Actualités de l'Urgence - APM
Retour
UNE MALADIE CHRONIQUE DU FOIE NON DIAGNOSTIQUÉE RETROUVÉE CHEZ 1,5% DE LA POPULATION GÉNÉRALE (PROJET EUROPÉEN LIVERSCREEN)
Des études nationales à petite échelle suggèrent que la fibrose hépatique non diagnostiquée est fréquente dans la population générale, mais son véritable poids et ses principaux facteurs de risque restent mal connus, a rappelé Laurent Castera, hépatologue à l'hôpital Beaujon (Paris, AP-HP).
Le projet LiverScreen, financé par le programme Horizon 2020 de la Commission européenne, avait pour objectif d'évaluer sa prévalence de manière non invasive dans une large cohorte prospective de la population générale européenne constituée de personnes de plus de 40 ans (la fibrose étant très rare avant cet âge) et d'analyser les liens avec les facteurs métaboliques et/ou la consommation d'alcool.
Au total, 30.199 personnes issues de neuf pays européens (35% d'Espagne, 11% du Danemark, 10% d'Italie, 9% de Slovaquie et de Croatie, 7% du Royaume-Uni, de France ou des Pays-Bas et 6% d'Allemagne) ont été recrutées par des centres de soins primaires entre mai 2018 et décembre 2024, soit lors d'un passage en ambulatoire, par courrier ou par téléphone.
Il s'agissait à 57% de femmes et l'âge moyen s'élevait à 58 ans. Les critères d'exclusion étaient une maladie chronique du foie déjà diagnostiquée, un cancer ou une maladie extrahépatique ayant un impact sur le pronostic à court terme.
Ces personnes ont eu un examen clinique, une évaluation de leur consommation d'alcool, des tests sanguins et un Fibroscan* (Echosens) pour mesurer l'élasticité hépatique.
Plus des deux tiers (70%) des participants avaient des facteurs de risque métaboliques: surpoids (40%), obésité (26%), dyslipidémie (53%), hypertension artérielle (35%) et/ou diabète de type 2 (10%). Plus de la moitié des participants (59%) déclaraient consommer de l'alcool, dont 7% de manière excessive.
Le taux de dépistage positif pour la fibrose hépatique s'est élevé à 6,9%. Un dépistage positif était défini par une élasticité hépatique supérieure ou égale à 8 kPa et/ou un taux d'alanine aminotransférase (ALAT) d'au moins 1,5 fois la limite supérieure à la normale.
La prévalence d'une élasticité hépatique supérieure à 8 kPa s'élevait à 4,6% (2,5% au-dessus de 10 kPa et 0,8% au-dessus de 15 kPa, suggérant la présence d'une cirrhose). Elle était de 1,3% chez les sujets sans facteurs de risque métaboliques, et de 2,2%, 5,2%, 9,4% et 20,7% chez les sujets présentant respectivement un, deux, trois ou quatre facteurs de risque.
Une consommation excessive d'alcool augmentait encore cette prévalence: 1,9% chez les sujets sans facteurs de risque et 6,5%, 9,3%, 15,3% et 37,1% chez les sujets présentant respectivement un, deux, trois ou quatre facteurs de risque.
Les facteurs prédictifs d'avoir une élasticité hépatique supérieure à 8 kPa étaient notamment l'obésité, le diabète de type 2 et une consommation d'alcool excessive, avec des odds ratios (mesure approchant le risque relatif, OR) de respectivement 3,4, 3 et 1,7.
Au total, 8% des personnes de la cohorte ont été orientées vers un centre expert pour une évaluation complète. Une maladie chronique du foie fibrosante a été confirmée chez 32% des participants ayant complété l'évaluation, soit une prévalence globale estimée à 1,5%. La stéatopathie métabolique représentait 93% des cas.
Un dépistage précoce ciblant les facteurs de risques est "essentiel" car "il peut permettre des interventions personnalisées visant à prévenir la progression vers la cirrhose et ses complications", a conclu Laurent Castera. Pour lui, il faudrait ajouter la mesure de l'élasticité hépatique dans les bilans réalisés par l'assurance maladie, en plus des transaminases.
