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18/12 2023
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PLATEFORMES DE TÉLÉCONSULTATION: DES MAJORATIONS DE NUIT ET JOUR FÉRIÉ ABUSIVES EN ILE-DE-FRANCE?

PARIS, 18 décembre 2023 (APMnews) - Une enquête de l'assurance maladie, dont APMnews a eu connaissance, lève le doute sur les pratiques des plateformes de téléconsultation, dont la part des majorations de nuit ou de jour férié représentaient plus du double de celle des médecins généralistes au premier semestre 2023 en Ile-de-France.

Cette enquête conduite par les caisses primaires d'assurance maladie (CPAM) franciliennes, présentées aux instances conventionnelles locales et signalée par MG France début décembre, a montré que près de 772.500 assurés franciliens de 16 ans et plus ont bénéficié au moins d'une téléconsultation au premier semestre.

Sur 1,433 million de téléconsultations, environ 57% étaient le fait d'un médecin généraliste libéral et environ 36% étaient réalisées via une plateforme spécialisée.

Sur ce volume, la part des téléconsultations facturée par les médecins généralistes s'établissait à 91% sans majoration, contre 76,9% pour les plateformes spécialisées.

Les praticiens libéraux affichaient ainsi au premier semestre 6,3% de téléconsultations avec majoration de nuit contre 13% pour les plateformes, et 2,7% de téléconsultations avec majoration pour jour férié contre 10,1% pour les plateformes.

La part de téléconsultations avec majoration s'élevait à 27,4% pour Paris, 25% en Seine-et-Marne, 25,8% dans les Yvelines, 25% dans l'Essonne, 26,7% dans les Hauts-de-Seine, 27,3% dans le Val-de-Marne et 26% dans le Val-d'Oise.

En revanche, en Seine-Saint-Denis, ce pourcentage est tombé à 5,2% après l'organisation de contrôles sur la facturation diligentés par la CPAM. Selon MG France, ces contrôles auraient donné lieu à une récupération d'indus à hauteur de plus d'un million d'euros pour cette seule caisse.

Interrogée par APMnews afin de savoir si des enquêtes de facturation similaires à celle conduite en Seine-Saint-Denis seraient conduites prochainement par les autres CPAM au vu de l'ampleur des indus récupérés, la Caisse nationale de l'assurance maladie (Cnam) a indiqué mercredi que des "travaux" étaient en cours au niveau national, sans souhaiter communiquer davantage.

L'enquête francilienne révèle par ailleurs une dissymétrie chez les bénéficiaires des téléconsultations, selon qu'elles sont réalisées auprès de plateformes ou par les médecins généralistes.

L'assurance maladie note que 4.046 médecins généralistes sur 7.995 exerçant en Ile-de-France ont facturé au moins une téléconsultation au premier semestre.

Plus de 60,5% de leurs téléconsultations concernaient un patient dont ils sont le médecin traitant (contre 0,1% pour les plateformes) et 6,4% un patient sans médecin traitant (18,9% pour les plateformes).

Les moins de 40 ans surreprésentés auprès des plateformes

La structure par sexe est similaire (64,6% de femmes consultant le médecin et 65% consultant une plateforme), mais les patients bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire (C2S) apparaissent surreprésentés au sein des téléconsultations réalisées par les plateformes (30,5% contre 18,2% chez les médecins généralistes), surtout s'ils n'ont pas de médecin traitant.

Surtout, la structure par âge montre que la population ayant recours aux plateformes est plus jeune: l'âge moyen est de 43,6 ans pour les patients sollicitant une téléconsultation des médecins généralistes, contre 31,2 ans pour les plateformes.

Chez les médecins libéraux, 49,1% des consultations concernent des patients âgés de 20 à 39 ans contre 75,8% pour les plateformes. Les 60 ans et plus concernent 16,6% des téléconsultations des généralistes mais seulement 2,9% des plateformes.

L'enquête montre par ailleurs que la part des téléconsultations en rapport avec une affection de longue durée (ALD) atteint 21,3% chez les médecins généralistes (6,5% d'ALD sans rapport), contre 6,6% pour les plateformes (3,5% d'ALD sans rapport).

