imagerie).
Pour Sarah Amalric, directrice des coopérations médicales du CHU de Dijon, "l'enjeu sur les 10 prochaines années sera de pérenniser les filières".
Les parties prenantes s'accordent à dire que le numérique est l'un des éléments structurants de cette pérennisation.
La télé-expertise, notamment, a fait son apparition dans plusieurs filières, comme en rhumatologie. "La région est pourvue de 42 rhumatologues, dont 27 à Dijon, deux dans le reste du département de la Côte-d'Or et deux -bientôt un- dans le Centre et le Sud Haute-Marne", a évoqué le Pr Paul Ornetti, chef du service de rhumatologie au CHU de Dijon.
Deux centres experts en télé-rhumatologie ont ainsi été ouverts. "Les médecins peuvent demander un avis sur une plateforme, et de façon asynchrone, l'expert répond aux questions avec les données qui lui sont fournies. L'objectif est de répondre aux médecins ou soignants les plus isolés, échelonner l'urgence et éviter les trajets pour les patients. Le service compte 200 centres participants, dont 90 en Côte-d'Or. En revanche, nous avons encore du mal à convaincre des centres et médecins en Sud Haute-Marne, qui sont seulement sept à participer", a ajouté le Pr Ornetti.
Au sein des filières, les établissements souhaitent tendre à une convergence des pratiques et des méthodes utilisées pour coordonner les soins entre les territoires où les patients sont susceptibles de se déplacer. C'est le cas notamment dans la filière de pharmacie clinique, où différentes actions conjointes sont menées, comme "l'établissement d'une liste de médicaments à risque, des entretiens de rétrocession pour partager des documents qui avaient été établis au niveau du CHU, des journées d'immersion, la mise en œuvre de messageries sécurisées et la constitution d'un groupe de travail autour d'un outil de conciliation dans le prochain DPI [dossier patient informatisé]", a énoncé la Dr Christelle Lacqua, pharmacienne au CHU de Dijon.
Un hôpital de jour neurovasculaire va également être mis en place "courant 2026" au CHU pour prendre en charge des patients du GHT, a-t-elle ajouté.
Des collaborations interfilières ont également été créées au cours de la décennie passée, comme celle qui lie la pharmacie et les urgences. "L'idée est de parvenir à une harmonisation progressive des outils, du matériel, des protocoles, des schémas de dilution identiques des médicaments d'urgence, une harmonisation des pratiques, et on pourrait aller plus loin, vers l'harmonisation des pharmaciens. Sur ces questions transversales, nous avons souhaité que la filière pharmacie adosse à la filière urgence un référent pour nous aider à l'ensemble de nos projets. Un certain nombre de missions communes ont été mises en place, en particulier autour de l'AVC [accident vasculaire cérébral], du syndrome coronarien et des traumatisés graves. Nous espérons enrichir nos missions d'une prise en charge des situations de violence et des questions de santé mentale", a détaillé le Dr Samuel Fotchuont, président de la commission médicale d'établissement (CME) du centre hospitalier (CH) de la Haute Côte-d'Or et vice-président de la commission médicale de groupement (CMG).
Une aide indispensable pour les hôpitaux de proximité
Sur un territoire à dominante rurale, un maillage d'hôpitaux de proximité sert de relais à la population.
Certains territoires peuvent présenter des situations géographiques peu attractives, comme l'a précisé Ludovic Rousselet, directeur des soins des CH de Semur-en-Auxois et de la Haute Côte-d'Or: "Les deux établissements sont en direction commune et s'étendent sur 80 km du nord au sud et sur 40 km d'est en ouest. Il y a une autoroute qui traverse le territoire, qui compte seulement deux gares. C'est difficile d'être attractif partout. Le périmètre couvre 1.600 lits et places. L'existence du GHT permet de faire venir un médecin du CHU chez nous."
Le soutien du GHT est toutefois "un atout" pour "la mise en place de projets d'avenir" dans un certain nombre de petits établissements, a soutenu Freddy Serveaux.
"Sans GHT, à Semur-en-Auxois, il n'y aurait pas de santé mentale, pas de cardiologie, plus d'équipe mobile en soins palliatifs", a insisté Sévena Relland, directrice du CH de Semur-en-Auxois et du CH Haute Côte-d'Or.
La filière psychiatrie, notamment, qui souffre d'une pénurie de main-d'œuvre, a bénéficié d'une aide au niveau du GHT. "En 2025, le CH de Semur-en-Auxois a connu un risque de rupture avec le départ d'une psychiatre à temps plein, laissant le dernier médecin à temps plein couvrir seul l'hospitalière complète, l'hospitalisation de jour, la liaison et les urgences. Dans ce contexte, le GHT a constitué un cadre d'échange essentiel pour dresser un état des lieux des ressources humaines et identifier des pistes. Le CH a pu compter sur une solidarité interétablissements, qui se traduit depuis septembre 2025 par un renfort du CHU et du CH La Chartreuse. Près d'une vingtaine de praticiens ont déjà été mis à disposition du secteur de Semur", a décrit Emily Ozenfant, directrice déléguée du pôle "psychiatrie santé mentale" au CH de Semur-en-Auxois.
