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07/04 2026
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PATIENTS SANS MÉDECIN TRAITANT: À CHÂTEAUROUX, UN CENTRE DE SANTÉ SPÉCIALISÉ DANS LE SUIVI DES PATHOLOGIES CHRONIQUES

(Par Julie RICHARD, à Châteauroux)

CHÂTEAUROUX (Indre), 7 avril 2026 (APMnews) - Ouvert depuis décembre 2021 à Châteauroux (Indre), l'Osat 36 (offre de soins alternative et transitoire) est un centre de santé qui accueille en priorité les patients en affection longue durée (ALD) sans médecin traitant, a constaté APMnews sur place, lors d'un voyage de presse organisé la semaine dernière par l'agence d'attractivité de l'Indre.


Créée par la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) "Châteauroux and Co" en 2021, cette structure, considérée comme un "groupement d'intérêt public", est gérée et financée par le groupement d'intérêt public (GIP) Pro Santé Centre-Val de Loire (voir encadré).


Le projet a émergé en 2019 dans la tête de la Dr Laurence Philippe, médecin généraliste et ancienne présidente de la CPTS "Châteauroux and Co", alors que le département de l'Indre assiste au départ de nombreux médecins dans un contexte de crise sanitaire.


Selon l'agence d'attractivité de l'Indre, le département a perdu "près d'un médecin sur six en quinze ans" et "le ratio de médecins généralistes libéraux est aujourd'hui très en deçà des besoins, avec 112 généralistes libéraux pour un département de 220.000 habitants".


"En tant que médecin généraliste, je me suis dit à ce moment-là qu'il y avait quelque chose à créer pour renforcer le suivi des patients sans médecin traitant avec des pathologies chroniques car pour moi, la médecine générale, c'est avant tout le suivi au long cours", s'est-elle remémoré.


Dans ce contexte, la CPTS a proposé à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Indre la création d'un centre de santé dévolu aux patients porteurs de pathologies chroniques et n'ayant pas de médecin traitant.


"L'idée était d'aller en complément des dispositifs du service d'accès aux soins 36 (SAS) et des centres de soins non programmés qui existaient déjà sur le département mais qui ne s'intéressaient pas au suivi au long cours", a-t-elle décrypté.


Le SAS 36 dispose d'une ligne d'écoute ouverte de 8 heures à 20 heures du lundi au vendredi et propose aux appelants le nécessitant des créneaux de consultations en présentiel pour des soins non programmés non urgents avec des médecins généralistes d'astreinte sur le territoire. Il fait partie des 22 projets pilotes retenus début 2021 par le ministère de la santé et de la prévention et qui devaient être généralisés début 2022 (cf dépêche du 20/07/2021 à 11:30).


55% des patients en ALD


Si au départ, l'Osat ne proposait de consultations de suivi de médecine générale qu'aux patients ayant une pathologie chronique sans médecin traitant, il a finalement dû élargir sa patientèle, faute de financements suffisants.


"On s'est vite rendu compte que le seul suivi de patients chroniques n'était pas viable financièrement", a souligné Aline Chassine Deniau, directrice du GIP, évoquant des "consultations très longues et peu rentables", des "agendas de médecins mous" et un découragement des praticiens de l'Osat "qui n'avaient à traiter que des cas très complexes".


Au bout d'un an, l'établissement s'est retrouvé avec un déficit de 100.000 euros, a-t-elle souligné.


Dès l'année suivante, les équipes ont donc décidé d'ouvrir le dispositif à tous les patients sans médecin traitant du territoire. Le dispositif accueille désormais toute la population du département qui le nécessite et propose même des consultations de pédiatrie. Il suit environ 2.000 patients et réalise près de 10.000 consultations par an.


Il fonctionne avec 2,6 ETP médecins et prévoit à terme de monter à 3 ETP. "Seul un médecin généraliste est à temps plein sur le site, le reste des ETP étant répartis entre les médecins retraités et les remplaçants", a précisé la Dr Philippe.


L'Osat compte aussi une infirmière en pratique avancée (IPA) et un ETP de secrétariat financé à 50% par la CPTS "Châteauroux and Co" et à 50% par la commune.


