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07/12 2020
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SÉGUR DE LA SANTÉ: LE DÉTAIL DES MESURES POUR LA PSYCHIATRIE (FRANK BELLIVIER)

(Par Aurélie FRANC et Valérie LESPEZ)

PARIS, 7 décembre 2020 (APMnews) - Le délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie, Frank Bellivier, a précisé les mesures mises en oeuvre pour la psychiatrie et la santé mentale dans le cadre du Ségur de la santé, ainsi que leur financement et le calendrier de leur application, lors d'un entretien avec APMnews, vendredi.

Le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, avait promis, au moment de la présentation des mesures issues du Ségur de la santé, "une nouvelle ambition" pour la feuille de route santé mentale et psychiatrie, détaillant plusieurs mesures concernant ce secteur, rappelle-t-on (cf dépêche du 21/07/2020 à 17:13).

Parmi ces "mesures spécifiques", Frank Bellivier a rappelé que des crédits d'un montant de 4,3 millions d'euros (M€) sont prévus dans la dernière circulaire de 2020 pour le "renforcement des cellules d'urgences médico-psychologiques [Cump]" (cf dépêche du 30/10/2020 à 16:58). Il s'agit donc d'une mesure "à effet relativement immédiat".

Au total, 41 Cump "vont se voir dotées de deux équivalents temps plein [ETP] supplémentaires", un ETP d'infirmier et un ETP de psychologue, rappelle-t-on. Il s'agit, selon Frank Bellivier, de "reconnaître la contribution des [Cump] dans la gestion de la crise, et notamment dans l'appui des établissements qui étaient loin des ressources psychiatriques", tels que les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) (cf dépêche du 25/11/2020 à 12:41). Les Cump ont également "été mobilisées par les plateformes téléphoniques", grâce à une "articulation fonctionnelle" avec les cellules d'écoute, a rappelé le délégué.

Deuxième mesure, les "centres de consultation" seront renforcés, dont les centres médico-psychologiques (CMP), par le recrutement de 160 ETP de psychologues, a annoncé Olivier Véran en juillet. Frank Bellivier a précisé qu'il sera demandé aux agences régionales de santé (ARS) d'abord "de renforcer les structures enfants/adolescents", et qu'"une dizaine de [ces] postes" sont réservés aux centres régionaux de psychotrauma (CRP). Le montant alloué à cette mesure est de 9,6 M€.

Lors du Ségur, "nous avons porté la mesure générale de mise en place des binômes de médecin généralistes/psychologues" libéraux pour "une activité de repérage précoce, de dépistage, d'activité de première ligne", a également souligné Frank Bellivier. Si cette "mesure générale n'a pas été retenue", le Ségur prévoit une "mesure plus restreinte" visant à "ventiler 200 ETP de psychologues de première ligne en binôme avec des médecins généralistes en maison de santé pluriprofessionnelle [MSP]". En parallèle, le délégué a expliqué qu'il lui avait été demandé de continuer à "travailler la mesure générale".

La mise en place de cette mesure, dotée de 12 M€, devrait démarrer en mars 2021. Elle "s'inscrit dans la continuité de l'expérimentation Cnam [Caisse nationale d'assurance maladie]" (cf dépêche du 23/04/2018 à 15:09), mais les indications et les tranches d'âges seront élargies.

Montée en charge progressive pour le numéro national de prévention du suicide

La quatrième mesure concerne "le numéro unique national de prévention du suicide". C'est "une mesure que nous attendions depuis longtemps dans la stratégie nationale de la prévention du suicide" (cf dépêche du 17/09/2019 à 12:25), a rappelé Frank Bellivier.

Un "appel à manifestation d'intérêt" sera lancé. "On est en train de travailler le cahier des charges pour retenir l'équipe pilote nationale de ce numéro national unique", a indiqué Frank Bellivier.

Observant que la stratégie nationale des CRP est pilotée par "une ARS et une équipe pilote", tandis que le dispositif de prévention du suicide VigilanS dispose d'un "centre coordonnateur", "je pense que c'est très bien si le pilotage d'un numéro national unique est confié à une ARS et à une équipe experte", a-t-il jugé, assurant que cette décision avait été "concertée" avec les différents acteurs.

