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17/03 2026
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LES RENONCEMENTS AUX SOINS SE SONT AMPLIFIÉS EN 2025, MARQUÉS PAR DE "FORTES INÉGALITÉS TERRITORIALES", SELON LA FHF

PARIS, 17 mars 2026 (APMnews) - Les renoncements aux soins se sont amplifiés en 2025, marqués par de "fortes inégalités territoriales" qui s'illustrent notamment au sein d'une même région, selon la 3e vague du baromètre annuel de la Fédération hospitalière de France (FHF) réalisé avec Ipsos sur l'accès aux soins en France métropolitaine, présenté mardi à la presse.

Selon le baromètre, réalisé auprès de 2.500 personnes, près de trois quarts des Français (73%) ont renoncé à au moins un acte de soins au cours des cinq dernières années, soit près de sept millions de personnes, contre 63% en 2024.


Les délais d'attente sont la cause principale de ce renoncement (53%), "qui s'exprime surtout chez les moins de 35 ans", a indiqué Adélaïde Zulfikarpasic, directrice générale du pôle société d'Ipsos.


Ainsi, il faut compter en moyenne "quatre mois et deux semaines" pour prendre un rendez-vous chez un dermatologue et "trois mois et deux jours" chez un cardiologue (soit deux mois de plus qu'en 2019), parmi les délais les plus longs pris en exemple dans le baromètre.


Chez le médecin généraliste, le délai d'attente s'élève en moyenne à "12 jours", contre 10 jours en 2024 et quatre jours en 2019.


Le baromètre a pris en compte pour la première fois le délai d'attente moyen chez le psychologue, qui s'élève à deux mois en 2025.


La seule baisse remarquée concerne l'ophtalmologie. Plusieurs raisons sont citées par Adélaïde Zulfikarpasic: "les ophtalmologues peuvent compter sur l'appui des orthoptistes, sur les contrôles visuels effectués chez les opticiens, ainsi que sur le nombre d'ophtalmologistes au plus haut depuis dix ans."


Des disparités apparaissent selon les régions. "En Île-de-France, les délais sont moins longs que la moyenne. Dans certaines régions, les difficultés sont plus accentuées que dans d'autres, comme c'est le cas en Centre-Val de Loire, en Bourgogne-Franche-Comté et dans les Pays de la Loire", a évoqué Adélaïde Zulfikarpasic, qui note toutefois que les inégalités sont surtout visibles "au sein d'une même région", entre les villes et les zones rurales par exemple.


Certaines régions semblent être, au contraire, "plus épargnées", comme en Provence-Alpes-Côte d'Azur, en Nouvelle-Aquitaine, et en Occitanie, une région "qui connaît une grande hétérogénéité entre les territoires notamment".


Le baromètre ne fait pas état pour l'heure de la situation ultramarine. "Ce chapitre sera abordé en 2027", a précisé la déléguée générale de la FHF, Zaynab Riet.


Hormis les délais, les renoncements aux soins sont aussi causés par des problèmes de budget (40%) -qui concernent majoritairement la couverture du reste à charge- et d'accessibilité géographique (38%).


L'hôpital constitue toujours une porte d'entrée privilégiée


Les personnes interrogées disent "se tourner davantage vers l'hôpital" pour accéder à des soins plus rapidement, note la FHF. "L'hôpital public continue d'assumer une part essentielle des besoins de santé de la population" a observé Zaynab Riet.


Ce comportement pèse sur les urgences: 49% des sondés ont déclaré s'y être déjà rendus pour une raison qui ne relève pas d'une urgence médicale. Cette tendance est plus forte chez les moins de 35 ans (57%) que chez les 60 ans et plus (41%).


Les sondés invoquent une mauvaise connaissance des alternatives qui existent -29% admettent ne pas savoir vers qui se tourner- ou encore l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous chez un médecin généraliste ou spécialiste de ville dans un délai jugé "acceptable" (27%).


D'autres motifs cités dans le sondage font état d'un "manque de pédagogie", selon la FHF, certains sondés évoquant par exemple le souhait de réaliser des "examens complémentaires" (27%) pour justifier d'un passage aux urgences.


"L'hôpital ne peut pas tenir ce rôle", défend Zaynab Riet. D'après le baromètre, 53% des Français ont déjà vécu un retard de soin à l'hôpital au cours des cinq dernières années.


Le sentiment "d'inquiétude" qui transparaissait dans les précédentes éditions du baromètre s'est mu en "un sentiment d'urgence partagé", a souligné Zaynab Riet.


La quasi-totalité des Français (90%) se disent "en colère" face au manque de moyens alloués à l'hôpital public et aux conditions de travail du personnel soignant (+1 point par rapport à 2024). De plus, 85% des sondés se disent "révoltés" par "les inégalités d'accès aux soins qui persistent sur le territoire", dont 40% se sentent même "tout à fait révoltés".