La proportion de patients en ALD reste cependant "largement au-dessus de la moyenne départementale", a défendu Aline Chassine Deniau, qui a insisté sur le souhait de continuer de privilégier ce public.


En effet, près de la moitié de la file active de l'Osat (55%) est en affection longue durée (ALD) et 50% des patients ont plus de 65 ans.


Si le dispositif est aujourd'hui "à l'équilibre", l'enjeu est "d'aller chercher de nouveaux médecins salariés et notamment de jeunes médecins ou des médecins en milieu de carrière", a concédé Aline Chassine Deniau. En outre, l'Osat espère à terme pouvoir se passer de la subvention d'équilibre délivrée par le GIP, a-t-elle noté.


Selon le GIP, l'Osat nécessite aujourd'hui un budget de 420.000 euros (hors investissement puisque celui-ci a été réalisé au moment de l'ouverture).


Ses locaux sont quant à eux mis à disposition gratuitement par la commune de Châteauroux.


Le GIP Pro Santé Centre-Val de Loire

Créé en 2020 et en activité depuis 2021, le GIP vise à créer et gérer administrativement des centres de santé pour développer l'activité salariée des médecins dans la région Centre-Val de Loire afin de lutter contre la désertification médicale, a-t-on appris.
Il se compose de trois collèges: le premier, composé de représentants politiques régionaux; le deuxième comptant une trentaine de collectivités territoriales et le troisième comprenant des structures partenaires (URPS, France Asso Santé, etc.).
Concentré au départ sur les soins primaires, il a toutefois peu à peu élargi son activité pour salarier des médecins spécialistes et plus récemment des IPA.
Aujourd'hui, il gère et finance 22 centres de santé qu'il a contribué à créer dans la région, dont l'Osat.
Il s'est fixé comme objectif le recrutement de "83 médecins d'ici à 2026" avec "12 nouveaux médecins qui arrivent en 2026", a noté Aline Chassine Deniau.
Pour la plupart de ces centres, le GIP bénéficie d'une aide des communes, notamment par la mise à disposition gratuite des locaux.
Il s'appuie aussi sur un financement global de 2 millions d'euros via des fonds européens.


jr/nc/APMnews

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(Par Julie RICHARD, à Châteauroux)

CHÂTEAUROUX (Indre), 7 avril 2026 (APMnews) - Ouvert depuis décembre 2021 à Châteauroux (Indre), l'Osat 36 (offre de soins alternative et transitoire) est un centre de santé qui accueille en priorité les patients en affection longue durée (ALD) sans médecin traitant, a constaté APMnews sur place, lors d'un voyage de presse organisé la semaine dernière par l'agence d'attractivité de l'Indre.


Créée par la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) "Châteauroux and Co" en 2021, cette structure, considérée comme un "groupement d'intérêt public", est gérée et financée par le groupement d'intérêt public (GIP) Pro Santé Centre-Val de Loire (voir encadré).


Le projet a émergé en 2019 dans la tête de la Dr Laurence Philippe, médecin généraliste et ancienne présidente de la CPTS "Châteauroux and Co", alors que le département de l'Indre assiste au départ de nombreux médecins dans un contexte de crise sanitaire.


Selon l'agence d'attractivité de l'Indre, le département a perdu "près d'un médecin sur six en quinze ans" et "le ratio de médecins généralistes libéraux est aujourd'hui très en deçà des besoins, avec 112 généralistes libéraux pour un département de 220.000 habitants".


"En tant que médecin généraliste, je me suis dit à ce moment-là qu'il y avait quelque chose à créer pour renforcer le suivi des patients sans médecin traitant avec des pathologies chroniques car pour moi, la médecine générale, c'est avant tout le suivi au long cours", s'est-elle remémoré.


Dans ce contexte, la CPTS a proposé à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Indre la création d'un centre de santé dévolu aux patients porteurs de pathologies chroniques et n'ayant pas de médecin traitant.


"L'idée était d'aller en complément des dispositifs du service d'accès aux soins 36 (SAS) et des centres de soins non programmés qui existaient déjà sur le département mais qui ne s'intéressaient pas au suivi au long cours", a-t-elle décrypté.