"Le fonctionnement d'un numéro commun pour une région ou plusieurs régions va se mettre en place par étapes et probablement qu'on aura une couverture de l'ensemble du territoire fin 2021, mais plus vraisemblablement début 2022", a calculé Frank Bellivier. Pour lui, "on ne part pas de zéro", la mise en place du numéro étant "considérablement facilitée" par le réseau national VigilanS.

En 2021, le montant investi sera de 12 M€. Les années suivantes, il sera "probablement" de 16 M€ par an, "puisqu'il y une phase progressive de montée en charge".

Le délégué ministériel a enfin cité les mesures du Ségur de la santé travaillées en coopération avec la délégation interministérielle à la lutte contre la pauvreté, et "portées plutôt" par cette dernière. Il s'agit de mesures "à destination des publics les plus vulnérables" qui sont "les plus éloignées du soin", tels que "les personnes précaires, les enfants de l'ASE [aide sociale à l'enfance], les migrants, les personnes sous main de justice, etc."

Le "renforcement" des permanences d'accès aux soins de santé (Pass), et notamment des Pass "psy", est prévu en 2021 (10M€), ainsi que celui des équipes de liaison et de soins en addictologie (Elsa, 10M€), et des équipes mobiles de psychiatrie précarité (10M€).

Coordonnateurs de PTSM: un "profil senior"

Le délégué ministériel est également revenu sur l'annonce d'Olivier Véran, fin novembre, de création d'un poste de coordonnateur pour chacun des 103 projets territoriaux de santé mentale (PTSM) (cf dépêche du 27/11/2020 à 18:33). "Le Ségur a été une opportunité pour inscrire [la création de] ces coordonnateurs de PTSM", a-t-il expliqué, précisant que cette mesure est "à effet tout début 2021".

Les PTSM ont été élaborés "sur la base du volontariat", a rappelé Frank Bellivier. Et, "au travers [des] rencontres que j'ai eues avec les différents acteurs", "très vite, j'ai été convaincu qu'il fallait absolument inscrire une dynamique dans la durée pour poursuivre ces travaux d'intégration", les PTSM étant "un objet vivant". "Dès fin 2019, je faisais remonter cet investissement qui me paraissait très logique et surtout très utile pour maintenir cette dynamique née de la démarche PTSM", a-t-il rapporté.

Frank Bellivier a expliqué que les profils recherchés sont plutôt des "profils senior". S'il peut s'agir de "soignants" ou d'"administratifs", les personnes recrutées doivent être "très au fait des logiques de fonctionnement des différents secteurs", car "c'est vraiment une activité de coordination et d'animation, avec des logiques de secteurs qu'il faut concilier".

L'enveloppe pour la création de ces 103 ETP devrait être d'environ 6 M€. "Je pense que cette mesure était très attendue si j'en juge par la rapidité avec laquelle les ARS [l']ont saluée, d’une part, et ont anticipé la ventilation financière [d'autre part]", a-t-il souligné. Selon lui, "certaines ARS ont commencé à recruter" ces coordonnateurs.

Interrogé sur la tutelle de ces coordonnateurs, Frank Bellivier a expliqué que le choix avait été laissé "libre". Ils peuvent ainsi être placés sous la responsabilité d'un conseil départemental, d'une ARS ou d'un établissement, par exemple. Une circulaire sera diffusée en janvier sur ce sujet, a-t-il promis.

Concernant les PTSM, dont la date de rendu est le lundi 28 décembre (cf dépêche du 18/08/2020 à 10:40), Frank Bellivier a remarqué qu'il y a "encore certains retardataires", rares selon lui, et sans que cela ne soit préjudiciable. Il a précisé que, pour l'étape de contractualisation, c'est-à-dire la signature des contrats territoriaux de santé mentale (CTSM), une note d'information a été diffusée afin d'"encourager les contractualisations multiples". "On a encouragé les ARS à inviter les acteurs qui sont mobilisés dans ces actions à cosigner le contrat."

En préambule de l'entretien avec APMnews, Frank Bellivier a rappelé que "des mesures générales" du Ségur de la santé concernent également la psychiatrie, citant les "investissements très importants [...] notamment sur le parc hospitalier", ainsi que "l'investissement numérique".