Intérêt des tests non invasifs pour évaluer la réponse au sémaglutide dans la MASH
Laurent Castera a également présenté vendredi aux JFHOD une analyse secondaire des résultats à 72 semaines de l'essai de phase III ESSENCE comparant le sémaglutide (Wegovy*/Ozempic*, Novo Nordisk) à 2,4 mg à un placebo chez des patients ayant une stéatohépatite associée à un dysfonctionnement métabolique (MASH) et une fibrose de stade II ou 3 (cf dépêche du 04/11/2024 à 10:51).
Il a étudié la concordance entre les tests non invasifs et l'histologie pour évaluer la réponse.
Les résultats de l'histologie et des tests non invasifs étaient disponibles chez 394 patients pour l'activité de la maladie (résolution histologique de la MASH sans aggravation de la fibrose, diminution du taux d'ALAT de plus de 25% ou amélioration du score FAST combinant Fibroscan* -LSM-VCTE- et taux d'aspartate aminotransférase -ASAT) et chez 494 pour la fibrose (amélioration histologique sans aggravation de la MASH, diminution de la rigidité hépatique LSM-VCTE ou du score ELF -Enhanced Liver Fibrosis-, test sanguin non invasif).
Si l'on considère l'activité de la maladie, 90,3% des 269 patients du groupe sémaglutide ont présenté au moins un critère de réponse au traitement vs 59,2% des 152 patients du groupe placebo. Dans le groupe sémaglutide, 45,7% des patients ont présenté tous les critères de réponse (ALAT, FAST et histologie) par rapport à 10,4% dans le groupe placebo. Ils étaient 75,8% à avoir une amélioration des taux d'ALAT (37,6% pour le placebo), 75,1% à avoir deux des critères de réponse (30,4% dans le groupe placebo) et 62,5% à présenter des résultats concordants pour l'amélioration des ALAT et du score FAST (20% dans le groupe placebo).
S'agissant de la fibrose, 84,3% des 332 patients du groupe sémaglutide ont présenté au moins un des critères de réponse au traitement (54,9% dans le groupe placebo). Ils étaient 16% à avoir répondu à tous les critères de réponse (ELF, LSM-VCTE et histologie) vs 5,6% pour le groupe placebo, 53,6% à avoir une diminution de la LSM-VCTE (30,9% pour le placebo), 53,9% à avoir deux des critères de réponse (contre 19,2%) et 37,7% à présenter une concordance pour l'amélioration du score ELF et de la LSM-VCTE (10,5%).
"Cela suggère que l'utilisation des tests non invasifs pour [évaluer] la réponse au traitement pourrait permettre de capturer un plus grand nombre de patients que l'histologie seule", a conclu Laurent Castera, tout en soulignant que l'essai se poursuit afin de démontrer que les réponses mesurées conduisaient bien à un bénéfice clinique.
Interrogé sur l'utilisation des tests non invasifs par exemple pour arrêter le traitement chez un non-répondeur, il a souligné que ce sera "la question" que se poseront les spécialistes très rapidement, en plus de celle sur la sélection des patients pouvant recevoir le traitement car, dans ce dernier cas, les avis des experts sont discordants sur la valeur d'élasticité hépatique à utiliser.
Le sémaglutide a vu son autorisation de mise sur le marché (AMM) américaine dans l'obésité étendue de façon conditionnelle à la MASH en août 2025. En Europe, le comité des médicaments à usage humain (CMUH) de l'Agence européenne du médicament (EMA) s'est déclaré favorable fin janvier à son homologation dans la MASH sous un nouveau nom de marque proposé par Novo Nordisk, Kayshild* (cf dépêche du 30/01/2026 à 15:27).
En France, un premier traitement de la MASH est disponible depuis quelques semaines après avoir obtenu mi-février une autorisation d'accès précoce pour les patients ayant une fibrose avancée (F3), rappelle-t-on. Il s'agit du resmétirom (Rezdiffra*, Madrigal Pharmaceuticals), agoniste sélectif du récepteur β des hormones thyroïdiennes (cf dépêche du 12/02/2026 à 12:43).