Le SAS 36 dispose d'une ligne d'écoute ouverte de 8 heures à 20 heures du lundi au vendredi et propose aux appelants le nécessitant des créneaux de consultations en présentiel pour des soins non programmés non urgents avec des médecins généralistes d'astreinte sur le territoire. Il fait partie des 22 projets pilotes retenus début 2021 par le ministère de la santé et de la prévention et qui devaient être généralisés début 2022 (cf dépêche du 20/07/2021 à 11:30).


55% des patients en ALD


Si au départ, l'Osat ne proposait de consultations de suivi de médecine générale qu'aux patients ayant une pathologie chronique sans médecin traitant, il a finalement dû élargir sa patientèle, faute de financements suffisants.


"On s'est vite rendu compte que le seul suivi de patients chroniques n'était pas viable financièrement", a souligné Aline Chassine Deniau, directrice du GIP, évoquant des "consultations très longues et peu rentables", des "agendas de médecins mous" et un découragement des praticiens de l'Osat "qui n'avaient à traiter que des cas très complexes".


Au bout d'un an, l'établissement s'est retrouvé avec un déficit de 100.000 euros, a-t-elle souligné.


Dès l'année suivante, les équipes ont donc décidé d'ouvrir le dispositif à tous les patients sans médecin traitant du territoire. Le dispositif accueille désormais toute la population du département qui le nécessite et propose même des consultations de pédiatrie. Il suit environ 2.000 patients et réalise près de 10.000 consultations par an.


Il fonctionne avec 2,6 ETP médecins et prévoit à terme de monter à 3 ETP. "Seul un médecin généraliste est à temps plein sur le site, le reste des ETP étant répartis entre les médecins retraités et les remplaçants", a précisé la Dr Philippe.


L'Osat compte aussi une infirmière en pratique avancée (IPA) et un ETP de secrétariat financé à 50% par la CPTS "Châteauroux and Co" et à 50% par la commune.


La proportion de patients en ALD reste cependant "largement au-dessus de la moyenne départementale", a défendu Aline Chassine Deniau, qui a insisté sur le souhait de continuer de privilégier ce public.


En effet, près de la moitié de la file active de l'Osat (55%) est en affection longue durée (ALD) et 50% des patients ont plus de 65 ans.


Si le dispositif est aujourd'hui "à l'équilibre", l'enjeu est "d'aller chercher de nouveaux médecins salariés et notamment de jeunes médecins ou des médecins en milieu de carrière", a concédé Aline Chassine Deniau. En outre, l'Osat espère à terme pouvoir se passer de la subvention d'équilibre délivrée par le GIP, a-t-elle noté.


Selon le GIP, l'Osat nécessite aujourd'hui un budget de 420.000 euros (hors investissement puisque celui-ci a été réalisé au moment de l'ouverture).


Ses locaux sont quant à eux mis à disposition gratuitement par la commune de Châteauroux.


Le GIP Pro Santé Centre-Val de Loire

Créé en 2020 et en activité depuis 2021, le GIP vise à créer et gérer administrativement des centres de santé pour développer l'activité salariée des médecins dans la région Centre-Val de Loire afin de lutter contre la désertification médicale, a-t-on appris.
Il se compose de trois collèges: le premier, composé de représentants politiques régionaux; le deuxième comptant une trentaine de collectivités territoriales et le troisième comprenant des structures partenaires (URPS, France Asso Santé, etc.).
Concentré au départ sur les soins primaires, il a toutefois peu à peu élargi son activité pour salarier des médecins spécialistes et plus récemment des IPA.
Aujourd'hui, il gère et finance 22 centres de santé qu'il a contribué à créer dans la région, dont l'Osat.
Il s'est fixé comme objectif le recrutement de "83 médecins d'ici à 2026" avec "12 nouveaux médecins qui arrivent en 2026", a noté Aline Chassine Deniau.
Pour la plupart de ces centres, le GIP bénéficie d'une aide des communes, notamment par la mise à disposition gratuite des locaux.
Il s'appuie aussi sur un financement global de 2 millions d'euros via des fonds européens.


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