Actualités de l'Urgence - APM

14/12 2016
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PACA: HAUSSE DES ADMISSIONS AUX URGENCES LIÉES AU CANNABIS ENTRE 2009 ET 2014

PARIS, 13 décembre 2016 (APM) - Les admissions aux urgences pour intoxication au cannabis ont augmenté entre 2009 et 2014 en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) à la fois chez l'adulte et l'enfant, avec une hausse plus importante chez les enfants et adolescents, montre une étude publiée mardi dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).

L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) avait alerté, en octobre 2015, sur la progression des intoxications accidentelles au cannabis chez les jeunes enfants. Cette hausse était la plus forte en Paca et en Ile-de-France, rappellent le Dr Guilhem Noel de l'Observatoire régional des urgences Paca (OruPaca) à Hyères et de l'hôpital Nord à Marseille (AP-HM) et ses collègues.

Le phénomène avait été identifié par des urgentistes, confirmé dans les notifications des centres régionaux de pharmacovigilance et par les données du programme de médicalisation des systèmes d'information (PMSI). Dans cette étude, les chercheurs ont voulu vérifier la tendance observée dans leur région à partir d'une autre source de données, les résumés de passage aux urgences (RPU) et discuter la pertinence d'un système de surveillance spécifique basé sur cette source disponible en temps réel donc plus réactive que le PMSI pour appuyer des actions de prévention.

Il s'agit d'une étude rétrospective descriptive utilisant les RPU collectés par l'OruPaca entre 2009 et 2014 auprès de 15 services d'urgence.

Au total, plus de 3 millions de passages uniques ont été comptabilisés sur la période d'étude et 1.182 pour intoxication au cannabis, soit quatre cas pour 10.000 passages. Les patients avaient 24 ans en moyenne et étaient des hommes à 39%. L'intoxication au cannabis était maximale chez les 15-18 ans, représentant 20,4% des passages de cette tranche d'âge, mais seulement 0,8% avant 8 ans.

Sur la totalité des cas d'intoxications au cannabis, les moins de 8 ans en représentaient 4,1%. Dans ce groupe, 28,6% avaient moins de 12 mois, 53,1% entre 12 et 24 mois et 18,3% entre 2 et 5 ans (aucun patient entre 5 et 8 ans). Pour le reste, 10,6% des cas avaient entre 8 et 15 ans (dont seulement 3,2% entre 9 et 12 ans), 18,7% concernaient les 15-18 ans, 31% les 19-25 ans, 20,3% les 26-35 ans, 13,9% les 36-55 ans et 1,4% les plus de 55 ans.

Le taux d'hospitalisation était de 20,2%, atteignant 75,5% chez les moins de 8 ans.

L'analyse des données au fil des ans confirme une hausse entre 2009 et 2014 des admissions aux urgences pour intoxications au cannabis dans toutes les tranches d'âge, sauf chez les plus de 55 ans où elle n'est pas significative. Cette progression a concerné 2011-12 par rapport 2009-10 tandis qu'elle n'était plus significative sur 2013-14 par rapport à 2011-12.

<+Facteur d'augmentation (OR) des intoxications au cannabis entre 2013-14 par rapport à 2009-10+> //---H || Total || < 8 ans || 8-15 ans || 15-18 ans || 19-25 ans || 26-35 ans || 36-55 ans || > 55 ans --- || 1,89 || 2,25 || 3,76 || 1,75 || 2,16 || 1,73 || 1,65 || 1,11 ---//

Ces résultats montrent une augmentation des admissions aux urgences liées au cannabis, tous âges confondus, entre 2009 et 2014 en région Paca. Cette hausse est la plus marquée chez les 8-15 ans et avant 8 ans. Dans cette dernière tranche d'âge, les intoxications sont le fait d'ingestions accidentelles, avec un taux d'hospitalisation plus élevé et une gravité potentielle pour les nourrissons (admission en réanimation).

Face à cette tendance, "une information aux urgentistes et pédiatres devrait être réalisée afin d'optimiser le repérage de ces intoxications, dont la présentation trompeuse donne souvent lieu à des explorations invasives (ponctions lombaires) ou irradiantes (scanner cérébral) évitables", commentent les auteurs, suggérant de discuter l'usage de bandelette de dépistage du cannabis.

Ils ajoutent qu'une analyse précise des circonstances de ces ingestions reste à faire et que "les campagnes de lutte contre la consommation de cannabis mériteraient d'être assorties d'un message de prévention des risques d'ingestion auprès des parents".

Chez l'adolescent et l'adulte, le code est sans doute utilisé principalement lorsque l'intoxication au cannabis est la problématique principale. Cependant, il manque probablement des données lorsqu'il s'agit de pathologies accidentelles liées au cannabis dont le code diagnostique ne comprend pas l'intoxication au cannabis elle-même.

Comparé à l'analyse du PMSI, la transmission quotidienne des RPU au niveau national permettrait une plus grande réactivité et une automatisation de leur analyse, estiment par ailleurs les auteurs. Les RPU permettent aussi d'appréhender les cas non hospitalisés.

La faisabilité d'un système de surveillance des intoxications au cannabis à partir des RPU devra être évaluée sur des données nationales. "L'amélioration de la qualité des données transmises par les services d'urgence et le travail d'homogénéisation du codage diagnostique, mené notamment par la Fédération des observatoires régionaux des urgences (Fedoru) sont des éléments important dans cette perspective", ajoutent-ils.