S'agissant des prescriptions d'arrêt maladie, la proportion des téléconsultations se traduisant par un arrêt de travail et le versement d'indemnités journalières est moindre pour les plateformes (6,4% contre 10,7% chez les médecins libéraux) et leur durée est deux fois plus courte en moyenne (2,7 jours contre 6 jours).

L'assurance maladie constate, chez les médecins libéraux (traitants ou non) une forte part de téléconsultations avec arrêt initial pour les patients âgés de 20 à 29 ans, des durées moyennes d'arrêts initiaux croissantes avec l'âge des patients. A l'inverse, la proportion de téléconsultation avec arrêt initial est stable (autour de 6,5%, avec une durée d'environ trois jours en moyenne quelle que soit la tranche d'âge).

La part des téléconsultations assorties de prescriptions de médicaments s'élève à 31% chez les plateformes (3,8 boîtes en moyenne) et 39,3% pour les médecins généralistes libéraux (6,1 boîtes mais 5,1 si le praticien n'est pas le médecin traitant).

La première classe prescrite est celle des analgésiques (31,9% pour les plateformes, 26,9% pour les médecins libéraux), devant les antibiotiques (14,7% pour les plateformes, 5,8% pour les médecins libéraux).

Environ 17% des téléconsultations effectuées auprès de plateformes sont suivies dans les 15 jours suivants d'une consultation physique avec un praticien (21% pour les téléconsultations effectuées par un généraliste libéral), soit 11 points de plus que pour les "reconsultations" après une première consultation en cabinet chez le médecin (+6 points pour les généralistes libéraux).

Pour MG France, ces résultats démontrent que "les principaux 'bénéficiaires' de ces téléconsultations ne sont donc pas les patients âgés polypathologiques n'ayant plus de médecin traitant comme on a voulu nous le faire croire", écrivait le syndicat dans son communiqué du 3 décembre.

"La téléconsultation n'est qu'un outil, qui doit être à la disposition du médecin généraliste traitant et de ses patients. Comme c'était prévisible, son usage débridé hors du cadre du parcours de soins, que ce soit au sein d'une plateforme, dans la télécabine d'une gare, d'un supermarché ou d'une officine constitue trop souvent un mésusage des fonds publics comme des effectifs médicaux", estime le syndicat, qui renouvelle son appel à réguler les pratiques de téléconsultation.

vg/ab/APMnews

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PARIS, 18 décembre 2023 (APMnews) - Une enquête de l'assurance maladie, dont APMnews a eu connaissance, lève le doute sur les pratiques des plateformes de téléconsultation, dont la part des majorations de nuit ou de jour férié représentaient plus du double de celle des médecins généralistes au premier semestre 2023 en Ile-de-France.

Cette enquête conduite par les caisses primaires d'assurance maladie (CPAM) franciliennes, présentées aux instances conventionnelles locales et signalée par MG France début décembre, a montré que près de 772.500 assurés franciliens de 16 ans et plus ont bénéficié au moins d'une téléconsultation au premier semestre.

Sur 1,433 million de téléconsultations, environ 57% étaient le fait d'un médecin généraliste libéral et environ 36% étaient réalisées via une plateforme spécialisée.

Sur ce volume, la part des téléconsultations facturée par les médecins généralistes s'établissait à 91% sans majoration, contre 76,9% pour les plateformes spécialisées.

Les praticiens libéraux affichaient ainsi au premier semestre 6,3% de téléconsultations avec majoration de nuit contre 13% pour les plateformes, et 2,7% de téléconsultations avec majoration pour jour férié contre 10,1% pour les plateformes.

La part de téléconsultations avec majoration s'élevait à 27,4% pour Paris, 25% en Seine-et-Marne, 25,8% dans les Yvelines, 25% dans l'Essonne, 26,7% dans les Hauts-de-Seine, 27,3% dans le Val-de-Marne et 26% dans le Val-d'Oise.

En revanche, en Seine-Saint-Denis, ce pourcentage est tombé à 5,2% après l'organisation de contrôles sur la facturation diligentés par la CPAM. Selon MG France, ces contrôles auraient donné lieu à une récupération d'indus à hauteur de plus d'un million d'euros pour cette seule caisse.

Interrogée par APMnews afin de savoir si des enquêtes de facturation similaires à celle conduite en Seine-Saint-Denis seraient conduites prochainement par les autres CPAM au vu de l'ampleur des indus récupérés, la Caisse nationale de l'assurance maladie (Cnam) a indiqué mercredi que des "travaux" étaient en cours au niveau national, sans souhaiter communiquer davantage.