"Une réflexion au long cours sur la filière se développe, sur des postes partagés, des obligations réciproques et la mise en place d'outils communs, qui a été formalisée par le biais d'une convention entre le CH de Semur-en-Auxois et le CHU", a-t-elle ajouté.
Pour Dider Richard, directeur délégué des CH d'Auxonne et de Langres, les hôpitaux de proximité ont "un rôle de porte d'entrée" au niveau du GHT -par comparaison aux plus grands établissements- et offrent un "accès rapide et rassurant à une offre hospitalière", participant à "la régulation du système de santé, notamment en prenant en charge les patients âgés et en contribuant à désengorger les urgences".
Il voit plusieurs axes d'amélioration possibles, en développant d'une part "le travail en réseau avec les établissements de recours, les CPTS [communautés professionnelles territoriales de santé], les libéraux et les services d'aide à domicile" ou encore en "généralisant les analyses gériatriques dans les hôpitaux de proximité".
Pour le Pr Bernard Bonnotte, président de la CMG depuis le 2 février 2026, la "communication" doit être le maître-mot de la stratégie présente et future.
"Le GHT est une aventure qui doit être gagnante, il n'y a pas d'autre choix. Il faut se parler pour former des protocoles communs. Le CHU ne doit pas décider seul des spécialités à installer dans les centres hospitaliers périphériques. Parfois, c'est encore difficile de travailler en coordination sur le terrain. La transmission de documents entre établissements au sein du GHT peut notamment poser problème. Dans la décennie à venir, nous devons continuer d'organiser et d'intensifier les coopérations entre équipes, développer les emplois sur plusieurs sites pour favoriser l'attractivité des métiers du soin", a-t-il conclu.
Un territoire sous-peuplé, aux ressources médicales rares (ANFH-Insee)La zone géographique dans laquelle se déploie le GHT souffre d'une densité démographique en berne, dans laquelle les ressources médicales se font "rares" sur certaines spécialités, a observé David Brion, responsable des études Insee Bourgogne-Franche-Comté."Le bassin est inégalement habité et globalement peu dense, traversé par la diagonale du vide. Depuis 2016, le bassin ne gagne plus d'habitant et commence à en perdre", a déclaré David Brion. Dans cette zone sous-peuplée, les habitants vont consulter en moyenne "3,5 fois par an", contre "3,7 au niveau national", a-t-il ajouté. Trois spécialités sont considérées comme étant en "forte" voire "très forte" tension par plus de la moitié des établissements. Il s'agit de la médecine générale (50% des hôpitaux estiment la médecine générale en forte tension et 17% en très forte tension), de la gériatrie (43% et 17%) et de la médecine d'urgence (37% et 17%), a détaillé Vincent Testori, directeur régional de l'Association nationale pour la formation permanente du personnel hospitalier (ANFH) Bourgogne-Franche-Comté. Les besoins en personnels médicaux s'élèvent à environ 13% de l'effectif cible équivalent temps plein (ETP) actuel et 28% à cinq ans. Le nombre de professionnels non médicaux est également en "baisse depuis 2018", a aussi noté Vincent Testori. Selon l'ANFH, les difficultés de recrutement se retrouvent particulièrement sur les métiers d'infirmier en anesthésie-réanimation, d'infirmier en soins généraux, de manipulateur en électroradiologie médicale et d'aide-soignant. Les postes non pourvus en personnels soignants peuvent risquer d'impacter les soins dans les établissements du secteur, pouvant mener à une adaptation des modalités de prise en charge (42%), des fermetures de lits (13%), une diminution du nombre d'admissions (5%) et une fermeture d'unité ou de service (1%). "Il n'y a pas de solution 'miracle' aux déserts médicaux. La rareté des ressources médicales n'est pas près de s'estomper. Le phénomène de concentration des plateaux techniques continuant, nous devons travailler de manière collective. Nous entrons dans une période où les ressources financières sont difficiles et la stabilité mondiale et nationale incertaine", a prévenu Freddy Serveaux. Il note que "l'accompagnement des praticiens étrangers est souvent une voie de recrutement privilégiée par les établissements en difficulté". Sur le plan des ressources humaines, le CHU Dijon Bourgogne compte aujourd'hui le "quasi plein emploi sur l'ensemble des fonctions", défend son directeur. "Nous avons connu une tension assez forte sur le métier d'infirmier de bloc opératoire (Ibode), comme dans beaucoup d'établissements. Nous surveillons également de près le métier de manipulateur radio, qui est souvent en tension." Le CHU a enregistré "200 professionnels non médicaux et une cinquantaine de médecins seniors en plus cette année à la même date que l'année passée", a ajouté Freddy Serveaux. |
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