cb/fb/nc/APMnews
Informations professionnelles
- AFMU
- Agenda
- Annonces de postes
- Annuaire de l'urgence
- Audits
- Calculateurs
- Cas cliniques
- CNPMU
- Cochrane PEC
- COVID-19
- DynaMed
- E-learning
- Géodes
- Grand public
- Librairie
- Médecine factuelle
- Outils professionnels
- Podcast
- Portail de l'urgence
- Recherche avancée
- Recommandations
- Recommandations SFMU
- Référentiels SFMU
- Textes réglementaires
- UrgencesDPC
- Webinaire
- Weblettre
Retour
UNE MALADIE CHRONIQUE DU FOIE NON DIAGNOSTIQUÉE RETROUVÉE CHEZ 1,5% DE LA POPULATION GÉNÉRALE (PROJET EUROPÉEN LIVERSCREEN)
Des études nationales à petite échelle suggèrent que la fibrose hépatique non diagnostiquée est fréquente dans la population générale, mais son véritable poids et ses principaux facteurs de risque restent mal connus, a rappelé Laurent Castera, hépatologue à l'hôpital Beaujon (Paris, AP-HP).
Le projet LiverScreen, financé par le programme Horizon 2020 de la Commission européenne, avait pour objectif d'évaluer sa prévalence de manière non invasive dans une large cohorte prospective de la population générale européenne constituée de personnes de plus de 40 ans (la fibrose étant très rare avant cet âge) et d'analyser les liens avec les facteurs métaboliques et/ou la consommation d'alcool.
Au total, 30.199 personnes issues de neuf pays européens (35% d'Espagne, 11% du Danemark, 10% d'Italie, 9% de Slovaquie et de Croatie, 7% du Royaume-Uni, de France ou des Pays-Bas et 6% d'Allemagne) ont été recrutées par des centres de soins primaires entre mai 2018 et décembre 2024, soit lors d'un passage en ambulatoire, par courrier ou par téléphone.
Il s'agissait à 57% de femmes et l'âge moyen s'élevait à 58 ans. Les critères d'exclusion étaient une maladie chronique du foie déjà diagnostiquée, un cancer ou une maladie extrahépatique ayant un impact sur le pronostic à court terme.
Ces personnes ont eu un examen clinique, une évaluation de leur consommation d'alcool, des tests sanguins et un Fibroscan* (Echosens) pour mesurer l'élasticité hépatique.
Plus des deux tiers (70%) des participants avaient des facteurs de risque métaboliques: surpoids (40%), obésité (26%), dyslipidémie (53%), hypertension artérielle (35%) et/ou diabète de type 2 (10%). Plus de la moitié des participants (59%) déclaraient consommer de l'alcool, dont 7% de manière excessive.
Le taux de dépistage positif pour la fibrose hépatique s'est élevé à 6,9%. Un dépistage positif était défini par une élasticité hépatique supérieure ou égale à 8 kPa et/ou un taux d'alanine aminotransférase (ALAT) d'au moins 1,5 fois la limite supérieure à la normale.
La prévalence d'une élasticité hépatique supérieure à 8 kPa s'élevait à 4,6% (2,5% au-dessus de 10 kPa et 0,8% au-dessus de 15 kPa, suggérant la présence d'une cirrhose). Elle était de 1,3% chez les sujets sans facteurs de risque métaboliques, et de 2,2%, 5,2%, 9,4% et 20,7% chez les sujets présentant respectivement un, deux, trois ou quatre facteurs de risque.
Une consommation excessive d'alcool augmentait encore cette prévalence: 1,9% chez les sujets sans facteurs de risque et 6,5%, 9,3%, 15,3% et 37,1% chez les sujets présentant respectivement un, deux, trois ou quatre facteurs de risque.
Les facteurs prédictifs d'avoir une élasticité hépatique supérieure à 8 kPa étaient notamment l'obésité, le diabète de type 2 et une consommation d'alcool excessive, avec des odds ratios (mesure approchant le risque relatif, OR) de respectivement 3,4, 3 et 1,7.
Au total, 8% des personnes de la cohorte ont été orientées vers un centre expert pour une évaluation complète. Une maladie chronique du foie fibrosante a été confirmée chez 32% des participants ayant complété l'évaluation, soit une prévalence globale estimée à 1,5%. La stéatopathie métabolique représentait 93% des cas.
Un dépistage précoce ciblant les facteurs de risques est "essentiel" car "il peut permettre des interventions personnalisées visant à prévenir la progression vers la cirrhose et ses complications", a conclu Laurent Castera. Pour lui, il faudrait ajouter la mesure de l'élasticité hépatique dans les bilans réalisés par l'assurance maladie, en plus des transaminases.