Lors de cet entretien, Frank Bellivier est également revenu sur le report de la réforme du financement de la psychiatrie (cf dépêche du 07/12/2020 à 18:08 ) et sur la difficulté à mettre en oeuvre le nouveau cadre des pratiques d'isolement et la contention (cf APM AF3QKZ6FO).

af-vl/ab/APMnews

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(Par Aurélie FRANC et Valérie LESPEZ)

PARIS, 7 décembre 2020 (APMnews) - Le délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie, Frank Bellivier, a précisé les mesures mises en oeuvre pour la psychiatrie et la santé mentale dans le cadre du Ségur de la santé, ainsi que leur financement et le calendrier de leur application, lors d'un entretien avec APMnews, vendredi.

Le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, avait promis, au moment de la présentation des mesures issues du Ségur de la santé, "une nouvelle ambition" pour la feuille de route santé mentale et psychiatrie, détaillant plusieurs mesures concernant ce secteur, rappelle-t-on (cf dépêche du 21/07/2020 à 17:13).

Parmi ces "mesures spécifiques", Frank Bellivier a rappelé que des crédits d'un montant de 4,3 millions d'euros (M€) sont prévus dans la dernière circulaire de 2020 pour le "renforcement des cellules d'urgences médico-psychologiques [Cump]" (cf dépêche du 30/10/2020 à 16:58). Il s'agit donc d'une mesure "à effet relativement immédiat".

Au total, 41 Cump "vont se voir dotées de deux équivalents temps plein [ETP] supplémentaires", un ETP d'infirmier et un ETP de psychologue, rappelle-t-on. Il s'agit, selon Frank Bellivier, de "reconnaître la contribution des [Cump] dans la gestion de la crise, et notamment dans l'appui des établissements qui étaient loin des ressources psychiatriques", tels que les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) (cf dépêche du 25/11/2020 à 12:41). Les Cump ont également "été mobilisées par les plateformes téléphoniques", grâce à une "articulation fonctionnelle" avec les cellules d'écoute, a rappelé le délégué.

Deuxième mesure, les "centres de consultation" seront renforcés, dont les centres médico-psychologiques (CMP), par le recrutement de 160 ETP de psychologues, a annoncé Olivier Véran en juillet. Frank Bellivier a précisé qu'il sera demandé aux agences régionales de santé (ARS) d'abord "de renforcer les structures enfants/adolescents", et qu'"une dizaine de [ces] postes" sont réservés aux centres régionaux de psychotrauma (CRP). Le montant alloué à cette mesure est de 9,6 M€.

Lors du Ségur, "nous avons porté la mesure générale de mise en place des binômes de médecin généralistes/psychologues" libéraux pour "une activité de repérage précoce, de dépistage, d'activité de première ligne", a également souligné Frank Bellivier. Si cette "mesure générale n'a pas été retenue", le Ségur prévoit une "mesure plus restreinte" visant à "ventiler 200 ETP de psychologues de première ligne en binôme avec des médecins généralistes en maison de santé pluriprofessionnelle [MSP]". En parallèle, le délégué a expliqué qu'il lui avait été demandé de continuer à "travailler la mesure générale".

La mise en place de cette mesure, dotée de 12 M€, devrait démarrer en mars 2021. Elle "s'inscrit dans la continuité de l'expérimentation Cnam [Caisse nationale d'assurance maladie]" (cf dépêche du 23/04/2018 à 15:09), mais les indications et les tranches d'âges seront élargies.

Montée en charge progressive pour le numéro national de prévention du suicide

La quatrième mesure concerne "le numéro unique national de prévention du suicide". C'est "une mesure que nous attendions depuis longtemps dans la stratégie nationale de la prévention du suicide" (cf dépêche du 17/09/2019 à 12:25), a rappelé Frank Bellivier.

Un "appel à manifestation d'intérêt" sera lancé. "On est en train de travailler le cahier des charges pour retenir l'équipe pilote nationale de ce numéro national unique", a indiqué Frank Bellivier.

Observant que la stratégie nationale des CRP est pilotée par "une ARS et une équipe pilote", tandis que le dispositif de prévention du suicide VigilanS dispose d'un "centre coordonnateur", "je pense que c'est très bien si le pilotage d'un numéro national unique est confié à une ARS et à une équipe experte", a-t-il jugé, assurant que cette décision avait été "concertée" avec les différents acteurs.

"Le fonctionnement d'un numéro commun pour une région ou plusieurs régions va se mettre en place par étapes et probablement qu'on aura une couverture de l'ensemble du territoire fin 2021, mais plus vraisemblablement début 2022", a calculé Frank Bellivier. Pour lui, "on ne part pas de zéro", la mise en place du numéro étant "considérablement facilitée" par le réseau national VigilanS.