(BEH, n°43, p775-781)

ld/ab/APM

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PACA: HAUSSE DES ADMISSIONS AUX URGENCES LIÉES AU CANNABIS ENTRE 2009 ET 2014

PARIS, 13 décembre 2016 (APM) - Les admissions aux urgences pour intoxication au cannabis ont augmenté entre 2009 et 2014 en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) à la fois chez l'adulte et l'enfant, avec une hausse plus importante chez les enfants et adolescents, montre une étude publiée mardi dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).

L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) avait alerté, en octobre 2015, sur la progression des intoxications accidentelles au cannabis chez les jeunes enfants. Cette hausse était la plus forte en Paca et en Ile-de-France, rappellent le Dr Guilhem Noel de l'Observatoire régional des urgences Paca (OruPaca) à Hyères et de l'hôpital Nord à Marseille (AP-HM) et ses collègues.

Le phénomène avait été identifié par des urgentistes, confirmé dans les notifications des centres régionaux de pharmacovigilance et par les données du programme de médicalisation des systèmes d'information (PMSI). Dans cette étude, les chercheurs ont voulu vérifier la tendance observée dans leur région à partir d'une autre source de données, les résumés de passage aux urgences (RPU) et discuter la pertinence d'un système de surveillance spécifique basé sur cette source disponible en temps réel donc plus réactive que le PMSI pour appuyer des actions de prévention.

Il s'agit d'une étude rétrospective descriptive utilisant les RPU collectés par l'OruPaca entre 2009 et 2014 auprès de 15 services d'urgence.

Au total, plus de 3 millions de passages uniques ont été comptabilisés sur la période d'étude et 1.182 pour intoxication au cannabis, soit quatre cas pour 10.000 passages. Les patients avaient 24 ans en moyenne et étaient des hommes à 39%. L'intoxication au cannabis était maximale chez les 15-18 ans, représentant 20,4% des passages de cette tranche d'âge, mais seulement 0,8% avant 8 ans.

Sur la totalité des cas d'intoxications au cannabis, les moins de 8 ans en représentaient 4,1%. Dans ce groupe, 28,6% avaient moins de 12 mois, 53,1% entre 12 et 24 mois et 18,3% entre 2 et 5 ans (aucun patient entre 5 et 8 ans). Pour le reste, 10,6% des cas avaient entre 8 et 15 ans (dont seulement 3,2% entre 9 et 12 ans), 18,7% concernaient les 15-18 ans, 31% les 19-25 ans, 20,3% les 26-35 ans, 13,9% les 36-55 ans et 1,4% les plus de 55 ans.

Le taux d'hospitalisation était de 20,2%, atteignant 75,5% chez les moins de 8 ans.

L'analyse des données au fil des ans confirme une hausse entre 2009 et 2014 des admissions aux urgences pour intoxications au cannabis dans toutes les tranches d'âge, sauf chez les plus de 55 ans où elle n'est pas significative. Cette progression a concerné 2011-12 par rapport 2009-10 tandis qu'elle n'était plus significative sur 2013-14 par rapport à 2011-12.

<+Facteur d'augmentation (OR) des intoxications au cannabis entre 2013-14 par rapport à 2009-10+> //---H || Total || < 8 ans || 8-15 ans || 15-18 ans || 19-25 ans || 26-35 ans || 36-55 ans || > 55 ans --- || 1,89 || 2,25 || 3,76 || 1,75 || 2,16 || 1,73 || 1,65 || 1,11 ---//

Ces résultats montrent une augmentation des admissions aux urgences liées au cannabis, tous âges confondus, entre 2009 et 2014 en région Paca. Cette hausse est la plus marquée chez les 8-15 ans et avant 8 ans. Dans cette dernière tranche d'âge, les intoxications sont le fait d'ingestions accidentelles, avec un taux d'hospitalisation plus élevé et une gravité potentielle pour les nourrissons (admission en réanimation).

Face à cette tendance, "une information aux urgentistes et pédiatres devrait être réalisée afin d'optimiser le repérage de ces intoxications, dont la présentation trompeuse donne souvent lieu à des explorations invasives (ponctions lombaires) ou irradiantes (scanner cérébral) évitables", commentent les auteurs, suggérant de discuter l'usage de bandelette de dépistage du cannabis.

Ils ajoutent qu'une analyse précise des circonstances de ces ingestions reste à faire et que "les campagnes de lutte contre la consommation de cannabis mériteraient d'être assorties d'un message de prévention des risques d'ingestion auprès des parents".

Chez l'adolescent et l'adulte, le code est sans doute utilisé principalement lorsque l'intoxication au cannabis est la problématique principale. Cependant, il manque probablement des données lorsqu'il s'agit de pathologies accidentelles liées au cannabis dont le code diagnostique ne comprend pas l'intoxication au cannabis elle-même.

Comparé à l'analyse du PMSI, la transmission quotidienne des RPU au niveau national permettrait une plus grande réactivité et une automatisation de leur analyse, estiment par ailleurs les auteurs. Les RPU permettent aussi d'appréhender les cas non hospitalisés.

La faisabilité d'un système de surveillance des intoxications au cannabis à partir des RPU devra être évaluée sur des données nationales. "L'amélioration de la qualité des données transmises par les services d'urgence et le travail d'homogénéisation du codage diagnostique, mené notamment par la Fédération des observatoires régionaux des urgences (Fedoru) sont des éléments important dans cette perspective", ajoutent-ils.

(BEH, n°43, p775-781)

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