Intérêt des tests non invasifs pour évaluer la réponse au sémaglutide dans la MASH
Laurent Castera a également présenté vendredi aux JFHOD une analyse secondaire des résultats à 72 semaines de l'essai de phase III ESSENCE comparant le sémaglutide (Wegovy*/Ozempic*, Novo Nordisk) à 2,4 mg à un placebo chez des patients ayant une stéatohépatite associée à un dysfonctionnement métabolique (MASH) et une fibrose de stade II ou 3 (cf dépêche du 04/11/2024 à 10:51).
Il a étudié la concordance entre les tests non invasifs et l'histologie pour évaluer la réponse.
Les résultats de l'histologie et des tests non invasifs étaient disponibles chez 394 patients pour l'activité de la maladie (résolution histologique de la MASH sans aggravation de la fibrose, diminution du taux d'ALAT de plus de 25% ou amélioration du score FAST combinant Fibroscan* -LSM-VCTE- et taux d'aspartate aminotransférase -ASAT) et chez 494 pour la fibrose (amélioration histologique sans aggravation de la MASH, diminution de la rigidité hépatique LSM-VCTE ou du score ELF -Enhanced Liver Fibrosis-, test sanguin non invasif).
Si l'on considère l'activité de la maladie, 90,3% des 269 patients du groupe sémaglutide ont présenté au moins un critère de réponse au traitement vs 59,2% des 152 patients du groupe placebo. Dans le groupe sémaglutide, 45,7% des patients ont présenté tous les critères de réponse (ALAT, FAST et histologie) par rapport à 10,4% dans le groupe placebo. Ils étaient 75,8% à avoir une amélioration des taux d'ALAT (37,6% pour le placebo), 75,1% à avoir deux des critères de réponse (30,4% dans le groupe placebo) et 62,5% à présenter des résultats concordants pour l'amélioration des ALAT et du score FAST (20% dans le groupe placebo).
S'agissant de la fibrose, 84,3% des 332 patients du groupe sémaglutide ont présenté au moins un des critères de réponse au traitement (54,9% dans le groupe placebo). Ils étaient 16% à avoir répondu à tous les critères de réponse (ELF, LSM-VCTE et histologie) vs 5,6% pour le groupe placebo, 53,6% à avoir une diminution de la LSM-VCTE (30,9% pour le placebo), 53,9% à avoir deux des critères de réponse (contre 19,2%) et 37,7% à présenter une concordance pour l'amélioration du score ELF et de la LSM-VCTE (10,5%).
"Cela suggère que l'utilisation des tests non invasifs pour [évaluer] la réponse au traitement pourrait permettre de capturer un plus grand nombre de patients que l'histologie seule", a conclu Laurent Castera, tout en soulignant que l'essai se poursuit afin de démontrer que les réponses mesurées conduisaient bien à un bénéfice clinique.
Interrogé sur l'utilisation des tests non invasifs par exemple pour arrêter le traitement chez un non-répondeur, il a souligné que ce sera "la question" que se poseront les spécialistes très rapidement, en plus de celle sur la sélection des patients pouvant recevoir le traitement car, dans ce dernier cas, les avis des experts sont discordants sur la valeur d'élasticité hépatique à utiliser.
Le sémaglutide a vu son autorisation de mise sur le marché (AMM) américaine dans l'obésité étendue de façon conditionnelle à la MASH en août 2025. En Europe, le comité des médicaments à usage humain (CMUH) de l'Agence européenne du médicament (EMA) s'est déclaré favorable fin janvier à son homologation dans la MASH sous un nouveau nom de marque proposé par Novo Nordisk, Kayshild* (cf dépêche du 30/01/2026 à 15:27).
En France, un premier traitement de la MASH est disponible depuis quelques semaines après avoir obtenu mi-février une autorisation d'accès précoce pour les patients ayant une fibrose avancée (F3), rappelle-t-on. Il s'agit du resmétirom (Rezdiffra*, Madrigal Pharmaceuticals), agoniste sélectif du récepteur β des hormones thyroïdiennes (cf dépêche du 12/02/2026 à 12:43).
cb/fb/nc/APMnews
Rechercher
Se connecter
Adhérer







Adhérer à la SFMU
Alerte sanitaire
Inscription newsletter