En 2021, le montant investi sera de 12 M€. Les années suivantes, il sera "probablement" de 16 M€ par an, "puisqu'il y une phase progressive de montée en charge".

Le délégué ministériel a enfin cité les mesures du Ségur de la santé travaillées en coopération avec la délégation interministérielle à la lutte contre la pauvreté, et "portées plutôt" par cette dernière. Il s'agit de mesures "à destination des publics les plus vulnérables" qui sont "les plus éloignées du soin", tels que "les personnes précaires, les enfants de l'ASE [aide sociale à l'enfance], les migrants, les personnes sous main de justice, etc."

Le "renforcement" des permanences d'accès aux soins de santé (Pass), et notamment des Pass "psy", est prévu en 2021 (10M€), ainsi que celui des équipes de liaison et de soins en addictologie (Elsa, 10M€), et des équipes mobiles de psychiatrie précarité (10M€).

Coordonnateurs de PTSM: un "profil senior"

Le délégué ministériel est également revenu sur l'annonce d'Olivier Véran, fin novembre, de création d'un poste de coordonnateur pour chacun des 103 projets territoriaux de santé mentale (PTSM) (cf dépêche du 27/11/2020 à 18:33). "Le Ségur a été une opportunité pour inscrire [la création de] ces coordonnateurs de PTSM", a-t-il expliqué, précisant que cette mesure est "à effet tout début 2021".

Les PTSM ont été élaborés "sur la base du volontariat", a rappelé Frank Bellivier. Et, "au travers [des] rencontres que j'ai eues avec les différents acteurs", "très vite, j'ai été convaincu qu'il fallait absolument inscrire une dynamique dans la durée pour poursuivre ces travaux d'intégration", les PTSM étant "un objet vivant". "Dès fin 2019, je faisais remonter cet investissement qui me paraissait très logique et surtout très utile pour maintenir cette dynamique née de la démarche PTSM", a-t-il rapporté.

Frank Bellivier a expliqué que les profils recherchés sont plutôt des "profils senior". S'il peut s'agir de "soignants" ou d'"administratifs", les personnes recrutées doivent être "très au fait des logiques de fonctionnement des différents secteurs", car "c'est vraiment une activité de coordination et d'animation, avec des logiques de secteurs qu'il faut concilier".

L'enveloppe pour la création de ces 103 ETP devrait être d'environ 6 M€. "Je pense que cette mesure était très attendue si j'en juge par la rapidité avec laquelle les ARS [l']ont saluée, d’une part, et ont anticipé la ventilation financière [d'autre part]", a-t-il souligné. Selon lui, "certaines ARS ont commencé à recruter" ces coordonnateurs.

Interrogé sur la tutelle de ces coordonnateurs, Frank Bellivier a expliqué que le choix avait été laissé "libre". Ils peuvent ainsi être placés sous la responsabilité d'un conseil départemental, d'une ARS ou d'un établissement, par exemple. Une circulaire sera diffusée en janvier sur ce sujet, a-t-il promis.

Concernant les PTSM, dont la date de rendu est le lundi 28 décembre (cf dépêche du 18/08/2020 à 10:40), Frank Bellivier a remarqué qu'il y a "encore certains retardataires", rares selon lui, et sans que cela ne soit préjudiciable. Il a précisé que, pour l'étape de contractualisation, c'est-à-dire la signature des contrats territoriaux de santé mentale (CTSM), une note d'information a été diffusée afin d'"encourager les contractualisations multiples". "On a encouragé les ARS à inviter les acteurs qui sont mobilisés dans ces actions à cosigner le contrat."

En préambule de l'entretien avec APMnews, Frank Bellivier a rappelé que "des mesures générales" du Ségur de la santé concernent également la psychiatrie, citant les "investissements très importants [...] notamment sur le parc hospitalier", ainsi que "l'investissement numérique".

Lors de cet entretien, Frank Bellivier est également revenu sur le report de la réforme du financement de la psychiatrie (cf dépêche du 07/12/2020 à 18:08 ) et sur la difficulté à mettre en oeuvre le nouveau cadre des pratiques d'isolement et la contention (cf APM AF3QKZ6FO).

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