En outre, 73% des sondés craignent de ne pas accéder à des soins de qualité. Pourtant, 95% expriment leur reconnaissance envers le travail fourni par les professionnels de santé pour maintenir la qualité des soins. "Le baromètre reflète une dichotomie entre la perception des Français vis-à-vis des moyens alloués au système de santé qui se fragilise et les engagements des professionnels", a commenté Zaynab Riet.


La santé gagne les urnes


A l'occasion de la présentation de son baromètre, la FHF n'a pas manqué de faire un point sur la place de la santé dans les urnes, dans le contexte de l'entre-deux-tours des élections municipales.


"Dès 2022, la question de la santé a progressé dans toutes les enquêtes réalisées auprès des Français. Pourtant, la campagne présidentielle de 2022 a très peu abordé cette question. L'enjeu est donc de faire prendre conscience aux élus que la santé est cruciale", a rappelé Adélaïde Zulfikarpasic.


Selon un observatoire paru en janvier sur les attentes des Français en matière de santé vis-à-vis des communes que la FHF a coréalisé, 41% des Français considèrent que la situation de l'accès aux soins dans leur commune n'a pas évolué. Plus d'un tiers (34%) estime même que l'accès aux soins dans leur ville s'est "détériorée" ces dernières années.


"Le recul de l'accès aux soins est devenu le principal marqueur des fractures territoriales", a déclaré Zaynab Riet.


L'observatoire a également mis l'accent sur la faible visibilité des réalisations des communes: 42% des Français estiment que leur commune a agi pour améliorer l'accès aux soins, contre 31% qui pensent le contraire, et 27% qui ne se prononcent pas. En outre, "plus d'un quart des habitants ne savent pas se prononcer sur ce qu'a fait la commune et près d'un tiers juge qu'elle n'agit pas", estime le sondage.


Pour la déléguée générale de la FHF, "des solutions doivent être construites au plus près des réalités locales". Elle rappelle la position de la FHF en faveur de "plus de soins non programmés, de l'installation de maisons de santé et de la formation de plus de médecins aux disciplines en tension".


Pour compléter ses propos, Marc Bourquin, conseiller stratégie à la FHF, a cité l'expérimentation menée par l'Assistance publique-hôpitaux de Marseille (AP-HM) pour développer des centres de santé dans les quartiers nord de Marseille. "Nous pourrions imaginer un plan de développement de ces centres reliés aux territoires les plus en difficultés. A ce titre, nous avions partagé en septembre un guide sur la diffusion des centres adossés aux centres hospitaliers ", a-t-il rappelé.


ct/san/APMnew

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PARIS, 17 mars 2026 (APMnews) - Les renoncements aux soins se sont amplifiés en 2025, marqués par de "fortes inégalités territoriales" qui s'illustrent notamment au sein d'une même région, selon la 3e vague du baromètre annuel de la Fédération hospitalière de France (FHF) réalisé avec Ipsos sur l'accès aux soins en France métropolitaine, présenté mardi à la presse.

Selon le baromètre, réalisé auprès de 2.500 personnes, près de trois quarts des Français (73%) ont renoncé à au moins un acte de soins au cours des cinq dernières années, soit près de sept millions de personnes, contre 63% en 2024.


Les délais d'attente sont la cause principale de ce renoncement (53%), "qui s'exprime surtout chez les moins de 35 ans", a indiqué Adélaïde Zulfikarpasic, directrice générale du pôle société d'Ipsos.


Ainsi, il faut compter en moyenne "quatre mois et deux semaines" pour prendre un rendez-vous chez un dermatologue et "trois mois et deux jours" chez un cardiologue (soit deux mois de plus qu'en 2019), parmi les délais les plus longs pris en exemple dans le baromètre.


Chez le médecin généraliste, le délai d'attente s'élève en moyenne à "12 jours", contre 10 jours en 2024 et quatre jours en 2019.


Le baromètre a pris en compte pour la première fois le délai d'attente moyen chez le psychologue, qui s'élève à deux mois en 2025.


La seule baisse remarquée concerne l'ophtalmologie. Plusieurs raisons sont citées par Adélaïde Zulfikarpasic: "les ophtalmologues peuvent compter sur l'appui des orthoptistes, sur les contrôles visuels effectués chez les opticiens, ainsi que sur le nombre d'ophtalmologistes au plus haut depuis dix ans."


Des disparités apparaissent selon les régions. "En Île-de-France, les délais sont moins longs que la moyenne. Dans certaines régions, les difficultés sont plus accentuées que dans d'autres, comme c'est le cas en Centre-Val de Loire, en Bourgogne-Franche-Comté et dans les Pays de la Loire", a évoqué Adélaïde Zulfikarpasic, qui note toutefois que les inégalités sont surtout visibles "au sein d'une même région", entre les villes et les zones rurales par exemple.