L'enquête francilienne révèle par ailleurs une dissymétrie chez les bénéficiaires des téléconsultations, selon qu'elles sont réalisées auprès de plateformes ou par les médecins généralistes.

L'assurance maladie note que 4.046 médecins généralistes sur 7.995 exerçant en Ile-de-France ont facturé au moins une téléconsultation au premier semestre.

Plus de 60,5% de leurs téléconsultations concernaient un patient dont ils sont le médecin traitant (contre 0,1% pour les plateformes) et 6,4% un patient sans médecin traitant (18,9% pour les plateformes).

Les moins de 40 ans surreprésentés auprès des plateformes

La structure par sexe est similaire (64,6% de femmes consultant le médecin et 65% consultant une plateforme), mais les patients bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire (C2S) apparaissent surreprésentés au sein des téléconsultations réalisées par les plateformes (30,5% contre 18,2% chez les médecins généralistes), surtout s'ils n'ont pas de médecin traitant.

Surtout, la structure par âge montre que la population ayant recours aux plateformes est plus jeune: l'âge moyen est de 43,6 ans pour les patients sollicitant une téléconsultation des médecins généralistes, contre 31,2 ans pour les plateformes.

Chez les médecins libéraux, 49,1% des consultations concernent des patients âgés de 20 à 39 ans contre 75,8% pour les plateformes. Les 60 ans et plus concernent 16,6% des téléconsultations des généralistes mais seulement 2,9% des plateformes.

L'enquête montre par ailleurs que la part des téléconsultations en rapport avec une affection de longue durée (ALD) atteint 21,3% chez les médecins généralistes (6,5% d'ALD sans rapport), contre 6,6% pour les plateformes (3,5% d'ALD sans rapport).

S'agissant des prescriptions d'arrêt maladie, la proportion des téléconsultations se traduisant par un arrêt de travail et le versement d'indemnités journalières est moindre pour les plateformes (6,4% contre 10,7% chez les médecins libéraux) et leur durée est deux fois plus courte en moyenne (2,7 jours contre 6 jours).

L'assurance maladie constate, chez les médecins libéraux (traitants ou non) une forte part de téléconsultations avec arrêt initial pour les patients âgés de 20 à 29 ans, des durées moyennes d'arrêts initiaux croissantes avec l'âge des patients. A l'inverse, la proportion de téléconsultation avec arrêt initial est stable (autour de 6,5%, avec une durée d'environ trois jours en moyenne quelle que soit la tranche d'âge).

La part des téléconsultations assorties de prescriptions de médicaments s'élève à 31% chez les plateformes (3,8 boîtes en moyenne) et 39,3% pour les médecins généralistes libéraux (6,1 boîtes mais 5,1 si le praticien n'est pas le médecin traitant).

La première classe prescrite est celle des analgésiques (31,9% pour les plateformes, 26,9% pour les médecins libéraux), devant les antibiotiques (14,7% pour les plateformes, 5,8% pour les médecins libéraux).

Environ 17% des téléconsultations effectuées auprès de plateformes sont suivies dans les 15 jours suivants d'une consultation physique avec un praticien (21% pour les téléconsultations effectuées par un généraliste libéral), soit 11 points de plus que pour les "reconsultations" après une première consultation en cabinet chez le médecin (+6 points pour les généralistes libéraux).

Pour MG France, ces résultats démontrent que "les principaux 'bénéficiaires' de ces téléconsultations ne sont donc pas les patients âgés polypathologiques n'ayant plus de médecin traitant comme on a voulu nous le faire croire", écrivait le syndicat dans son communiqué du 3 décembre.

"La téléconsultation n'est qu'un outil, qui doit être à la disposition du médecin généraliste traitant et de ses patients. Comme c'était prévisible, son usage débridé hors du cadre du parcours de soins, que ce soit au sein d'une plateforme, dans la télécabine d'une gare, d'un supermarché ou d'une officine constitue trop souvent un mésusage des fonds publics comme des effectifs médicaux", estime le syndicat, qui renouvelle son appel à réguler les pratiques de téléconsultation.

vg/ab/APMnews

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