Certaines régions semblent être, au contraire, "plus épargnées", comme en Provence-Alpes-Côte d'Azur, en Nouvelle-Aquitaine, et en Occitanie, une région "qui connaît une grande hétérogénéité entre les territoires notamment".


Le baromètre ne fait pas état pour l'heure de la situation ultramarine. "Ce chapitre sera abordé en 2027", a précisé la déléguée générale de la FHF, Zaynab Riet.


Hormis les délais, les renoncements aux soins sont aussi causés par des problèmes de budget (40%) -qui concernent majoritairement la couverture du reste à charge- et d'accessibilité géographique (38%).


L'hôpital constitue toujours une porte d'entrée privilégiée


Les personnes interrogées disent "se tourner davantage vers l'hôpital" pour accéder à des soins plus rapidement, note la FHF. "L'hôpital public continue d'assumer une part essentielle des besoins de santé de la population" a observé Zaynab Riet.


Ce comportement pèse sur les urgences: 49% des sondés ont déclaré s'y être déjà rendus pour une raison qui ne relève pas d'une urgence médicale. Cette tendance est plus forte chez les moins de 35 ans (57%) que chez les 60 ans et plus (41%).


Les sondés invoquent une mauvaise connaissance des alternatives qui existent -29% admettent ne pas savoir vers qui se tourner- ou encore l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous chez un médecin généraliste ou spécialiste de ville dans un délai jugé "acceptable" (27%).


D'autres motifs cités dans le sondage font état d'un "manque de pédagogie", selon la FHF, certains sondés évoquant par exemple le souhait de réaliser des "examens complémentaires" (27%) pour justifier d'un passage aux urgences.


"L'hôpital ne peut pas tenir ce rôle", défend Zaynab Riet. D'après le baromètre, 53% des Français ont déjà vécu un retard de soin à l'hôpital au cours des cinq dernières années.


Le sentiment "d'inquiétude" qui transparaissait dans les précédentes éditions du baromètre s'est mu en "un sentiment d'urgence partagé", a souligné Zaynab Riet.


La quasi-totalité des Français (90%) se disent "en colère" face au manque de moyens alloués à l'hôpital public et aux conditions de travail du personnel soignant (+1 point par rapport à 2024). De plus, 85% des sondés se disent "révoltés" par "les inégalités d'accès aux soins qui persistent sur le territoire", dont 40% se sentent même "tout à fait révoltés".


En outre, 73% des sondés craignent de ne pas accéder à des soins de qualité. Pourtant, 95% expriment leur reconnaissance envers le travail fourni par les professionnels de santé pour maintenir la qualité des soins. "Le baromètre reflète une dichotomie entre la perception des Français vis-à-vis des moyens alloués au système de santé qui se fragilise et les engagements des professionnels", a commenté Zaynab Riet.


La santé gagne les urnes


A l'occasion de la présentation de son baromètre, la FHF n'a pas manqué de faire un point sur la place de la santé dans les urnes, dans le contexte de l'entre-deux-tours des élections municipales.


"Dès 2022, la question de la santé a progressé dans toutes les enquêtes réalisées auprès des Français. Pourtant, la campagne présidentielle de 2022 a très peu abordé cette question. L'enjeu est donc de faire prendre conscience aux élus que la santé est cruciale", a rappelé Adélaïde Zulfikarpasic.


Selon un observatoire paru en janvier sur les attentes des Français en matière de santé vis-à-vis des communes que la FHF a coréalisé, 41% des Français considèrent que la situation de l'accès aux soins dans leur commune n'a pas évolué. Plus d'un tiers (34%) estime même que l'accès aux soins dans leur ville s'est "détériorée" ces dernières années.


"Le recul de l'accès aux soins est devenu le principal marqueur des fractures territoriales", a déclaré Zaynab Riet.


L'observatoire a également mis l'accent sur la faible visibilité des réalisations des communes: 42% des Français estiment que leur commune a agi pour améliorer l'accès aux soins, contre 31% qui pensent le contraire, et 27% qui ne se prononcent pas. En outre, "plus d'un quart des habitants ne savent pas se prononcer sur ce qu'a fait la commune et près d'un tiers juge qu'elle n'agit pas", estime le sondage.


Pour la déléguée générale de la FHF, "des solutions doivent être construites au plus près des réalités locales". Elle rappelle la position de la FHF en faveur de "plus de soins non programmés, de l'installation de maisons de santé et de la formation de plus de médecins aux disciplines en tension".


Pour compléter ses propos, Marc Bourquin, conseiller stratégie à la FHF, a cité l'expérimentation menée par l'Assistance publique-hôpitaux de Marseille (AP-HM) pour développer des centres de santé dans les quartiers nord de Marseille. "Nous pourrions imaginer un plan de développement de ces centres reliés aux territoires les plus en difficultés. A ce titre, nous avions partagé en septembre un guide sur la diffusion des centres adossés aux centres hospitaliers ", a-t-il rappelé.


ct/san/APMnew

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